Test HCFR du casque Hifiman Susvara : “un nirvana et une folie”, “to buzz or not to buzz ?” & “un grand bol d’air”

Articles, Editorial, News, Tests et Bancs d'Essais — publié le 30 octobre 2017

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Hifiman Susvara

Hifiman Susvara

“un nirvana et une folie”

Test HCFR

par

Eric_dub

 

Ça n’est pas tous les jours qu’un casque comme le Susvara passe à portée d’oreilles: C’est pourquoi, quand Josselin Marvié m’a proposé de m’en prêter un de la part de Hifiman Europe, j’ai accepté (t’aurais fait quoi à ma place? La même chose? Alors tu vois bien!). Autant commencer tout de suite par ce qui “fâche”: On me dira qu’au tarif stratosphérique (voire extragalactique) auquel il est proposé, on voit mal l’intérêt d’un essai.

Le Susvara t’en coûtera environ 5 mois ½ de SMIC, exactement comme l’Abyss, si tu décides de faire la “folie” de te l’offrir. C’est dire qu’il faudra chercher (un peu) pour trouver plus cher, mais qu’on trouvera moins cher sans chercher… Excellente occasion pour lancer un emprunt, ne plus avoir de voiture, se mettre au vélo et ne plus se nourrir que de riz! Du coup, évidemment, au moins de mon point de vue, je vois mal comment le comparer avec un casque, même disons, deux fois moins cher, dans l’optique de conclure que ça “vaudrait”, ou “ne vaudrait pas le tarif”.

Il faudrait que, biologiquement parlant, la température auriculaire (ou autre!) monte (en dixième de degrés) à proportion du plaisir auditif ressenti et pouvoir utiliser un thermomètre pour calculer le pourcentage de plaisir, ou encore, que la tension artérielle varie, ou que l’on puisse observer les variations d’intensité de l’activité cérébrale des centres de plaisir pour mesurer le rapport plaisir/prix.

En dehors de cela, pour ce qui est de la qualité “technique”, non seulement les mesures que l’on peut toujours faire d’un casque sont toujours, ensuite, à interpréter (à supposer d’ailleurs qu’elles soient effectuées avec le même matériel et dans les mêmes conditions d’un casque à l’autre), mais comme personne ne connaît le coût de revient d’aucun maillon ni leur durée de vie, on ne voit pas très bien le sens qu’il y aurait à se prononcer dans un sens ou dans l’autre: Que Choisir? s’y casserait les dents…

Cette précaution étant prise, si mes revenus n’étaient pas ce qu’ils sont et s’ils étaient considérablement plus élevés (ou si je gagnais une somme spectaculaire à la loterie nationale, à laquelle je ne joue jamais), je le reconnais d’emblée: je ferais plus que “me poser la question”… Mais n’allons pas trop vite.

 

 

Yakoidanlaboît?

Susvara1

Hifiman Susvara

Livraison du Susvara, dans un coffret noir, sobre et pratique, comprenant le casque lui-même, et deux câbles. L’un terminé par une fiche Neutrik symétrique, l’autre, par un jack asymétrique de la même firme — et de l’autre côté, des fiches mini-jacks, qu’Hifiman paraît avoir adoptées, comme c’était le cas sur le HE1000. Dans l’absolu, je préférerais des broches mini-XLR, dans la mesure où elles sont munies d’un dispositif de verrouillage. Mais, dans la pratique, ça ne change probablement pas grand-chose, car il me paraît peu probable que quiconque utilise ce casque pour faire son jogging en forêt ou se livrer à quelque trépidante activité physique en son intérieur domestique.

