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Musique enregistrée : BLURAY, CD & DVD musicaux, interprètes...

L'opéra en DVD et BLU-RAY

Message » 23 Mai 2020 20:08

Bonsoir,

Il est bien dommage qu'Olivier_Le Daim ne bénéficie pas la TNT-HD française, parce qu'il nous aurait certainement offert le livret des opéras Norma et Anna Bolena qui seront diffusés au cours de la nuit prochaine.

- post180295735.html#p180295735


Bonne soirée.
ajr
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Message par Google » 23 Mai 2020 20:08

 
 
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Message » 31 Mai 2020 10:14

ajr a écrit:Bonjour,

Au nom des amateurs d'opéra et de ceux qui débutent dans ce genre d'expression artistique, je tiens à remercier Olivier_Le Daim de nous faire partager sa passion pour l'opéra et de nous faire profiter de ses connaissances pour nous permettre de nous retrouver dans les meilleures conditions pour apprécier le spectacle, au moment d'appuyer sur la touche play du lecteur Bluray. :bravo:

Cependant, je trouve quand même un peu dommage que ce sujet et le temps consacré par son auteur au partage de cette passion, ne remportent pas le succès qu'ils méritent, et j'espère que les graines qui sont semées aujourd'hui, porteront de nombreux fruits que viendra déguster un plus grand nombre de nos membres et visiteurs demain.


Merci encore et très bonne journée. :thks: :D



Mon cher Ajr.

Il est vrai qu’on ne se bouscule pas au portillon pour me lire. Les amateurs d’opéra sont-ils si peu nombreux ou, ce que tout chroniqueur doit envisager, mes commentaires seraient-ils sans intérêt ? Un peu long sans doute. Mais on ne commente pas un opéra qui se déroule sur deux bonnes heures en plusieurs actes (deux, trois et parfois plus) en quelques mots. D’autant plus qu’ainsi que je l’avais expliqué in limine, je ne suis nullement un spécialiste du genre mais un simple mélomane, féru de haute-fidélité, qui a découvert l’opéra par l’enregistrement quand il eut la curiosité agissante d’adjoindre à son installation un poste de télévision et un lecteur de BLU-RAY / DVD.

J’ai donc voulu partager mes découvertes pendant ce temps où le confinement m’en laissait le loisir. Je l’ai fait pas-à-pas en écoutant plusieurs fois l’œuvre, en notant au fur et à mesure mes impressions sur ce que j’entendais et sur ce que je voyais. J’ai donc été le témoin fidèle et discursif du spectacle que me donnaient les nouveaux moyens de mon installation. L’attrait de la nouveauté y était aussi sans doute pour quelque chose.

Il est vrai que ma manière de commenter l'oeuvre est plus instinctive, émotionnelle que démonstrative des qualités techniques. A chacun ses possibilités. J'ai essayé de comprendre comment la musique, le livret et la mise en scène que renvoyait l'image se composaient pour parfaire un enregistrement d'opéra.

La question se pose, mon cher Ajr, de savoir si je vais continuer maintenant que la liberté d’aller de de venir va nous être rendue. Je puis après tout conserver pour moi le plaisir de me projeter un opéra. La question est posée; je ne l’ai pas encore résolue.


Cordialement Olivier

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Le daim
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Message » 31 Mai 2020 17:05

Merci pour ce travail très fouillé le daim. Grand amateur d’opéras, je compte prochainement allier l’image avec le son. C’est un grand pas en avant pour ma part, avec une réserve, dans la mesure où je ne vois pas l’intérêt de regarder un opéra sans mise en scène. M’étant déjà spécialisé dans les écoutes d’oeuvres classiques en 5.0 (les vrais enregistrements, pas les bidouillages), le catalogue est de qualité et assez fourni. J’ai donc recherché dernièrement (mais probablement trop rapidement) le catalogue disponible en blu-ray contenant des prises de son 5.1 ou 5.0 pour des opéras mis en scène. Le catalogue semble réduit à peau de chagrin, pour des raisons que j’ignore (une des raisons principales doit toutefois résulter dans le fait que le passionné d’opéras se fout du son et de l’image, c’est la place au concert qui compte). D’autre part, il est très difficile de trouver à la fois le blu-ray et le support cd ou fichier séparément, probablement pour des questions de droit. Un peu frustrant, dans la mesure où j’aurais déjà pu juger la qualité de la prise de son en stéréo. J’ai donc acheté dernièrement:

