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Notre Dame ...

Message » 02 Sep 2020 11:35

Ah oui, et puis un fil où on ne parle ni insécurité/musulmans, ni Covid, ni bagnole, ça rafraîchit un peu. :lol:
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Robert
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Robert64
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Message par Google » 02 Sep 2020 11:35

 
 
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Message » 02 Sep 2020 12:56

Enthousiasmantes pour le beotien que je suis les etudes historiques qui vont etre entreprises Sur ces bases :thks:
Me suis réabonné a S&v depuis quelques mois.
Phil
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Message » 03 Sep 2020 10:01

Ce n'est pas tout à fait dans le sujet, mais il y a des liens.
Ce document pour faire un petit point sur les méthodes de datation les plus utilisées en archéologie.
(extrait de Sciences & Avenir/La Recherche n°883)

De quelques siècles à plus de 55000 ans LE CARBONE 14
C'est la reine des méthodes, en tout cas la plus connue, car elle possède une large gamme d'utilisation. « C'est bien simple, dit Christine Hatté, spécialiste de la technique au CEA/CNRS, elle permet de dater tout ce qui contient du carbone charbon, bois, peintures rupestres [ici celles de la grotte d'Altamira en Espagne, datées de -15500 à -13500 ans], ossements, coquillages, granules de vers de terre, le vernis des violons, certains colorants de peintures historiques... » Certains atomes contenus dans un objet se désintègrent au cours du temps. La quantité de 14C diminue ainsi de moitié tous les 5730 ans. En comptant le nombre d'isotopes 14C restant dans un morceau de bois, on en déduit le temps qui s'est écoulé depuis la mort de l'arbre.

De 100000 ans à 10 millions d'années LE POTASSIUM-ARGON
Utilisée pour tout ce qui est d'origine volcanique, cette méthode mesure les quantités de certains isotopes du potassium (40K) ainsi que de l'argon (40Ar) emprisonnés dans les roches issues d'éruptions. Comme le potassium 40 se transforme au cours du temps en argon 40, mesurer les proportions respectives de ces deux isotopes permet d'estimer l'âge d'une strate d'occupation humaine en datant les couches volcaniques au-dessus et en dessous (ici des empreintes d'hominidés datées de -3,7 à -3 millions d'années sur le site de Laetoli, Tanzanie). Elle s'emploie également pour les carottes sédimentaires. Une technique dérivée, fondée sur le rapport argon 39/argon 40, s'applique à des époques plus récentes.

De 10000 à 500000 ans L'URANIUM-THORIUM
Comme toutes les méthodes isotopiques, elle exploite le déséquilibre à un instant donné entre deux atomes constituant un objet. En l'occurrence, l'uranium 234 présent dans l'eau qui s'incorpore à l'exosquelette des coraux, aux coquillages ou à la calcite recouvrant la paroi d'une grotte, et qui va progressivement se désintégrer en thorium 230, absent lors de la formation du matériau. Le rapport entre les isotopes mesuré à l'aide d'un spectromètre de masse permet d'établir l'âge des planchers stalagmitiques ou des couches de sédiments marins (ici le site préhistorique de la caune de l'Arago, à Tautavel, Pyrénées-Orientales, daté de -500000 ans pour le plancher stalagmitique situé au sommet).

Jusqu'à 10000 ans avant notre ère LA DENDROCHRONOLOGIE
Et si les arbres pouvaient parler? Leur croissance irrégulière, dépendante des conditions climatiques, se lit dans la largeur de leurs cernes annuels qui renseigne précisément sur l'année à laquelle des objets en bois comme des poutres ou des embarcations ont été façonnés. Ainsi, c'est par dendrochronologie qu'a pu être datée précisément la barque carolingienne (ci-contre) retrouvée en 1992 à Noyen-sur-Seine (Seine et Marne). Les analyses ont révélé qu'elle avait été taillée dans le tronc d'un chêne centenaire durant l'hiver 834-835! La méthode permet également de renseigner sur les climats du passé et ce jusqu'au mésolithique, 10 000 ans avant notre ère.