De même, on pourrait imaginer qu’Hifiman propose de l’autre côté le choix entre une version XLR 4 points et une version à deux XLR 3 points. Pour la bonne et simple raison que nul n’est tenu de choisir son amplificateur sur le critère du câblage du casque. Mais là encore, rien de grave puisqu’un adaptateur de bonne facture est facile à trouver et à utiliser. Cela dit, le plus important me paraît que les câbles fournis (on sait qu’il y a eu, là-dessus, une petite controverse lancée par Srajan Ebaen sur la planète des six lunes), sont de bonne facture, de la bonne longueur et directement utilisable.  Chacun verra ensuite midi à sa porte sur ce qu’il fera, éventuellement, par la suite, tout (et même le reste) étant, comme on sait possible, en la matière…

câble1

The câble fourni

Plus importantes me paraissent les deux remarques suivantes. Au sortir de la boîte, on peut directement brancher le Susvara sur son système préféré. On entendra bien un “potentiel”. Mais il est préférable de le laisser tourner (on a tous une radio internet dans un coin qui donne suffisamment de variété), à la louche, une centaine d’heures, avant de chercher à se faire une idée définitive. (ce que j’ai fait pendant environ 150h, et qui m’a pris une petite semaine, les journées n’ayant que 24h).

Pour ce que j’ai pu entendre: le potentiel du Susvara est bien présent dès le départ, avec un petit côté “enrhumé” dans le haut (pas forcément un manque de précision, de détail ou de définition, mais une sorte de voile ou de lissage qui donne l’impression d’un manque de vie). Ça ne change pas énormément, voire pas du tout durant les 30 ou 50 premières heures, mais ça évolue nettement autour de 100/120h pour ce que j’ai pu entendre (et non, je n’ai pas examiné la question toutes les 10h, car je suis paresseux).

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Les fiches

D’autre part, il faudra un ampli, disons, “adapté”, pour le faire chanter. Hifiman annonce un rendement de 83db pour une charge de 60 Ohms (sans préciser si la mesure vaut pour une puissance de 1mW ou de 1 V, ce qui changerait tout de même les choses, ni s’il s’agit d’une mesure moyenne tout le long du spectre ou à une fréquence réputée typique). Certains se souviennent peut-être que le HE6 annonçait 83,5db pour une charge de 50 O. (les mesures actuellement disponibles nous donnent 90db SPL pour 1V sur 53 O. — https://www.innerfidelity.com/images/HiFiMANHE6.pdf), et que l’Abyss annonçait 85db, mais sur 46 O. (et s’avérait donc plus difficile, électriquement, que le HE6 — https://www.innerfidelity.com/images/JPSLabsAbyssAB1266.pdf): ici, on est, à la louche, dans les mêmes eaux.

Je doute qu’on en tire réellement tout ce qu’il y a à en tirer avec un ampli qui ne sortirait, même au minimum, qu’un “vrai watt” sur la charge dont il est question (et, oui, pour ceux qui n’étaient pas là, ou qui auraient la mémoire courte: j’en reste, sur le plan général, à cette idée du “un vrai watt” dont on discutait, sur les sujets concernant les casques, sur HCFR, il y a déjà une bonne douzaine d’années — mais en sachant qu’il y a des exceptions, dont le Susvara). À quoi j’ajouterais, goûts personnels obligent, qu’en général je préfère la classe A sur un ampli à totor, et de l’OTL sur du tube, que je préfère en général le tube au totor.

Impédanceur1

Hifiman HE-Adapter

Donc ça tombe bien, car, par une coïncidence que je ne m’explique pas, c’est justement ce que j’ai à la maison, et mon petit ampli sort (très!) largement la puissance à la fois nécessaire et suffisante. Comme Josselin Marvié est prévoyant, il m’a gentiment posté l’adaptateur impédanceur de chez Hifiman, à brancher en sortie de mes blocs de puissance à tubes, histoire d’être sûr que l’essai puisse avoir lieu. Ça marche aussi, évidemment, et je ne saurais trop recommander cette solution à ceux qui feraient la “folie” de s’offrir un Susvara sans avoir les moyens de celle d’un ampli casque assez puissant (ils pourront utiliser leur intégré préféré sans aucun problème).

Mais, mais, pour ce qui me concerne, j’aime quand même mieux le résultat sur mon petit biniou à base de PCL805 que sur les gros bouzins embarquant des EL34. Question de goût, évidemment, et aussi de mariage.

