Test HCFR du casque Sennheiser HD660S

Test HCFR du casque Sennheiser HD660S

Trois Senn pour les rois Elfes sous le ciel

La sieste étant finie et le surlendemain étant venu, je passe à quelques petites comparaisons entre le 660 et le 600, d’une part, et le 650, de l’autre. Premier morceau: Sorry Angel de Gainsbourg, deuxième titre de Love On The Beat, sorti en 1984, dans lequel, peut-être, on peut entendre la rupture d’avec sa compagne, Jane. À la comparaison directe, la différence dans le registre du grave, si elle est “petite”, n’en est pas moins présente. Non pas tellement que le 660 descendrait plus bas que le 600, mais il me paraît, plus net, plus détouré dans cette région. En revanche, les choses sont un peu plus évidentes dans le haut médium/aigu, qui est moins présent que celui de l’ancien, plutôt du genre du HD650. Certes, seule une comparaison immédiate permet d’entendre comme un petit retrait, en termes d’aération plus que de précision. Cela étant, ceux qui trouvent que le HD600 en “fait un peu trop” autour de 3/4kHz (mais si ! je t’assure, il y en a, ça existe!) seront sans doute ravis. Pour ma part, je pense malgré tout que le 660S “enveloppe” un peu les choses et gomme certaines aspérités, car j’ai toujours entendu — pas seulement sur du Sennheiser, mais sur de nombreux systèmes — la voix de Gainsbourg mise un peu en avant et les sifflantes un peu accentuées sur ce disque (ce que j’attribue à la prise de son plus qu’à autre chose).

 

Gainsbourg You're Under Arrest

Gainsbourg – You’re Under Arrest

L’écoute du morceau You’re Under Arrest, tiré de l’album éponyme de 1987 permet d’approfondir un peu les choses. Écouté en premier avec le 660S, je ne trouve franchement rien à redire: Je pourrais, selon la formule, “vivre avec”. Avec le 600, j’entends effectivement un peu plus l’insistance sur les sifflantes de la voix, l’aigu de la guitare, c’est-à-dire un peu plus d’appui quelque part dans le bas de l’aigu ou le haut du médium. Le registre grave, cependant, me paraît un peu moins net qu’avec le premier. La ligne de basse reste facile à suivre, mais elle est un peu retrait sur le 600 et plus précise sur le 660. Avec le 650, je retrouve le même un côté un peu “feutré” dans (le bas de) l’aigu (ou le haut du médium) qu’avec le 660S. Le registre grave, s’il semble très proche, est, à mon goût, meilleur sur le petit nouveau. Évidemment, je me garderai bien d’aller jusqu’à dire que le 650 donnerait dans la flatulence haricotière, mais — et ça n’est pas la première fois que je me fais la réflexion — il présente un grave qui manque d’impact, avec une sorte de confusion ou d’effet de masque dans le haut grave. Repasser directement au 660S me donne le sentiment que c’est plus précis, plus net, plus “dégraissé”, comme on dit, et que quelque chose comme un petit voile qui se lève dans ce registre. Ça n’est pas un 600 avec plus d’extension dans le grave, mais plutôt un 650 qui “tendrait vers le 600”, sans donner autant de présence dans le haut médium, et qui aurait surmonté ses petits défauts dans le bas — tu vois ce que je veux dire (et si tu ne vois pas, c’est quand même pas ma faute si les mathématiques casqueuses et la science casquüesque n’en sont encore qu’à leurs balbutiements!).

 