- King Arthur dirigé par Jacobs sous label Naxos
- Tannhauser dirigé par Gergiev sous label DGG
- Lonhengrin dirigé par Thielemann sous label DGG
- Falstaff dirigé par Rustioni sous label BelAir

Mais pas encore eu le temps d’écouter-voir...
nica
 
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Message » 01 Juin 2020 11:03

de toute façon, tant qu'on y va pas (à l'opéra) on ne peut pas comprendre :wink:
le touriste
 
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Message » 01 Juin 2020 19:42

Bonjour Olivier, :D

Je ne crois pas que ce soit le contenu très complet de tes présentations qui ne plaît pas. Puisque je dirais personnellement tout le contraire, car elles sont très utiles pour comprendre la trame du drame auquel va assister celui qui vient de confortablement s'installer dans son fauteuil préféré.

Je crois qu'il faut plutôt admettre que ce sont les amateurs d'opéra qui sont rares.

Aussi, comme je constate de les airs de bravoure sont beaucoup appréciés, je pense que l'opéra cumule plusieurs inconvénients dont celui d'être très méconnu du grand public. Ce qui est moins le cas de la musique classique, bien que son audience soit très confidentielle lorsqu'on la compare aux autres modes d'expression artistique.

En tout cas, merci pour le temps que tu passes et l'énergie que tu déploies pour permettre d'augmenter le nombre des amateurs d'art lyrique sur le forum. Efforts qui ne sont pas vains, puisque celui-ci vient de connaître une sérieuse augmentation de fréquentation grâce à nica et le touriste qui viennent de rejoindre ce fil. Auquel viendra peut-être également participer un de nos contributeurs (renecito) de la rubrique casque, également grand amateur et connaisseur d'opéra.

Car, si cela me permet d'avoir une pensée particulière pour tous les organisateurs de spectacles et pour tous les artistes qui ont dû cesser les répétitions et annuler les concerts et les festivals qui étaient prévus. Nous pouvons souligner la chance des spectateurs qui ont pu continuer d'assister à ces spectacles sans quitter leur salon grâce aux disques, DVD, Bluray et diffusions TV.

D'ailleurs, au sujet de celles-ci, j'ai enregistré Falstaff de Verdi durant la nuit dernière (Philharmonishes Staatsorchester Hamburg, dir. Axel Kober) qui ne conviendra certainement pas à tout le monde d'après ce que j'ai entrevu de la mise en scène et des costumes.

https://www.bing.com/videos/search?q=fa ... &FORM=VIRE


Bonne soirée.
ajr
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Message » 02 Juin 2020 15:37

nica a écrit:Merci pour ce travail très fouillé le daim. Grand amateur d’opéras, je compte prochainement allier l’image avec le son. C’est un grand pas en avant pour ma part, avec une réserve, dans la mesure où je ne vois pas l’intérêt de regarder un opéra sans mise en scène. M’étant déjà spécialisé dans les écoutes d’oeuvres classiques en 5.0 (les vrais enregistrements, pas les bidouillages), le catalogue est de qualité et assez fourni. J’ai donc recherché dernièrement (mais probablement trop rapidement) le catalogue disponible en blu-ray contenant des prises de son 5.1 ou 5.0 pour des opéras mis en scène. Le catalogue semble réduit à peau de chagrin, pour des raisons que j’ignore (une des raisons principales doit toutefois résulter dans le fait que le passionné d’opéras se fout du son et de l’image, c’est la place au concert qui compte). D’autre part, il est très difficile de trouver à la fois le blu-ray et le support cd ou fichier séparément, probablement pour des questions de droit. Un peu frustrant, dans la mesure où j’aurais déjà pu juger la qualité de la prise de son en stéréo. J’ai donc acheté dernièrement:

- King Arthur dirigé par Jacobs sous label Naxos
- Tannhauser dirigé par Gergiev sous label DGG
- Lonhengrin dirigé par Thielemann sous label DGG
- Falstaff dirigé par Rustioni sous label BelAir

Mais pas encore eu le temps d’écouter-voir...