Jusqu'à 200000 ans LA THERMOLUMINESCENCE
Tout matériau chauffé pour être façonné par la main humaine peut être daté par la réaction des cristaux de quartz ou de feldspath qu'il contient. En effet, ces derniers possèdent la propriété d'émettre de la lumière lorsqu'ils sont soumis à une forte température. Lorsqu'il a été travaillé, l'objet a perdu sa charge énergétique qui s'est lentement reconstituée au fil du temps. En le chauffant de nouveau à plus de 500 °C, il devient possible d'analyser la quantité de lumière émise et ainsi d'estimer le temps séparant les deux cuissons. Outre les céramiques, « cette méthode sert principalement à dater les silex chauffés », précise Christine Flatté (ici un biface acheuléen mis au jour aux Eyzies-de-Tayac, Dordogne).

De 200000 à 5 millions d'années LA RÉSONANCE PARAMAGNÉTIQUE ÉLECTRONIQUE
Fondée sur la capacité de certains électrons à absorber et réémettre l'énergie d'un rayonnement électromagnétique, cette méthode, utilisée à l'origine pour l'analyse des matériaux, ainsi que pour déterminer certains paramètres biologiques, a également trouvé son intérêt en archéologie. Elle s'emploie essentiellement pour dater les os et les dents qui sont riches en apatite, un minéral contenant des traces d'isotope d'uranium (ici une dent datée de -550000 ans trouvée à Tautavel, Pyrénées-Orientales). Elle sert aussi pour les sédiments, les concrétions dans les grottes, les coquillages, les grains de quartz ou des coraux. Sa période d'application s'étend de 200000 à 5 millions d'années.

Jusqu'à 100000 ans L'ARCHÉOMAGNÉTISME
Ce procédé se base sur le fait que, lorsque l'on chauffe de l'argile, le matériau garde l'empreinte de la direction du champ magnétique terrestre au moment de sa cuisson. Or, au fil des millénaires, la position du pôle nord magnétique a énormément varié jusqu'à s'inverser complètement. Ces variations ont été répertoriées, permettant d'établir une chronologie de référence. Toutefois, la technique ne peut être utilisée seule, plusieurs dates pouvant correspondre à une même orientation. Elle doit donc être complétée par d'autres outils. L'archéomagnétisme permet de dater par exemple les fours de potier, à condition qu'ils n'aient pas été déplacés depuis leurs dernières chauffes (ici, un four gallo-romain, IIème-IIIème siècle, Paris).

Et aussi
LA STRATIGRAPHIE, LA TYPOCHRONOLOGIE ET LA SÉRIATION
À l'inverse des précédentes, ces trois méthodes sont relatives : elles ne renseignent sur la date de fabrication d'un objet que par comparaison avec des vestiges analogues sur des sites déjà datés. Ou en tissant des liens chronologiques entre plusieurs « artefacts » en un même lieu. La stratigraphie étudie la succession des couches géologiques. La typochronologie, l'évolution de la forme ou du mode de fabrication de productions humaines : céramiques, armes, outils (ici pointes à cran datées
de -20000 à -15000 ans avant J.-C), bijoux... La sériation tente de proposer une hiérarchisation chronologique d'un ensemble d'objets. Par exemple, dans une nécropole, elle permet de comprendre dans quel ordre les sépultures ont été mises en place.

Sans oublier
DATATION PAR MOLÉCULES SPÉCIFIQUES
À partir de résidus alimentaires incrustés dans de la vaisselle préhistorique, les chercheurs ont séparé différents acides gras, ce qui leur a permis de mettre au point la technique dite de recherche de « molécules spécifiques ». Ils ont choisi d'en conserver deux, résistants au temps et caractéristiques d'aliments comme la viande ou le lait. Puis, utilisant la puissance de l'« outil carbone 14 », ils ont pu en estimer l'âge et donc des poteries les ayant contenus (ci-dessus, bol datant du néolithique, Somerset, Royaume-Uni). En expérimentant et en calibrant sa méthode sur des sites bien connus, l'équipe a ainsi vérifié que la marge d'erreur n'excède pas une centaine d'années. D'autres molécules spécifiques peuvent donner des informations sur d'autres vestiges archéologiques, par exemple l'hydroxyproline pour l'os.
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Dernière édition par Robert64 le 03 Sep 2020 10:05, édité 2 fois.