Quatuors à cordes de Raymond Murray Schafer Quatuor n°1

Quatuors à cordes de Raymond Murray Schafer Quatuor n°1

L’écoute du Quatuor n°1, dépourvu de titre, composé par Raymond Murray Schafer sur la commande du Quatuor Purcell et joué pour la première fois par eux à l’été 1970 (et qui lui a valu, en 1980, le prix Honegger), dans la version des Molinari, me procure le même son de cloche casque: un alto plus onctueux avec le 660 qu’avec le 600, et un violoncelle carrément crémeux avec le 650 (carrément 30% de matière grasse, bon pour la baratte, un plus par ces temps de pénurie de beurre). Ces différences se rapprochent, à mon goût, plus de celles qui séparent des salles de concert différentes, et ne me semblent pas de l’ordre de différences dans la restitution des timbres, car chaque instrument reste facilement identifiable. On n’a ainsi pas l’impression que l’un des casques présenterait un “défaut”, mais, à la comparaison directe, les différences les plus nettes sont, d’une part, dans le grave entre le 660 et le 650 (là, le 660 est plus proche du 600, mais en plus un peu plus net), et, de l’autre, dans le haut médium/aigu 660 et le 600 (où le 660 est plus proche du 650). Et j’ajoute que, pour ma part, quand je passe du HD650 au HD600, j’ai toujours eu l’impression que ça révélait une sorte de voile sur le premier — à moins que ça ne fasse entendre une sorte de “fraîcheur” générale sur le second diront les autres (ce que je ne pense pas pour ma part, le 600 n’étant pas à mon sens un casque “clair”).

 

Certes, on retrouve, sur le 660, en partie au moins, un peu de la timidité dans le grave que beaucoup ont pu reprocher au 600, mais avec à la clef plus de netteté dans les traits du violoncelle. De plus, à la comparaison directe entre ces deux casques, j’ai moins cette impression de léger “voile” que provoque le 650.

Alors oui, je me dis que, dans l’absolu, on pourrait avoir un peu plus d’ampleur dans le grave, un peu plus d’aération dans le haut du spectre, mais comme tout est bien en place, sans aucune impression de mélanges ou de superpositions qui viendraient troubler les effets de modulation dans le haut grave ou le bas médium, la restitution générale est très réussie.

En clair, c’est un casque plus net et plus précis que le HD650, avec juste un petit retrait, quelque part dans le haut médium ou l’aigu par rapport au HD600, ce qui en fera un casque encore plus relaxant et reposant sur des écoutes longues. Mais il faut noter ça “s’oublie” en quelques instants quand on écoute de la musique. Ce qui, évidemment, rendra difficile la décision pour ceux qui se demanderaient s’ils doivent changer leur 600 ou leur 650 pour le 660…

Luc Ferrari Symphonie Déchirée

Luc Ferrari – La Symphonie Déchirée

Je termine cette comparaison par l’écoute du Jeu des objets, 2nd mouvement de la Symphonie Déchirée de Luc Ferrari, écrite au milieu des années 90, et créée pour la première fois par France Musique en 2000 (le 30 octobre: j’ai cet enregistrement dans mes archives), ici, dans l’interprétation proposée par l’ensemble Ars Nova (enregistré près de ma ville natale en 2007 et où j’ai jadis vécu, mais malheureusement je n’y habitais alors plus) et sorti en 2013 chez Res Musica. Commençons par le 660 : “tu es content là ?”, demande la voix — “ça va, ça va”, ai-je envie de répondre, mais pas la peine, car une seconde voix répond: “ah ben, ça, ça va!… non c’est bien!…” Se confirme, pour mes oreilles, les mêmes tendances que précédemment en passant du 660 au 650, avec un petit effet de brouillage d’écoute (si, si!) sur ce dernier, dans le bas et un haut médium et un aigu proches, ce qui donne envie de monter le volume pour récupérer de la lisibilité (sachant que le 660 est un peu moins gourmand que le 650, il est bien possible que la différence passe inaperçue si l’on ne prend pas soin de repérer les niveaux identiques). “Je me le mets en tête, donc là, c’est délivré à fond” dit la voix: moi aussi et toc! passage au HD600. Son délivré, je ne sais, mais ça me semble, sur le plus âgé des trois, un plus aéré quoi qu’avec un peu moins d’ampleur: comme si l’Hippodrome de Douai avait un peu rétréci. Cela étant, comme demande la première voix: “ben, il fait moins froid ici, hein?” Donc, pour moi, c’est assez clair, le choix ne se jouerait pas entre le HD650 et le HD660, mais entre celui-ci et le HD600 — dont je regrette, malgré tout, la si belle présence dans le médium/haut médium. Je serais, donc, bien incapable de trancher… Ou alors… les deux!

 

– le lien vers le sujet HCFR dédié au casque Sennheiser HD660S : http://www.homecinema-fr.com/forum/casques-sedentaires/sennheiser-hd-660-s-t30083151.html

 

 

 

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