Mon cher Nica. Je vois avec plaisir qu’en matière d’enregistrements d’opéra, je ne suis pas (ou plus) le seul à suivre le chemin qui va d’une écoute à l’aveugle à la vue sur l’écran de tout un spectacle. Je me faisais la réflexion en te lisant que ce qui nous sépare peut-être, c’est que tu cherches d’abord la qualité de la reproduction musicale comme pierre angulaire de ton appréciation sur un DVD ou un BLU-RAY, alors que pour moi, l’enregistrement que j’apprécie doit être une osmose de la musique et du spectacle avec lequel la musique se doit de former un tout.

Mon installation, bien que très développée, est simplement stéréophonique et je ne puis donc apprécier l’effet 5. Je te laisse le soin de donner à l’occasion un avis sur la spatialisation des prises de son multicanale comme Igor l’avait donné à propos de l’enregistrement de l’Aïda de Verdi filmé par Franco Zeffirelli, à la Scala de Milan posting.php?mode=quote&f=7&p=180235076. Voilà d’ailleurs un enregistrement d’opéra qui pourrait t’intéresser puisque Igor y a noté le bel effet de spatialisation.

Parmi les enregistrements que je possède, en voici quelques-uns en multicanal :
- Et d’abord les deux enregistrements que j’ai commentés :
o Le DON JUAN de MOSART, un BLU-RAY OPUS ARTE du ROYAL OPERA, sous la direction de Nicola LUISOTTI
o La TOSCA de PUCCINI, un BLU-RAY OPUS ARTE du ROYAL OPERA, sous la direction de Antonio PAPANO
- L’ENLEVEMENT AU SERAIL de Mozart, un BLU-RAY du même éditeur OPUS ARTE, un enregistrement du festival de GLYNDEBOURNE, sous la direction de Robin TACCIATI
- La FLUTE ENCHANTEE, un enregistrement du même éditeur à la SCALLA, sous la direction de Roland BOER
- LE TROUVERE de Verdi à Berlin sous la direction de Daniel BARENBOIM, un DVD DG.
- LE RETOUR D’ULYSSE DANS SA PATRIE de Monteverdi, un DVD ERATO, sous la direction d’Emmanuelle HAIM
- RIGOLETTO de Verdi, un enregistrement DG à Vienne, sous la direction de Roberto CHAILLY.
-
Cordialement Olivier

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Message » 02 Juin 2020 21:28

je suis évidemment intransigeant avant tout sur la qualité de l'interprétation. Etant tombé dans la marmite quand j'étais tout petit, ma mère m'a transmis son amour de l'opéra. La prise de son doit participer dans une certaine mesure au plaisir d'écoute, mais elle doit rester accessoire. Par contre, je me garderais bien de tout commentaire en ce qui concerne la qualité de la mise en scène, n'ayant aucune connaissance particulière en la matière, c'est donc un domaine que je maîtrise très mal. Mais pour te situer, disons qu'entre une interprétation de Bohm ou de Currentzis du requiem de Mozart, mon choix est vite fait... je ne regarde pas de dvd, qualité trop aléatoire sur un écran de 3M de diagonale. La Tosca par Papano me fait vraiment envie. Amitiés
nica
 
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Message » 03 Juin 2020 0:10

Et n'oublie surtout pas le DON JUAN; c'est superbe. Lorsque je parle de mise en scène, je veux signifier ce que l'on voit sur l'écran, les chanteurs qui sont aussi des acteurs, la manière de les habiller (c'est important car l'habillement situe les personnages dans le temps et je déteste cette façon de faire qui consiste à mettre des habits modernes, parfois très laids, sur de la musique des siècles passés), les décors évidemment et l'éclairage qui relève et donne de la couleur. Je n'en connais pas plus que toi en matière de mise en scène mais je regarde et je peux apprécier sans trop me poser de questions. Cordialement Olivier

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Message » 03 Juin 2020 12:11

le touriste a écrit:de toute façon, tant qu'on y va pas (à l'opéra) on ne peut pas comprendre :wink:


