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Musique enregistrée : BLURAY, CD & DVD musicaux, interprètes...

rachmaninoff concerto

Message » 01 Nov 2006 12:02

Davestarwalker écrit : Rien à voir donc : c'est une tension immanente qui soudain se libère et amène une vraie transcendance incandescente. Pour être la réincarnation de Liszt... il faut sans doute être hongrois, déjà quelque part, et sans doute complètement !


Liszt était si peu hongrois qu'il ne parlait pas le hongrois... mais l'allemand et le français ! Ce que les nationalistes hongrois lui ont d'ailleurs reproché. Il n'était pas davantage tzigane et sa musique hongroise ne l'est pas, elle est plutôt tzigane... et donc appatride.

Et Liszt interprète, comme Liszt compositeur ne peut être limité à cet aspect nationaliste dans lequel, hélas !, par facilité une partie de la critique musicale se fourvoie.

Ce qui donne parfois des résultats comiques.

Exemples.

Il a été écrit maintes et maintes fois que le pianiste américain William Kapell était le premier pianiste américain natif à avoir été reconnu internationalement comme grand héritier de l'école de piano russe à travers son professeur Olga Samaroff.

Or, cette dame, née américaine au Texas, s'appelait Hickenlooper et avait été le premier américain a avoir été accepté au Conservatoire de Paris où elle avait élève d'un élève de Chopin... si nationaliste lui-même qu'il n'a pas voulu d'elle dans sa classe dans un premier temps au motif qu'un Américain ne pouvait rien comprendre à la musique. Ensuite, elle est partie pour Berlin, pour Vienne (ou elle s'est liée avec Mahler). Avant de rentrer aux Etats Unis.

Tout récemment, les pianistes Bronfmann et Ax ont été qualifiés dans Diapason de "pianistes typiquement américains" pour leur disque des suites de Rachmaninov pour deux pianos.

Or, voila ti pas que Bronfmann est Israelien et n'a mis les pieds aux Etats Unis qu'à l'âge de 19 ans pour devenir l'élève de Rudolf Serkin et qu'Emmanuel Ax est polonais et à été l'èlève, après son émigration au Canada, de Mieczyslav Munz, un vieux juif polonais on ne peut plus culturellement enraciné dans la vieille europe...

La pianiste Jeanne Marie Darré, qualifiée dans Diapason de la pianiste typiquement française n'ayant pas reçu d'autre influence... a pourtant, sitot son prix obtenu à Paris... dans la classe de Philipp (un bon hongrois lui !) et sur ces conseils.... fait un séjour de deux ans à l'Académie Franz Liszt de Budapest où elle a perfectionné sa technique pianistique !

Il faut repousser au loin toute tentation de vase communicant dans l'interprétation de la musique instrumentale, particulièrement du piano, où les écoles et les nations sont à prendre avec des pincettes.

Quand l'Italien Michelangeli a remporté le prix de Genève, Cortot membre du jury s'est exprimé "le nouveau Liszt est arrivé".

Cziffra, tout comme Michelangeli n'étaient pas plus la réincarnation de Liszt qu'un autre des nombreux pianistes qui, au cours de l'histoire de l'interprétation pianistique, ont été ainsi qualifiés.

Il était Cziffra : pianiste unique, inimitable dans l'essence de son jeu comme dans l'apparence de son jeu.

Tout comme Michelangeli, tout comme Liszt. Tout comme tous les grands pianistes.


Alain :wink:

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Message par Google » 01 Nov 2006 12:02

 
 
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Message » 01 Nov 2006 12:37

fgero a écrit:
blounote a écrit:comparativement, Je dirais de la version de Biron Janis qu'elle cultive le côté romantique avec ses envolées c'est plus lent, on se laisse aller a la mélodie peut ^tre en forçant le trait...


C'est curieux, je trouve l'inverse avec Janis : si j'osais, pour moi c'est "l'anti-vautrage" sur les concertos en question : je trouve qu'il est on ne peut plus éloigné du mode "pompier" (voire musique de film) que l'on trouve si souvent. Il a un rythme, et même parfois une certaine sécheresse, que j'aime beaucoup. Alors que tant d'autres se "vautrent" dans un genre à la limite du dégoulinant. Tout ceci AMHA et avec des expressions peut être un peu excessives :mdr:.