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Message » 03 Sep 2020 11:44

:bravo: :bravo:

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...Donc pas besoin de catapulter un âne à 100mètres s'il n'y a pas un peu hue de bonne volonté subtile et technique derrière tout çà...
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Message » 03 Sep 2020 12:01

Ça force l’humilité cette plongée moderne vers nos sources de vie. :bravo:
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Message » 25 Mar 2021 19:50

Au coeur du chantier de Notre-Dame

DEUX ANS APRES L'INCENDIE DE LA CATHEDRALE DE PARIS, NOUS AVONS PU FRANCHIR LES PORTES DE L'EDIFICE MEURTRI. POUR DECOUVRIR L'ACHEVEMENT DU TRI DES VESTIGES ET LES PREMIERS ENSEIGNEMENTS QU'ILS LIVRENT POUR LA RESTAURATION ET LA RECHERCHE.
(Extrait de Sciences & Avenir/La Recherche n° 890)
Par Marine Benoit, Arnaud Devillard et Sylvie Rouat)

165 millions d'euros
Le montant du budget, réévalué, de la consolidation de Notre-Dame de Paris.

EN CE MATIN ENSOLEILLÉ DE MARS, Notre-Dame de Paris est ouverte à tous les vents. Au sens propre. Portes, lucarnes, fenêtres, tout ce qui peut rester ouvert et laisser circuler l'air l'est. Au premier étage, dans le triforium, des affichettes demandent de laisser grandes ouvertes, « pour aération », les trappes des combles des bas-côtés, révélant des voûtes habituellement invisibles.
Il y a deux ans, dans la soirée du 15 avril 2019, l’eau des pompiers déversée sur l'édifice pour éteindre l'incendie qui a détruit le toit, la charpente et la flèche, a tout imprégné : les murs, les sols, le mortier. Sans parler des intempéries qui ont pu ensuite entrer par les deux béances de la voûte effondrée, dans la nef et à la croisée du transept. Depuis, des bâches géantes tentent de protéger l'intérieur. « C'est difficile de colmater totalement quand il y a de grosses pluies. note Mine Magnien, directrice du Laboratoire de recherche des monuments historiques (LRMH) chargé de l'analyse des vestiges de pierre de la cathédrale.
Nous continuons à suivre les mouvements d'eau et à étudier la dynamique du séchage. Ces données sont importantes car il ne pourra pas y avoir de restauration complète tant que le bâtiment ne sera pas sec. » Ceinturés de palissades métalliques, Notre-Dame de Paris et son parvis sont devenus un vaste chantier, placé sous l'égide d'un établissement public ad hoc, présidé par le général Jean-Louis Georgelin.
Au-dessus de l'édifice cerné d'échafaudages, la grue de 75 mètres décrit des cercles silencieux. Autour, semi-remorques et chariots élévateurs s'activent dans le bruit des moteurs tandis que circulent ouvriers, techniciens et chercheurs en tenue de protection, certains équipés de combinaisons jetables ou de masques à ventilation assistée.
Le site est en effet régi par un rigoureux protocole sanitaire dû à la présence de particules de plomb. Elles proviennent de la toiture partie en fumée. On fait ses premiers pas sur le site au terme d'une séance de prévention liée au plomb d'une bonne demi-heure. On en ressort par un sas de décontamination avec douche obligatoire.
Deux ans après le drame, il n'est pas encore question de restauration. Car la cathédrale est toujours considérée comme instable et sa sécurisation est toujours en cours (lire l’encadré). La pierre a subi un choc thermique, des chutes d'éléments restent possibles et l'équilibre général du bâtiment, privé de son toit et de sa charpente, a été bouleversé. Trois mois après l'incendie, des cintres en bois venaient consolider les arcs-boutants autour du choeur. Depuis le délicat démontage, achevé en novembre 2020, de l'échafaudage qui servait à rénover la flèche avant le sinistre, un coffrage de bois borde l'ouverture au-dessus de la croisée. Là où les quatre arcs de pierre s'interrompent tels des os brisés, pour laisser place à un carré de ciel bleu.