Mon cher Touriste

En rédigeant des commentaires sur quelques enregistrements d'opéra, mon intention première n'est pas d'inciter le lecteur à rendre à l'opéra. Moi-même, je n’y ai mis les pieds que quelques fois dans ma vie. Tant mieux, si en visionnant des enregistrements, certains se sentent l'envie nouvelle ou renouvelée d'aller à l'opéra. Mon dessein est beaucoup plus modeste; il est de présenter des enregistrements qui permettent de projeter un opéra chez soi et peut-être ainsi de faire connaître un genre musical majeur à ceux qui n’auraient jamais eu l’idée de se mêler aux pompes qui entourent le spectacle des grandes maisons d’opéra. Cordialement Olivier

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Message » 07 Juin 2020 8:47

ajr a écrit:Bonjour Olivier, :D..........
D'ailleurs, au sujet de celles-ci, j'ai enregistré Falstaff de Verdi durant la nuit dernière (Philharmonishes Staatsorchester Hamburg, dir. Axel Kober) qui ne conviendra certainement pas à tout le monde d'après ce que j'ai entrevu de la mise en scène et des costumes.

https://www.bing.com/videos/search?q=fa ... &FORM=VIRE


Bonne soirée.


Mon cher Ajr

Ce fut la soirée suivante

J’ai entamé la vision de ce Falstaff depuis mon ordinateur avec des écouteurs ; c’est-à-dire dans de mauvaises conditions. Il faut dire qu’ainsi que tu le craignais pour un certain tout-le-monde, je n’ai vraiment pas aimé ce que j’en ai vu et je n’ai pas eu le courage d’aller beaucoup plus loin que la première scène. J’ai été immédiatement rebuté par la laideur des décors et surtout des costumes. Un bel exemple de ce que je n’apprécie vraiment pas : du prêt-à-porter d’aujourd’hui loubardisé. Une façon spectaculaire de vouloir faire contemporain.

Et la mise-en-scène est du même tonneau. L’opéra s’ouvre sur une scène de beuverie des plus conformistes où les personnages essayent de chanter tout en ne tenant plus sur leurs quilles. L’assurance du chant est incompatible avec l’équilibre instable des corps. On voit même un de ces soulards mettre cœur sur carreau tout en chantant à tue-tête et un autre qui ne tient plus debout essayer de couvrir le contenu répandu sur les planches avec un mouchoir. C’était beaucoup me demander de persévérer.

Et la musique dans tout cet étalage de sordidité, où est-elle ? Elle a disparu sous le délire imaginatif du metteur en scène.

Cordialement Olivier

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Message » 24 Juil 2020 9:23

L’œuvre à propos de laquelle je désire mettre en ligne ces quelques considérations, toute personnelles d’ailleurs, est très célèbre mais l’enregistrement que je vais commenter est particulier et exceptionnel. Il s’agit du DVD/BLU-RAY de la MATTHÄUS PASSION (la Passion selon Saint Matthieu) de J.S. BACH éditée en 2010 par la Philharmonie de Berlin et mis en œuvre (ou en scène ?) de Peter SELLARS. Les chœurs et l’orchestre de la maison sont dirigés par Simon RATTLE, avec le Christ de Christian GERHAHER, l’évangéliste de Mark PADMORE, et Camilla TILLING soprano, Magdalena KOZEMA alto, Topi LEHPIPUU ténor, Thomas QUASTHOFF basse.

Cet enregistrement est marqué pour moi d’une pierre blanche. J’en avais entendu de larges extraits lors d’une visite chez Dimitri (Roland de Lassus). C’était la première fois que l’audiophile pure et dure que je croyais être avait l’occasion d’entendre une œuvre musicale dans de bonnes conditions et voir en même temps sur l’écran les interprètes exécuter ce que j’entendais. J’ai tellement apprécié que j’ai résolu de compléter mon installation par une télévision et un lecteur de DVD/BLU-RAY. Merci Dimitri !

L’enregistrement de la Philharmonie de Berlin est pour moi exceptionnel car il m’a non seulement permis d’écouter une très belle exécution d’une musique admirable que je connaissais déjà, bien sûr, par le concert et par plusieurs estimables CD (dont ceux de Gardiner et de Herreweghe), mais aussi et surtout, parce qu’il m’a permis de voir sur l’écran la passion du Christ mise en mouvement et jouée par ses interprètes dans la sorte de mis en scène sortie de l’imagination de Peter SELLARS. Mes considérations sur cette passion (qui n’est pas en soi un opéra) ne sont donc pas ici hors sujet.