Avec certains casques, comme l’Elear de chez Focal ou le HE1000 de chez Hifiman (v.1), les EL34 ajoutent juste ce qu’il faut pour que l’émulsion puisse prendre, avec d’autres, c’est simplement trop (ça met un peu en avant le haut médium et l’aigu). En général, je préfère le type de restitution du RKV. Est-ce que c’est “neutre”, me demandera-t-on? Autant qu’un ampli puisse l’être… avec les petites différences qu’on peut entendre d’un ampli à l’autre et qui, AMHA, ne sont jamais aussi importantes qu’entre deux casques différents. Mais, puisque mon approche est purement “comparative” et que je fais toutes mes écoutes sur cet ampli, ça reste quelque chose comme un “point fixe”.

Susvara2

Susvara, RKV et MSB

Tout ça pour dire que oui, c’est un casque “gourmand”: autant que les HE6 (Hifiman) et Abyss (JPS Labs, version 1), mais, foin de légendes urbaines, pas vraiment plus gourmand, et certainement moins, et même beaucoup moins que les 2 autres casques que je tiens pour les plus difficiles qui me soient jamais passés entre les mains: l’AKG K1000 et l’Ergo AMT. Abyss, HE6 et Susvara. Pour moi, ça s’écoute vers 10h/10h15 à l’horloge du potard, au lieu d’environ 9h, par exemple avec un HD800.

Susvara3

Susvara, RKV et MSB (2)

Autrement dit, à peu près comme un bon vieil AKG K340 des familles, et certainement pas comme les deux que je viens de citer, avec lesquels il faut monter au moins à 11h… Reste que, pour la petite histoire, là où un bon vieux Revox A78 arrive à tirer parti du même AKG K340, la basse impédance du Susvara lui convient tout de même moins. Il “tasse” un peu, beaucoup (du coup, mon petit impédanceur personnel branché sur l’une des deux sorties enceintes du même Revox s’est avéré bien utile pour le rodage). Chacun est donc prévenu: le Susvara est ce que l’on appelait au XVIIe siècle une “folie”, ou encore, une “extravagance” — et il faudra que l’ampli soit prévu pour chauffer la demeure, ou miser sur un branchement sur des blocs de puissance, eux aussi bien choisis.

Pour résumer, après quelques tâtonnements, je me suis décidé pour ces écoutes à utiliser:

- en source mon MacMini (Pure Music),

- Une interface Stello U3 branchée en AES/EBU via un Vovox,

- Le DAC MSB Link 3,

- Et mon petit RKV 3.

Un vrai scandale, comme on voit, vu que je ne me suis pas passé de 33t (ou, du moins, je n’en parlerai pas dans ce petit essai). Et je dis bien “essai”, comme quand on essaie des chaussures ou qu’on goûte d’un plat, et non “test”, au sens technique du terme…

 

 

Unahakikisha!

Je ne vais évidemment pas te dire ce que signifie “susvara” en sanskrit: tout le monde sait que ça se dit “unahakikisha” en swahili — c’est dire si le terme est bien choisi. Mais, il ne faut pas s’attendre, à première audition, à en prendre “plein la tête”. Évidemment, le Susvara, comme un certain nombre d’ortho, fera une grosse impression. Et plus encore si l’on n’a jamais entendu les modèles les plus connus dans cette lignée, qui sont sortis ces dernières années (en vrac: Abyss, Audeze LCD2, 3 et X, Hifiman HE6, HE1000, Kennerton Odin, etc.). Grave qui descend très bas en restant à la fois lisible, distinct et plein de punch, sans aucun effet boomy (pas de soulignement excessif autour de 100Hz ni de son ronflant et qui “noie” le message). Très bonne linéarité dans le médium qui assure une très belle présence (ce même s’il est vrai que les voix, y compris dans des enregistrements de variété avec des micros placés à (grande) proximité ne “sautent” pas aux oreilles et restent d’une grande douceur, aigu fin et détaillé). Et surtout, la capacité de restitution de la dynamique sans jamais aucune crispation: on retrouve ici toutes les qualités des “grands casques” orthophoniques de notre époque. Mais ça n’est pas ça qui m’a immédiatement “étonné” (on sait qu’étymologiquement l’étonnement est parent du tonnerre) à l’écoute du Susvara.