J'en déduis que Van Cliburn doit être très "particulier" dans son interprétation :lol:


en relisant, je me dis qu'il vaut mieux oublier ce que j'ai écrit..c'est trop subjectif et trompeur... :-?

en effet, j'ai voulu traduire une ressenti personnel induit par le jeu, mais qui est à prendre avec des pincettes..je tiens à préciser que par exemple la référence à gould, extrêmement trompeuse, n'allez surtout pas il maginer que hough joue dans le style de Gould, ce n'est absolument pas le cas, je n'ai utilisé la comparaison n'est là que pour illustrer la sensation différente d'un morceau procurée par un jeu différent de celui d'autres pianistes..

les trois interprêtations sont diférentes, je me garderai bien de donner une hierarchie...les trois peuvent facilement cohabiter :wink:
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Message » 01 Nov 2006 13:30

blounote a écrit:les trois interprêtations sont diférentes, je me garderai bien de donner une hierarchie...les trois peuvent facilement cohabiter :wink:


C'est ce que j'avais retiré de ton intervention :wink:
Alain et quelques uns sur ce fil savent mettre les mots justes sur les interprétations, en se servant de leur expérience et de leur connaissances techniques, et en mettant en perspective, avec une échelle de valeurs construite sur l'écoute de très nombreuses interprétations d'une même oeuvre.

Pour les autres, donc je suis, il est bien difficile d'exprimer ce qu'on ressent avec les mots adéquats.
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Message » 01 Nov 2006 13:43

haskil a écrit:
Davestarwalker écrit : Rien à voir donc : c'est une tension immanente qui soudain se libère et amène une vraie transcendance incandescente. Pour être la réincarnation de Liszt... il faut sans doute être hongrois, déjà quelque part, et sans doute complètement !


Liszt était si peu hongrois qu'il ne parlait pas le hongrois... mais l'allemand et le français ! Ce que les nationalistes hongrois lui ont d'ailleurs reproché. Il n'était pas davantage tzigane et sa musique hongroise ne l'est pas, elle est plutôt tzigane... et donc appatride.

Et Liszt interprète, comme Liszt compositeur ne peut être limité à cet aspect nationaliste dans lequel, hélas !, par facilité une partie de la critique musicale se fourvoie.

Ce qui donne parfois des résultats comiques.

Exemples.

Il a été écrit maintes et maintes fois que le pianiste américain William Kapell était le premier pianiste américain natif à avoir été reconnu internationalement comme grand héritier de l'école de piano russe à travers son professeur Olga Samaroff.

Or, cette dame, née américaine au Texas, s'appelait Hickenlooper et avait été le premier américain a avoir été accepté au Conservatoire de Paris où elle avait élève d'un élève de Chopin... si nationaliste lui-même qu'il n'a pas voulu d'elle dans sa classe dans un premier temps au motif qu'un Américain ne pouvait rien comprendre à la musique. Ensuite, elle est partie pour Berlin, pour Vienne (ou elle s'est liée avec Mahler). Avant de rentrer aux Etats Unis.

Tout récemment, les pianistes Bronfmann et Ax ont été qualifiés dans Diapason de "pianistes typiquement américains" pour leur disque des suites de Rachmaninov pour deux pianos.

Or, voila ti pas que Bronfmann est Israelien et n'a mis les pieds aux Etats Unis qu'à l'âge de 19 ans pour devenir l'élève de Rudolf Serkin et qu'Emmanuel Ax est polonais et à été l'èlève, après son émigration au Canada, de Mieczyslav Munz, un vieux juif polonais on ne peut plus culturellement enraciné dans la vieille europe...

La pianiste Jeanne Marie Darré, qualifiée dans Diapason de la pianiste typiquement française n'ayant pas reçu d'autre influence... a pourtant, sitot son prix obtenu à Paris... dans la classe de Philipp (un bon hongrois lui !) et sur ces conseils.... fait un séjour de deux ans à l'Académie Franz Liszt de Budapest où elle a perfectionné sa technique pianistique !