Tout est en effet en mouvement dans cette production, une invention visuelle qui est la traduction de ce qui est chanté, en gestes pour les personnages et en déplacement pour les chœurs. Nous sommes loin d’un concert ou d’une exécution commémorative dans une église où seule la caméra se déplace.

On a d’emblée un exemple frappant de cette mise en mouvement de la musique dans la façon de mettre en visualisation le chœur d’ouverture de la passion. On y voit des choristes disséminés qui marchent sur le plateau dans le désordre, sans qu’on sache où ils vont. Les yeux écarquillés, l’air perdu, ils semblent chercher leur chemin. Les deux chœurs que Bach a cependant parfaitement distingués et qui se répondent en s’interrogeant sont confondus dans ce promenoir sans but.

Par contre, le chœur de jeunes garçons expulsant un choral à pleins poumons, comme un cri de la foi au-dessus de l’errance de ces femmes et de ces hommes, est lui parfaitement immobile et solidement groupés. C’est la représentation scénique de l’errance humaine à laquelle la mort du Christ va donner une destinée, comme l’ont voulu Bach et son librettiste.

La personne du Christ est certes au centre de sa passion mais c’est aussi une personne qui dit seulement la parole, sans s’exprimer autrement qu’en récitatifs et dans quelques ariosos (comme le splendide arioso de l’institution de l’eucharistie). La parole du Christ qui est divine se suffit à elle-même. Elle est donnée avec le seul un soutien de l’orgue pour en souligner la nature et parfois lorsqu’elle est fondamentale par un bref commentaire instrumental.

C’est probablement la raison pour laquelle la personne du christ ne participe pas à la mise en scène. Christian GERHAHER qui lui prête sa voix donne sa partie depuis une oreille de scène, de loin, debout sans bouger. Cet agencement produit un effet bizarre sur mon installation stéréophonique : la personne du Christ est visible dans une loge sur la partie gauche de l’écran mais sa voix le situe plus à gauche en dehors de l’écran. Elle semble venir d’un autre monde.

Il n’en reste pas moins que la parole du Christ qui est très importante puisqu’elle constitue le message transmis par l’œuvre. La voix de basse qui l’incarne ne peut être trop grave sinon elle risque de perdre de son humanité mais pas non plus trop légère parce qu’elle représente aussi la voix de Dieu. Elle doit être intelligible mais profonde et il faut qu’on comprenne bien ce qu’elle enseigne. La voix de Christian GERHAHER remplit parfaitement ce rôle avec une sobriété inspirée.

Si la personne divine du Christ est ainsi laissée respectueusement en dehors de la représentation scénique, le personnage du Christ fait homme lui est bien au centre des événements. C’est l’évangéliste de Marc PADMORE à qui revient la lourde tâche de présenter sur scène l’homme Jésus. C’est lui par exemple qui se mettra à genoux pour prier ; c’est lui qui se tiendra avec les poignets joints sur la tête comme ils étaient liés pour signifier l’homme prisonnier, c’est lui qui sera l’homme condamné que l’on conspue, l’homme crucifié qui se couchera par terre les bras en croix, l’homme mort qui se couchera définitivement sur un caisson rectangulaire pour symboliser une mise au tombeau. C’est autour de lui, vers lui et sur lui que s’articuleront les gestes des autres acteurs : il recevra la main de Juda sur la joue et son baiser sur la bouche en signe de trahison ; il sera au centre du jeu des solistes qui symboliseront les sentiments qu’ils chantent en le touchant ou en le caressant comme s’il était la personne de Jésus car il en est le personnage mis en scène. L’air un peu égaré, un peu ailleurs de Marc PADMORE, un air d’être une innocente victime expiatoire, fait de lui une incarnation de Jésus un peu limitée comme il ne peut en être autrement mais convaincante.

Marc PADMORE est aussi évidemment un chanteur valeureux. L’évangéliste raconte l’événement. Il doit tenir solidement le fil du drame et relancer le récit après les interventions des solistes et des choeurs. Le rôle demande une voix de ténor à la fois forte et expressive, sachant se montrer héroïque dans les moments de grande tension, chaleureux dans les moments plus intimes et recueilli dans les moments de grande tristesse ; mais aussi simplement narrative tout en demeurant captivante quand il s’agit de raconter. Marc PADMORE possède une palette de timbres qui fait de lui un évangéliste renommé.