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Les efforts se tournent désormais vers l'intérieur de Notre-Dame. Empilées le long des Algeco de la « base vie » (bureaux, vestiaires, salles de réunion...) et estampillées d'une mention manuscrite « voûte », des pièces de bois attendent d'être assemblées. Elles formeront les cintres destinés à soutenir les arcs de la nef Une opération d'ampleur inédite, nécessitant une technique de levage par vérins hydrauliques. D'où ces échafaudages qui s'élèvent dans les cimes de l'édifice, nef de métal à l'intérieur de la nef.
Le tri des débris aura pris plus de temps que prévu. Au sol, en revanche, c'est place nette.
« En 2019, nous avons fait le tri de tous les vestiges tombés à terre, et tout a été entreposé sous les barnums, explique Dorothée Chaoui-Derieux, conservatrice en chef du patrimoine au service régional de l'archéologie (SRA) orchestrant le tri des vestiges. En 2020, nous avons commencé à nous attaquer aux débris situés sur les dessus des voûtes. Nous sommes en ce moment sur celles situées autour de la croisée. » Début avril, le déblayage devrait a priori être terminé.

La pollution au plomb puis la pandémie de Covid-19 ont certes bousculé le calendrier, mais de l'aveu de l'archéologue, personne n'avait envisagé que ce tri prendrait autant de temps. Sous les barnums, quatre vastes tentes blanches dressées sur le parvis de Notre-Dame, bois, blocs de pierre, fragments de décors peints ou sculptés, éléments métalliques, clous forgés reposent sur des étagères de palettes, dûment étiquetés. C'est le fruit d'un travail collectif rassemblant le LRMH, le SRA et le Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF). « Le but est d'identifier la provenance de chaque vestige », poursuit l'archéologue. Ainsi, certains éléments retrouveront leur place lors de la restauration. Mais finalement sans doute assez peu. « Les pierres ont chuté de 30 mètres, ont été exposées à la chaleur de l'incendie, à l'eau des pompiers, et tout cela risque d'avoir altéré leurs propriétés mécaniques et structurelles », estime Dorothée Chaoui-Derieux.

Les blocs conservés sur place serviront surtout de modèles aux architectes. Les claveaux par exemple, ces blocs taillés en biseau et composant les arcs des voûtes. Sous une tente aménagée comme un atelier, les chercheurs s'essaient à remonter « à blanc » l'arc de la nef. Sur une bâche au sol imprimée du dessin de cette structure de 7,39 m de rayon, ils disposent les blocs, testent des positions, des assemblages, comme on réalise un puzzle directement sur son modèle. « C'est une expérimentation censée aider la maîtrise d'oeuvre à savoir quels blocs peuvent être réemployés et à comprendre comment l'arc a été construit », indique Aline Magnien.

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Pour faciliter et multiplier les manipulations sans risque de dommage, les 42 éléments ont d'abord été transformés en modèles numériques. Ancien chercheur du Laboratoire modèles et simulations pour l'architecture et le patrimoine (CNRS/ministère de la Culture) et fondateur de la start-up de modélisation Mercurio, Eloi Gattet opère discrètement dans un coin du barnum avec un scanner à quatre appareils photo montés sur une armature en forme de cage. « Il a été fait sur mesure pour les claveaux de Notre-Dame : démontable, adapté à la contamination au plomb et au poids des claveaux », note-t-il, en pointant le plateau tournant où sont posées les pierres. Leurs versions numériques sont d'abord assemblées sur écran. Puis le résultat est reproduit « en vrai » sur la bâche.