Du passé faisons table rase

 C’est même le contraire: c’est, pour forcer infiniment le trait, justement, le fait qu’il ne fait pas un effet “woah!”. J’ai commencé par le morceau d’Arvo Pärt, intitulé Tabula Rasa, sorti chez ECM dont le producteur avait découvert l’existence en écoutant la radio en Arménie (je crois), et qui fut écrit il y a tout juste quarante ans (il en existe des ressorties, dont le remastering de 2015 en 24/96). Superbe enregistrement, qui propose, je trouve, une prise de son très naturelle, pleine de détails, d’aération et de dynamique, mais exigeante. D’une part, parce que le peu de compression appliquée ici demande un ampli capable de se laisser solliciter quand il le faut, et surtout en ce sens que toute coloration excessive dans le haut médium et l’aigu devient vite agressive, surtout si l’on veut écouter à niveau assez réaliste pour être crédible, et que les attaques (les transitoires, si l’on préfère), en particulier dans le grave, si elles ne sont pas bien restituées, peuvent rendre l’ensemble brouillon, avec un piano un peu en méli-mélo. Plus d’un casque, pour ce que j’en sais, s’y laisse prendre… Le Susvara passe l’épreuve haut la main, et même plus: je ne pense pas avoir déjà entendu un casque capable à la fois de reproduire l’assise et l’effet de salle, dans le grave, avec autant de précision, tout en restant aussi aéré/aérien, je veux dire précis et détaillé dans les aigus et ce, sans aucun soulignement, sans aucune trace d’agressivité.

Extension du domaine de l’écoute

 L’Odin fait la première des deux choses, mais reste, AMHA, un peu récessif dans le haut du spectre; le HE6 (que je n’ai plus, mais dont j’ai quelques souvenirs) donne, lui aussi, une belle assise dans le bas du spectre, mais, s’il offre beaucoup de détails et de précisions dans le haut du spectre, il peut avoir tendance à en faire un peu trop dans le haut médium et l’aigu (allez, à la louche: surtout au-dessus de 5kHz). Le HD800 offre une très belle restitution, mais son assise dans le grave aura du mal à “convaincre” si l’on fait la comparaison directe avec un ortho. Non pas que le casque ne “descende” pas assez dans le grave (je ne parlerai pas du K1000 ou de l’AMT: ça n’est certainement pas leur point fort!). C’est plutôt que le Sennheiser ne donne pas cette impression de punch et de lisibilité. Or le Susvara est excellent dans ce registre. Je pense qu’il explore l’infra grave non pas plus, mais mieux que l’Odin. J’entends par là que les attaques sont plus précises et plus lisibles.

Ou alors, c’est une pure affaire de goût, me diras-tu: c’est bien possible. Jadis, les choses étaient simples: un casque ne faisait pas de grave, l’autre ne faisait pas d’aigu, le troisième faisait les deux, alors tu cherchais celui qui faisait les trois. La vie était simple. De nos jours, avec la qualité atteinte, c’est devenu compliqué: on a les misères qu’on peut. Attaques, sensation d’espace et très belle largeur de scène sonore: de quoi restituer parfaitement l’ambiance à la fois méditative et contemplative de cette pièce d’Arvo Pärt. Et, au passage, France Musique, source inépuisable de découvertes, m’a permis d’accéder à une autre version que je n’avais pas vue sortir, et que j’arrive à aimer presque autant que celle de G.Kremer et l’orchestre de chambre de Lituanie, celle parue chez BIS en 1997, par l’ensemble Tapiola Sinfonietta (on peut la trouver sur qobuz).

 

N.B. Pour aller plus loin donc:

https://www.ecmrecords.com/catalogue/143038752130/arvo-part-tabula-rasa-gidon-kremer-keith-jarrett-tatjana-grindenko-alfred-schnittke-the-12-cellists-of-the-berlin-philharmonic-orchestra-staatsorchester-stuttgart-dennis-russell-davies-lithuanian-chamber-orchestra-saulius-sondeckis)

Chez BIS, 1997: http://bis.se/conductors/kantorow-jean-jacques/arvo-part-played-by-tapiola-sinfonietta

Un peu de lecture:

https://www.franceculture.fr/musique/arvo-part-le-classique-populaire — ou, pour ceux qui préfèrent écouter:

https://www.francemusique.fr/emissions/la-tribune-des-critiques-de-disques/tabula-rasa-d-arvo-part-32781

 

 

De la douceur, de la douceur, de la douceur!