Les nombreux récitatifs et arias qui s’insèrent dans le récit évangélique pour le commenter sont de la plume du librettiste PICANDER (le pseudo latin de HENRICI. Eh oui, on utilisait déjà des pseudos à cette époque mais c’était alors des intellectuels qui voulaient se latiniser). La simple lecture du texte boursouflé de PICANDER est un exercice insipide. Cependant, le même texte éclairé par la musique de BACH m’émeut, moi qui ne suis pas croyant, au point d’en avoir presque les larmes aux yeux. J’ai compris ainsi que la compréhension immédiate du texte, en lisant les sous-titres tout en écoutant, donnait tout son sens à la musique comme la musique donnait au texte de PICANDER une épaisseur émotionnelle qu’il n’aurait jamais eue sans elle.

Ainsi que des acteurs au théâtre, les solistes apparaissent sur scène quand leur tour est venu et s’en vont quand ils n’interviennent plus. La mise en scène des arias qu’ils chantent commentent l’action au fur et à mesure du déroulement du drame. Je crois que l’on peut saluer l’entregent des solistes qui se sont mis entièrement au service des intentions scéniques de Peter SELLARS ; ils chantent et miment ce qu’ils chantent d’une façon que j’ai trouvée vraiment admirable.

Mon admiration va tout d’abord à la soprano Camilla TILLING. Elle puise dans sa maternité (elle est manifestement enceinte et près de la délivrance) une conviction naturelle qui est la traduction symbolique de ce qu’elle chante. Elle tire de l’assise de son ventre un souffle puissant qui la distingue de toutes ces cantatrices, un peu trop pures un peu trop désincarnées, que l’on entend souvent dans les œuvres de Bach. Camilla TILLING déplore dans un premier air l’opprobre qui s’attache à celle qui a engendré le traître Juda (et la camera glisse discrètement sur le ventre rond de la chanteuse) avec une force de conviction très charnelle ; puis dans un autre air subséquent, avec une irrésistible jubilation tournoyante, elle s’offre, toute enveloppée qu’elle est, à la venue du seigneur dans son sein. La voix sort puissante de sa (grande) bouche comme étant l’affirmation sensuelle des sentiments qu’elle répand par son chant.

Dans une couleur vocale plus sombre, l’alto Magdalena KOZEMA décrit la souffrance de la passion, celle infligée à Jésus ou celle du témoin qui y assiste impuissant. C’est de tous les solistes, celle à laquelle BACH a confié le plus d’arias et elle intervient très profondément dans le développement scénique du drame. Elle traduit la compassion et la contrition des fidèles par des gestes enveloppants sur le personnage de Jésus. Elle se fait maternel pour le consoler, le soutient physiquement comme moralement, fait mine de l’embrasser, l’entoure de sa voix chaude d’alto comme d’un baume. Dans son premier aria de la seconde partie, elle va vers le chœur et l’interpelle. Celui-ci lui répond. La beauté musicale bouleversante des arias trouve ainsi son prolongement visuel.

Introduit par le souffle altier du hautbois et entrecoupé par la plainte mezzo voce du chœur, l’aria emblématique du ténor Topi LEHPIPUU dans la première partie est éclatant comme un lever de soleil sur un cœur tourmenté. Il chante que la tristesse de Jésus abandonné par ses apôtres se convertit en une source de joie et c’est cette joie que l’on entend en regardant Topi LEHPIPUU chanter. Celui-ci ne participe pas à la mise en scène autour du personnage de Jésus. Il chante depuis le fond du plateau, derrière les chœurs. Il forme avec le hautbois qui l’accompagne une vision musicalement unique. Son beau timbre de ténor s’accorde avec celui de l’instrument. Cette unité dans l’exécution et son image donnent une compréhension parfaite de la musique de Bach.