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Un processus qui a déjà permis des découvertes. « Certains claveaux ne sont pas biseautés, d'autres ne le sont que d'un côté », remarque Éloi Gattet. Sur les faces latérales, on aperçoit des marques en croix laissées par les tailleurs de pierre de l'époque, et que seule la destruction de l'arc pouvait révéler. « Par une analyse comparative avec les blocs encore en place dans la cathédrale, nous avons réussi à savoir si la croix était sur le lit de pose [face d'un bloc qui est accolé au précédent] ou sur le lit d'attente du bloc [face d'un bloc déjà en place]. Cela donne une indication de l'ordre du montage », détaille Dorothée Chaoui-Derieux. Prochaine étape : faire la même chose avec les arcs de la croisée.
Du moins avec l'anneau de compression, à savoir la clef de voûte, pour aller plus vite et passer enfin à la restauration. À ce moment-là, les barnums auront été démontés et le parvis dégagé pour faire place aux entreprises et aux artisans. Ne resteront à Notre-Dame que les vestiges nécessaires aux architectes.
À la recherche de décors peints et de sculptures
Les tentes sont d'ailleurs déjà moins remplies qu'elles ne l'ont été. La table de tri voisine surtout avec des bigbags (sacs à gravats) de 1 m3 de rebuts de tri. Les vestiges de bois sont quasi absents. Parfaitement alignées dans la pénombre, les étagères de pierre se limitent aux blocs les moins endommagés, à ceux présentant des éléments de décors peints, de sculptures, de marques lapidaires, et aux claveaux. Tout le reste est transféré au fur et à mesure sur un autre site d'entreposage loué par l'établissement public, à Saint-Witz (Val-d'Oise), au nord de Roissy. C'est le SRA qui le gérera. « Il servira de réserve, complète Aline Magnien. De là partiront les échantillons dans les laboratoires pour des analyses complémentaires, des projets de recherche, des thèses. » Le CNRS a en effet monté huit groupes de recherche thématiques destinés à approfondir les connaissances sur Notre-Dame de Paris (lire S. et A. n° 878, avril 2020).
Jean-Christophe Monferran arpente ainsi le chantier pour le groupe Émotions/Mobilisations. Issu de l'UMR Héritages (CNRS/université de Cergy/ministère de la Culture), celui-ci pratique une ethnographie filmée, micro et caméra en mains. Il capte une ambiance, des impressions, des commentaires, il observe, dans le fracas des machines ou la quiétude d'un barnum.

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Éclairés par le soleil d'hiver, les tours et les portails de pierre blonde de Notre-Dame ne trahissent rien du sinistre de 2019. Pour un peu, l'agitation au pied de cette façade intacte paraîtrait incongrue. Dans quelques mois, le parvis redoublera pourtant d'activités, celles de tailleurs de pierre, de charpentiers, de menuisiers... Portes grandes ouvertes, Notre-Dame de Paris attend son heure.
A. D.

Annexes :

QUESTIONS À
JONATHAN TRUILLET
CONSERVATEUR EN CHEF DU PATRIMOINE ET DIRECTEUR ADJOINT AU SEIN DE LÉTABLISSEMENT PUBLIC CHARGÉ DE LA CONSERVATION ET DE LA RESTAURATION DE LA CATHÉDRALE NOTRE-DAME DE PARIS

« Tout le monde espère tenir le calendrier »

Où en est-on de la phase de sécurisation?
Elle touche à sa fin. Elle a commencé immédiatement après l'incendie et doit se terminer cet été. C'était une étape complexe et délicate. À présent, nous entamons les derniers travaux de consolidation des voûtes. Après les avoir renforcées par le dessus, nous posons de grands cintres en bois réalisés sur mesure, pour les soutenir par le dessous. Ces voûtes sont encore très fragiles. Encore récemment, des chutes ponctuelles de pierres nous l'ont montré...