Classieux p’tit gars!…

Bon, passons à autre chose, car je sens que tu t’impatientes (alors qu’il suffirait de sauter des lignes), et — un petit Gainsbourg (je sais, c’est pas très original)… Mais cette fois-ci, l’enregistrement public: Le Zénith de Gainsbourg, concert donné il y aura bientôt 30 ans. Ça n’est pas la meilleure prise de son du siècle, mais, pour un fana de Gaingain, c’est un indispensable. Le Susvara est très doux dans les aigus, tout en restant très présent sur les voix (des mid-bass au bas médium, si l’on veut être précis). Gaingain chantant You’re Under Arrest (’Cause You Are The Best) rythme de la voix autant que la basse, et la restitution est ici à la fois pleine d’impact, en même temps que dénuée d’agressivité: “un soir que dans le Bronxss, j’étais de plus en plus anxss- Ieux…”, et non “un soir que dans le Bronksssz, j’étais de plus en plus anksssz- Ieux…” — si tu vois ce que je veux dire. Dans Five Easy Pisseuses, un batteur hyper présent et qui n’efface rien de ce qu’il y a autour de lui, ainsi la guitare rythmique qui reste lisible de bout en bout. On est, pour ainsi dire, du moins sur ce point bien précis, aux antipodes du Sennheiser HD800 (qui reste facilement irritable, sensible aux enregistrements, et ce, même dans sa version tweakée “SD”, un peu comme un HE6).

 

N.B. les œuvres complètes de Gainsbourg ne sont pas publiées dans la Pléiade, mais chez Universal, avec une intégrale très copieuse sortie en 2011:

http://www.qobuz.com/fr-fr/album/integrale-serge-gainsbourg/0060252763835

Si l’on y ajoute, le récital de 1963 au Théâtre des Capucines, disponible chez Mercury depuis 2003:

http://www.qobuz.com/fr-fr/album/theatre-des-capucines-serge-gainsbourg/0004400772722

l’Enregistrement en public au Théâtre le Palace, récital sorti en 1980 en double album 33t et ressorti en 2006 chez Mercury/Universal:

https://www.discogs.com/fr/Gainsbourg-Enregistrement-Public-Au-Th%C3%A9%C3%A2tre-Le-Palace/master/9373

le Live au Casino de Paris de 85 ressorti en 2015:

http://www.qobuz.com/fr-fr/album/live-casino-de-paris-1985-super-deluxe-edition-serge-gainsbourg/0060254747007

et le Zénith de Gainsbourg, toujours disponible dans la même version sortie chez Mercury en 89:

http://www.qobuz.com/fr-fr/album/le-zenith-de-gainsbourg-serge-gainsbourg/0004228381622

— l’addition n’est pas si haute pour une “totale”: et comme Noël approche à grand bruit…

 

Le cœur, quand ça bat plus, c’est pas la peine d’aller chercher plus loin…

Bon. C’est pas pour autant qu’il faut prendre cet enfant du bon Dieu pour un canard sauvage.

L’idée me prend (et c’est pas tous les jours), de me passer Avec le temps de Ferré, dans l’interprétation en public de 1972 à l’Olympia (album Ferré 73 Seul en Scène sorti en 1973 chez Barclay). Formidable: c’est infiniment dégueulasse, ce qui prouve que le Susvara est un excellent casque!