Thomas QUASTHOFF est une voix magnifique avec une gangue d’airain dans un corps déformé. Peter SELLERS l’a cependant mis en scène et son corps très handicapé participe à l’expression de ce qu’il chante avec pudeur, sans trivialité. Le balancement de la tête et les mouvements expressifs du visage joints à celui tout proche du personnage de Jésus figurent le bercement rythmique de la musique qui entoure le destin de Jésus.

Le duo de la soprano et de l’alto entrecoupé par les rugissements du chœur révolté est, selon moi, un des sommets de la partition, bref sans doute mais qui fait la synthèse en quelques mesures de l’art descriptif de BACH. Les deux femmes sont des témoins qui se trouvent là par hasard. Leur curiosité est suggérée car elles se déplacent le cou tendu comme pour voir ce qui se passe par-dessus la foule. Elles déplorent ce qu’elles voient. Leurs deux voix sont réunies dans un air fugué qui leur donne une vision commune et universelle tandis que le chœur se levant et s’asseyant par vagues appelle à la rescousse les éclairs et le tonnerre et le feu de l’enfer.

Il arrive aussi, surtout dans la seconde et troisième partie, que le commentaire repose uniquement sur l’expression de la seule musique. Comme pour le ténor dans la première partie, les solistes demeurent alors devant la caméra, accompagnés d’un violon ou entourés soit de flutes soit de hautbois, dans des apartés chambristes qui sont des moments de recueillement au milieu de la mise en mouvement générale.

Bach a confié à son chœur l’expression des réactions de la masse populaire devant la passion du Christ, même les réactions les plus contradictoires. Tantôt ce chœur incarne la foule en délire qui hurle sa haine ou qui choisit de sauver de la mort BARABAS plutôt que Jésus ; tantôt il incarna les fidèles qui se lamentent sur le destin de leur sauveur ; tantôt il crie vengeance au ciel et voue aux gémonies ceux par qui ce destin se réalise.

Pour exprimer une pareille multitude de sentiments, Bach a séparé son chœur en deux groupes. Or, si ces deux groupes sont séparés sur la scène, l’un à gauche du plateau et l’autre au centre derrière l’orchestre, souvent la façon de filmer ne permet pas de bien distinguer laquelle des deux parties du chœur se manifeste. Si bien que l’on ne saisit pas le partage des rôles entre les deux groupes du chœur comme BACH l’a probablement voulu. Le livret que j’ai pu consulter distingue bien les deux parties du chœur par la notation « chœur I et chœur II ». J’ai dû d’ailleurs consulter la livraison d’un autre enregistrement en CD car le livret accompagnant l’enregistrement en question, tout somptueusement qu’il soit édité, n’est pas traduit en français et ne reprend même pas le texte allemand (texte que les sous-titres permettent heureusement de suivre aussi en français).

Cette regrettable confusion factuelle entre les deux chœurs est due à mon avis au fait que le ou les chœurs sont souvent filmés de près, dans le but de mettre en évidence les mouvements internes qui les animent ou la personne de certains choristes dont les gestes et la mimique extériorisent ce qu’ils chantent. Il y a évidemment aussi de nombreux chorals où les deux chœurs prient d’une seule voix. Mais là encore, on l’entend plus qu’on ne le voit. Il est rare que la caméra capte l’ensemble des deux chœurs car il est nécessaire pour cela que la caméra fasse un plan général sur tout le plateau où on trouve sur l’avant-scène l’évangéliste et les solistes qui l’entourent, puis l’orchestre enfin les chœurs sur la coté et dans le fond. Le souci de la production est apparemment plus orienté vers la représentation individuelle des personnages du drame que vers la globalisation du concert.

L’orchestre est composé d’une centaine de musiciens dont le nom de chacun est renseigné dans le livret. C’est le prestigieux orchestre de la PHILARMONIE DE BERLIN, donc une formation nombreuse qui joue sur instruments modernes dans la grande salle de la maison. Nous ne sommes loin d’une exécution baroque avec des instruments anciens dans le sein d’une église, essayant de rappeler celle qu’avaient pu entendre les fidèles de Saint-Thomas.

C’est au contraire une recréation contemporaine avec le désir de satisfaire les goûts et l’esthétique d’aujourd’hui qui demandent de voir pour mieux entendre et où le mouvement s’impose comme un renouvellement continuel de l’intérêt. Même le chef Simon RATTLE participe au spectacle avec des gestes qui laissent apparaître leur efficacité devant la caméra, soulignés par sa chevelure blanche en panache. On aimera ou on n’aimera pas ; moi qui suis un ancien pas spécialement branché, j’ai beaucoup aimé.