En quoi ce chantier est-il hors norme?
Il l'est à bien des égards ! Par son ampleur, sa complexité technique mais aussi par le nombre d'acteurs qu'il rassemble. Rien que pour la partie recherche, une centaine de structures publiques et privées travaillent actuellement de concert. Dès le lendemain de l'incendie, beaucoup de scientifiques se sont mobilisés et ont fini par s'organiser en huit groupes thématiques : sur le bois, la pierre, les métaux, le verre... C'est une première sur un chantier de monument historique. Les vestiges devaient être triés afin de ne pas reproduire les erreurs du passé. En l'occurrence, se débarrasser trop tôt de débris qui auraient pu faire avancer la science et servir la restauration. Ce travail de tri n'a pas été fait, par exemple, au palais du Parlement de Bretagne à Rennes, qui a subi un incendie en 1994.

Sera-t-il achevé pour avril 2024?
Disons que c'est notre objectif. La recherche est par nature un travail de long terme, alors que les travaux de restauration en général s'inscrivent dans des temporalités plus courtes. Mais sur ce chantier emblématique, nous nous sommes attachés à rendre ces deux calendriers compatibles. Les chercheurs ont accepté le délai, quand l'établissement public et les architectes en chef ont pleinement pris conscience que si nous voulons une restauration exemplaire, il nous faut des données fiables. ■
Propos recueillis par M. B.

CONSERVATION
Des vestiges à la décharge?
Inutile d'imaginer acquérir un fragment de Notre-Dame comme il a été possible d'acheter officiellement des morceaux du mur de Berlin : selon le droit français, un tel commerce est tout simplement interdit. Plus précisément, le principe d'inaliénabilité des édifices affectés au culte et des biens culturels du domaine public ne permet pas le commerce de ces débris.
Pourtant, sur près de 10 000 big bags — ces grands sacs à gravats d'une capacité de 1 m3 — remplis avec les débris récupérés sur le sol de Notre-Dame, seuls 200 environ pourront faire l'objet d'une réutilisation dans la cathédrale. 550 devraient être stockés dans un entrepôt, où leur contenu pourra servir à la recherche scientifique. De l'aveu de l'établissement public pour la reconstruction, le reste, soit plus des neuf dixièmes, lui, devra sans doute être jeté.
M. B.

RESTAURATION
Des matériaux à trouver dans les carrières de pierres et les forêts de chênes

S'il est acquis que tous les blocs de pierre ne seront pas réutilisés, d'autres, brisés mais non fragilisés par exemple, pourront l'être après avoir été consolidés avec de la fibre de verre ou de carbone. C'est le LRMH (Laboratoire de recherche des monuments historiques) qui étudie l'état des pierres, notamment par des carottages. Quoi qu'il en soit, la restauration de Notre-Dame de Paris nécessitera de renouveler un nombre de blocs largement supérieur à un chantier classique de restauration. D'où le lancement avec le BRGM (Bureau de recherche géologique et minière), sous contrat avec l'établissement public, d'un programme d'enquête dans les carrières du bassin parisien, celles d'origine, situées dans la capitale et sa périphérie, ayant fermé au XVIIIème siècle. « La stratégie est de rechercher les pierres les plus proches de celles d'origine, à partir d'échantillonnages », explique David Dessandier, géologue au BRGM.

Le travail de laboratoire devra ensuite caractériser la couleur, le grain, les propriétés mécaniques des échantillons. Le programme doit s'achever cet été. Quant à la charpente, c'est acté, elle sera reconstruite en chêne. Il faudra pour cela 1000 arbres de cette essence. Des experts de l'interprofession France Bois Forêt ont sélectionné des spécimens dans les forêts de Conches et de Breteuil, dans l'Eure. Ceux destinés à la flèche ont été trouvés dans la forêt domaniale de Bercé (Sarthe), dont huit de plus de 1 m de diamètre pour le tabouret (la base de la structure).
S. R.
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