Ben oui, cet enregistrement est, selon moi, l’une des plus grandes catastrophes dans l’histoire moderne du music-hall. Certes, la ressortie de l’album en version intégrale, en 2016 (c’était pas trop tôt!), et remastérisée, améliore un peu les choses, car l’excès a été gommé — je dirais même “raboté”, un peu au détriment de l’aération générale. Difficile, probablement de faire autrement, et, en ce bas monde, rien n’est parfait. Autrement dit, le Susvara ne se situe pas du côté du HD600, l’un de mes casques préférés, je le redis, mais qui, c’est connu, a tendance, à force d’être descendant dans le haut du spectre, à tout envelopper de moelleux, pour faire passer la pilule, et ce, sans être du côté des Beyer DT990 ou AKG K701 et de leur manière d’ajouter une touche de luminosité dans le haut du spectre (le premier plus que le second me semble-t-il). Ou, pour prendre un autre système de références, il n’est pas du côté clair du HD800, mais pas non plus du côté légèrement récessif de l’Odin, et il n’a pas le côté incisif ou juste-un-tout-petit-peu-trop-brillant-pour-être-honnête que présentait, à mes oreilles, en tout cas, l’Utopia lorsque je l’ai essayé. Ça se joue, à chaque fois, sur du “chouïa de pouillème”: question de dosage — et l’on devine que les préférences subjectives de chacun joueront énormément, et que les discussions seront interminables (et sans conclusion définitive). Le Susvara s’inscrit directement dans mon propre système de références et mon propre goût, qui me fait vouloir et chaud et froid, et une chose et son contraire. Je veux dire: à la fois du punch et de la lisibilité dans le grave, un médium/haut médium bien présent (linéaire, si l’on veut), mais sans excès (la mise en avant de ce registre provoque un effet de présence, mais l’écoute peut aussi devenir facilement agressive), et un aigu détaillé et aéré, qui restitue l’effet de transparence, mais sans ne faire que souligner telle ou telle région de l’aigu, ce qui donne un effet de “fausse précision”, un son “cristallin”, mais répétitif et que je perçois, pour ma part, comme artificiel.

 

N.B. Les deux versions sont disponibles chez Barclay:

la première: http://www.qobuz.com/fr-fr/album/seul-en-scene-leo-ferre-73-leo-ferre/0073145895372 (mais àmha, autant essayer de la trouver en 33t si on est équipé pour)

et la seconde : http://www.qobuz.com/fr-fr/album/leo-ferre-73-seul-en-scene-leo-ferre-paul-castanier/0060075372326

 

On avait apporté les guitares avec nous, car devant la musique il tombait à genoux…

 Bref, repassons sur du plus récent (ou du moins vieux, comme tu veux), avec la chanson Les Mots et les Gestes de Maxime Le Forestier, tiré de l’album public de 2002 Plutôt Guitare (à deux guitares, avec Jean-Félix Lalanne — et rejoints en deuxième partie de concert par Michel Haumont et Manu Galvin). Sur une prise de son correctement faite, le Susvara révèle une capacité de lisibilité et de détail impressionnante: on entend très distinctement, et de bout en bout, les différences de couleur et de sonorité des deux guitares, et même – passons à La Guitare à Paul — des quatre guitaristes et compères, et même de la 12 cordes qui vient ajouter son grain caractéristique. Et donc, tu devines la suite?

Ben oui, évidemment… De fil en aiguille, c’était forcé: Friday Night in San Francisco, album AMHA mythique de 1981 (chez Columbia), réunissant Paco de Lucía, Al Di Meola et John McLaughlin (pour l’occasion, j’ai utilisé une version fichier, plutôt que mon 33t préféré). Même lisibilité de part en part des morceaux et la restitution du rythme et des attaques (cf. premier morceau, disons à partir de 2’30) est superbe. Je ne connais guère que l’AKG K1000 qui, s’il est correctement amplifié, peut faire mieux que ce qu’offre le Susvara, en particulier par son aération encore supérieure dans le haut du spectre et son image “augmentée” — avec à la clef du côté du plus vieux, un manque d’assise dans le grave qui, sur ce type de musique, peut “passer”, mais se fera entendre (ou plutôt, justement, ne se fera pas entendre) sur d’autres styles…

Et, pour ne rien te cacher, je me suis ressorti quelques bons vieux Brassens (en public, of course) ainsi que le coffret sorti en 2005 chez Comboi Records dans lequel Maxime lui rend un considérable hommage: pas de doute le petit nouveau sert admirablement l’ancêtre…

 

N.B. Le récital de Maxime est sorti chez Polydor en 2002, sur support CD et sur support DVD (5.1), et est aussi disponible en fichier 24/96:

http://www.qobuz.com/fr-fr/album/plutot-guitare-maxime-le-forestier/0060253749011?qref=dac_2

Le concert Friday Night in San Francisco, sorti en 1981 chez Columbia, existe sous plusieurs formats (33t, SACD, CD, fichiers):

http://www.qobuz.com/fr-fr/album/friday-night-in-san-francisco-al-dimeola-john-mclaughlin-paco-de-lucia/0074646516829