Cordialement à ceux qui m’ont lu jusqu’au bout. Olivier

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Message » 25 Juil 2020 11:07

Le daim a écrit:L’œuvre à propos de laquelle je désire mettre en ligne ces quelques considérations, toute personnelles d’ailleurs, est très célèbre mais l’enregistrement que je vais commenter est particulier et exceptionnel. Il s’agit du DVD/BLU-RAY de la MATTHÄUS PASSION (la Passion selon Saint Matthieu) de J.S. BACH éditée en 2010 par la Philharmonie de Berlin et mis en œuvre (ou en scène ?) de Peter SELLARS. Les chœurs et l'orchestre de la maison sont dirigés par Simon RATTLE, avec le Christ de Christian GERHAHER, l’évangéliste de Mark PADMORE, et Camilla TILLING soprano, Magdalena KOZEMA alto, Topi LEHPIPUU ténor, Thomas QUASTHOFF basse.


Mon cher Olivier

Tu as su me convaincre avec talent... :thks:

Voudrais acquérir cette version Blu-Ray de la  la Passion selon Saint Matthieu dirigée par Simon Rattle

Mais chez Ama.... ne trouve que la version DVD . Pourrais tu indiquer  comment se procurer la version Blu-Ray ?

Pour les choeurs tu as raison, un excès de gros plans nuit à la conception de Bach  de questions posées par le choeur I et réponses par le choeur II

Je salue la participation récente à ce fil de nica et du touriste :D

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Igor Kirkwood
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Message » 25 Juil 2020 13:07

Bonjour,

A tout Seigneur tout honneur: merci à Olivier_Le Daim de nous offrir ses excellents textes auxquels il est très difficile de résister à l'envie de voir et entendre ensuite ce qu'il nous détaille avec autant de talent.

C'est pour cette raison, si l'on en croit Diapason , que j'indique à Igor qu'il semble exister une version BD.

D'autre part, comme je ne me souvenais pas si cette version avait été diffusée par une chaîne de télévision française, j'ai effectué une vérification sur le sujet en post-it consacré aux diffusions de musique classique et de danse sur la TNT-HD.

Vérification malheureusement infructueuse, car, ne serait-ce qu'en raison de la double présence de Magdalena Kozena et Thomas Quasthoff, j'aurais certainement conservé cet enregistrement.


Très bon week-end.
ajr
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Message » 26 Juil 2020 10:39

Igor Kirkwood a écrit:
Le daim a écrit:L’œuvre à propos de laquelle je désire mettre en ligne ces quelques considérations, toute personnelles d’ailleurs, est très célèbre mais l’enregistrement que je vais commenter est particulier et exceptionnel. Il s’agit du DVD/BLU-RAY de la MATTHÄUS PASSION (la Passion selon Saint Matthieu) de J.S. BACH éditée en 2010 par la Philharmonie de Berlin et mis en œuvre (ou en scène ?) de Peter SELLARS. Les chœurs et l'orchestre de la maison sont dirigés par Simon RATTLE, avec le Christ de Christian GERHAHER, l’évangéliste de Mark PADMORE, et Camilla TILLING soprano, Magdalena KOZEMA alto, Topi LEHPIPUU ténor, Thomas QUASTHOFF basse.


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Je salue la participation récente à ce fil de nica et du touriste :D



L'édition que je possède est celle de la Philharmonie de Berlin qui comprend dans le même étui un BLU-RAY et deux DVD, le BR donnant une meilleure image. Elle est disponible chez Amazon pour 39,90€. Cordialement Olivier

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Message » 26 Juil 2020 11:33

Merci Olivier :D

La commande a été in fine faite sur Rakuten (plus cher !) je n'étais pas sur qu' Amazon dispose de la version BR

A titre personnel je considère la Passion selon Saint Mathieu de Bach comme une des plus belles oeuvres de ce compositeur, suis heureux de "passer à l'image" même si ce n'est pas aussi essentiel que pour l'Opéra.

Rédigerais un retour .

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