[Ep.I] Igor Kirkwood Visite d’un studio pas comme les autres

Haute-Fidélité — publié le 21 juin 2013
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3. Jouez sur les réglages

Dans nos deux précédents numéros, nous avons analysé une gamme d’enceintes acoustiques et leurs propriétés musicales en tant que telles, puis nous en avons optimisé les performances en modifiant leur emplacement dans le local d’écoute.
Nous poursuivons maintenant ces améliorations en jouant sur le réglage du préamplificateur – des réglages que tout le monde peut effectuer.

Votre préamplificateur – ou la partie préamplificatrice de votre “ampli” ensemble préampli-amplificateur – possède un certain nombre de réglages de “tonalité” (de “timbre” serait un terme moins inexact), et peut-être aussi d’autres filtres correcteurs plus précis. Si votre appareil est très perfectionné, vous disposez aussi d’un réglage de médium, ou d’une sélection des fréquences d’intervention des filtres. Mais même sur l’appareil le plus simple, vous pouvez intervenir sur les graves et les aigus.

Or, certains audiophiles, sacrifiant à la mystique de la “ligne droite”, de la linéarité électronique, estiment qu’il ne faut pas toucher à ces réglages. Mais alors, à quoi serviraient-ils ? Leur but est de vous aider à retoucher, autant que faire se peut, les inévitables irrégularités de réponse entraînées par les enceintes acoustiques et par le local d’audition, pour, précisément, tendre vers une restitution plus linéaire qu’elle ne peut l’être dans les conditions courantes.

Suivent des précisions sur le matériel mis en oeuvre : non un matériel coûteux ou ésotérique, mais un très bon appareil classique doté de correcteurs de graves et d’aigus agissant à +/- 10 dB, respectivement à 60 et 25 kHz, les fréquences d’intervention étant de 300 Hz et de 5 kHz.
L’auteur poursuit en précisant la méthodologie : réglage à tâtons à l’oreille et contrôle par un analyseur en temps réel.

Les mesures ont confirmé que le local dans lequel les tests ont été conduits présentait des bosses de résonance dans le grave et le bas-médium qui ont amené à jouer de façon importante sur le réglage des graves (-10 dB à 60 Hz).

Les essais devront nous montrer quelles sont l’importance et l’efficacité des réglages que l’ont peut ainsi effectuer, et s’il ne vaut pas mieux une enceinte moyenne convenablement exploitée qu’une enceinte plus coûteuse mais utilisée n’importe comment.

Enceinte 1 versus enceinte 2

L’enceinte 2 n’est pas meilleure que l’enceinte 1 si elle est écoutée non corrigée. Pour n’avoir pas voulu se donner la peine de corriger l’excès de grave et de bas-médium de la salle d’écoute, le mélomane inconséquent risque de perdre tout le bénéfice de la qualité supérieure de l’enceinte 2 (…). Bien entendu, cette conclusion n’est pleinement valable que pour un type de local correspondant à la salle d’écoute : il n’y a en ce domaine que des cas particuliers.

Enceinte 2 versus enceinte 3

Une fois de plus, le match est en faveur de l’enceinte 2. L’auteur peut paraître sévère dans sa conclusion, mais si vous furetez sur HCFR, vous constaterez que nombre de forumeurs partagent ce constat.

Nous voici au coeur du problème. Une enceinte comme la 3 – mais ce n’est qu’une enceinte parmi bien d’autres – ne devrait être conseillée qu’aux amateurs conscients qu’ils en tireront le meilleur parti en la positionnant correctement et en prenant soin de l’adapter électroniquement à leur local en jouant sur les réglages de leur préamplificateur. C’est à ses conditions que qu’une enceinte intrinsèquement supérieure, comme c’est le cas ici, donnera ce qu’on est en droit d’attendre. C’est pourquoi il convient de saluer l’initiative récente de quelques revendeurs de matériel haute fidélité, consistant à mettre à la disposition de l’acquéreur un service d’installation et de mesures propres à éviter le sous-emploi des enceintes acoustiques.

Notons aussi que plus le haut-parleur de grave est important en diamètre, et plus l’enceinte (généralement plus coûteuse) risque de poser des problèmes de résonance dans la salle d’écoute. Cette constatation est vérifiée avec les deux premières écoutes comparatives (…). En sera-t-il de même entre l’enceinte 3 et le modèle haut de gamme 4 ?

Enceinte 3 versus enceinte 4

Le verdict ne se fait pas attendre et il est cinglant pour l’enceinte 4 par rapport à l’enceinte 4 optimisée.

La supériorité de l’enceinte 4 sur sa cadette l’enceinte 3, si évidente dans de bonnes conditions d’écoute, est non seulement annihilée, mais l’enceinte 3 bien réglée devient meilleure que l’enceinte 4 écoutée en position linéaire (c’est-à-dire ici, mal réglée).

Conclusion

L’absence de réglage, pour les quatre enceintes étudiées, a des conséquences plus néfastes encore que leur mauvais positionnement dans le local d’écoute (dans les conditions décrites ici).

Pour mieux apprécier l’importance de ces réglages, et confirmer par la mesure nos impressions d’écoute, nous avons relevé, à l’analyseur en temps réel, les écarts de réponse de l’enceinte 4 dans notre local par rapport au niveau souhaitable. Par opposition, nous avons effectué la même série de mesures une fois la réponse de cette enceinte corrigée par le réglage de grave du préamplificateur.

Les résultats (…) se passent de tout commentaire. On y trouve la confirmation de “bosses” de résonance autour de 40 Hz et plus encore de 63 Hz, pour une zone qui s’étend au bas-médium, jusque vers 150 Hz.

Ces distorsions de linéarité sont dues avant tout à notre local. Mais chaque local a les siennes ! C’est pourquoi, contrairement à l’intransigeance de certains pseudo-puristes, il est toujours indispensable d’opérer des corrections. On ne doit en effet jamais oublier, lorsqu’on écoute des enceintes acoustiques, que l’oreille reçoit une information sonore résultant de l’action conjuguée de plusieurs paramètres : les caractéristiques des enceintes, la pertinence des réglages électroniques et le rendu propre du local d’écoute, à quoi il faut ajouter l’emplacement des enceintes dans le local et la position de l’auditeur par rapport aux enceintes – sans parler du filtrage par l’oreille de l’auditeur, à la courbe de réponse parfois très perturbée : mais ceci est une autre histoire !

Apparaît de façon incontestable dans cet article l’importance du couplage entre l’enceinte et la pièce d’écoute. L’enseignement majeur est qu’une correction, même approximative, telle que chacun de nous peut l’effectuer en jouant sur le réglage de tonalité, améliorera significativement le résultat. Car comme le rappelle Igor, chaque pièce a ses modes de résonance propres. Sauf à habiter une chambre anéchoïque, ce problème de couplage, s’il est différent pour chacun, se pose par contre pour tous !

Les scans des textes originaux :
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