 

Comme un monde qui contient tout

 Last, but not least: la Symphonie n°6 de Mahler, par Boulez: http://www.deutschegrammophon.com/fr/cat/4458352 — j’en profite pour signaler les disques d’Iván Fischer, qui sort peu à peu toutes les symphonies de Mahler chez Channel Classics (http://www.qobuz.com/fr-fr/album/gustav-mahler-symphony-no-6-in-a-minor-budapest-festival-orchestra-ivan-fischer/0723385229988), et qui sont, AMHA, exceptionnels sur tous les plans (je ne veux pas dire que, chez moi, ça “remplacerait” Boulez, Abbado, etc. — mais bien que ça “s’ajoute” à ma liste de “must have it”). Il faudrait, je pense, être difficile pour ne pas reconnaître au Susvara des qualités exceptionnelles: on a, à la fois, la restitution d’une masse orchestrale large et ample, à laquelle l’exploration du registre grave contribue largement, et un aigu détaillé, clair et dynamique (il ne faut pas “écouter” avec concentration pour entendre le xylophone, le glockenspiel, les cloches et autres, par exemple, et les cuivres sont à la fois très présents sans aucune agressivité). Les amateurs de musique classique, qui reprocheraient aux Abyss, HE1000 et autres HE6, certaines petites “faiblesses” ou “insistances” parfois incongrues dans tel ou tel registre, ou, à l’opposé, certaines tendances à “effacer” un peu le détail pour enlever la chose, ne devraient pas trouver à y redire. Affrontement existentiel, lutte universelle de l’individu contre la mort et tragique: cette symphonie n’a rien d’une musique “réconfortante” et ne fait peut-être pas voir “la vie en rose” — mais l’on n’est pas obligé de l’entendre comme le faisait son compositeur. Je ne vais pas redire tout ce que j’ai déjà dit sur l’équilibre du Susvara (si t’as suivi, tant mieux pour toi, sinon, tant pis pour moi), mais ajouter juste un petit quelque chose: tout y est. Je veux dire que l’écoute proposée par ce casque restitue tous les instruments, sans en gommer aucun, avec une sorte d’évidence, de naturel et de facilité déconcertante. Il ne fait pas dans l’épate, c’est certain, mais justement, on est en prise directe avec l’essentiel. N’étant nullement un technicien et n’ayant aucune compétence en la matière, je me garderais bien d’aller plus loin. Mais on me dirait qu’à la mesure ce casque présente des qualités exceptionnelles, que je n’en serais pas plus surpris que ça…

 

 

En quelques mots?

Alors cher? Oui — et même hors de prix, c’est évident. Mais exceptionnel, du moins du point de vue de mes goûts personnels et de mes préférences particulières et relatives. Pour le dire autrement, tous les casques que je connais me laissent toujours un petit goût de “mais” quelque part, les uns, dont je peux m’accommoder, les autres, non. Ici, le seul petit “mais” que je puisse énoncer (il en faut bien un, histoire de ne pas tomber dans la sanctification béate et absurde) serait du côté de l’image stéréo. Je serais de mauvaise foi et malhonnête, si je la disais insuffisante, et d’autant plus qu’il faudrait compter avec l’influence des maillons que j’utilise en amont. C’est très bien latéralisé, étendu en ligne, et ça se fait “oublier” aisément. Mais il est évident qu’on ne peut parler d’image stéréophonique au sens où l’on emploie cette métaphore avec une paire d’enceintes. Le Susvara, donc, ne peut “remplacer” une paire d’enceintes (pas plus qu’il ne peut faire le café, la vaisselle ou repriser les chaussettes). Mais il s’affranchit d’un nombre considérable des limitations inhérentes à l’écoute au casque, tout en prétendant un ensemble de qualités et de points forts considérable. À chacun, donc, d’estimer midi à sa porte: Nirvana, sans doute, folie, sûrement, mais………

 

Eric_dub
HCFR – Octobre 2017

 

- lien vers sujet HCFR dédéié au casque Hifiman Susvara : http://www.homecinema-fr.com/forum/casques-sedentaires/hifiman-susvara-t30080847.html

 

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