Il faut repousser au loin toute tentation de vase communicant dans l'interprétation de la musique instrumentale, particulièrement du piano, où les écoles et les nations sont à prendre avec des pincettes.

Quand l'Italien Michelangeli a remporté le prix de Genève, Cortot membre du jury s'est exprimé "le nouveau Liszt est arrivé".

Cziffra, tout comme Michelangeli n'étaient pas plus la réincarnation de Liszt qu'un autre des nombreux pianistes qui, au cours de l'histoire de l'interprétation pianistique, ont été ainsi qualifiés.

Il était Cziffra : pianiste unique, inimitable dans l'essence de son jeu comme dans l'apparence de son jeu.

Tout comme Michelangeli, tout comme Liszt. Tout comme tous les grands pianistes.


Alain :wink:


Tu sais aussi bien que moi que Cziffra a été maintes fois qualifié la "réincarnation de Liszt", aussi parce qu'il était d'origine hongroise et mettait (a mis) le feu au clavier comme personne ou presque (à l'instar de ce que devait faire Liszt ; d'ailleurs les compte-rendus de son jeu sont très intéressants : quel dommage que nous n'ayons aucun document sonore, hélas !), dans les oeuvres de lisztiennes en particulier.

Et que cela fut (et est toujours) une sorte de slogan publicitaire, autant qu'un sobriquet (plus ou moins pertinent, selon les oeuvres) qui lui est facilement accolé. Slogan que j'ai repris pour souligner une boutade (je croyais que c'était suffisamment clair :P ).

Un parallèle, apparent mais d'essence patronymique, entre les deux grands hommes est d'ailleurs intéressant : Geörgy est devenu "Georges", de même que Ferenc... "Franz". Les (pianistes et compositeurs) hongrois doivent aimer la France (boutade) !

Après, par rapport à cette histoire de nationalisme ridicule, Liszt était d'abord l'homme de sa musique, pas d'une nation. Comme Cziffra du reste.

Mais là on s'éloigne de Rachmaninoff.

Par coutume, on affirme qu'il y a des écoles de piano, c'est sûr, déjà géographiquement et même plutôt topographiquement (élément irréductible lié à l'endroit où l'on se pose et reste ! :wink:) : la française, la russe, l'allemande, l'américaine (façon de parler). Bon je schématise, mais c'est l'idée généralement partagée... comme un truisme (c'est même le problème).

Il y a donc, théoriquement, de grands courants stylistiques, ou plutôt des approches plus ou moins tranchées de l'instrument (de la posture physique, qui déterminera une sonorité, un son, soi-disant typique, jusqu'à des directions d'interprétation : retenues, acrobatiques, nettes, etc. tu connais bien sûr ce genre d'épithètes, la liste est longue et souvent imaginative ; dès qu'il s'agit d'inventer des cases...) et de la manière de produire de la musique avec. Cependant, comme l'a écrit Adorno, "les archétypes sont des structures, les stéréotypes sont structurants". Le tout est de s'en rendre compte et de savoir les dépasser (l'essence même de l'Ecole de Francfort).

Mais il y a surtout de grands interprètes qui, même issus de tels ou tels systèmes, dont la détermination est la plupart du temps ultra-caricaturale, même marqués par tel ou tel professeur génial... ou juste influent, ne sont qu'eux-mêmes, ou plutôt sont eux-mêmes puis (et?) établissent la rencontre, voire la connection entre leur personnalité exceptionnelle et des oeuvres qui ne le sont pas moins (et plutôt plus d'ailleurs, l'humain n'étant qu'un moyen interprétatif de les faire vivre : transcendance ou immanence du génie de l'écriture, de l'art ?).

Pour moi Cziffra (puisque l'on parlait beaucoup de lui), c'est ça. Dohnanyi s'en est d'ailleurs rapidement rendu compte : en grande partie, Cziffra a fait "Cziffra", c'est certain. Par contre, est-ce que Geörgy a fait "Georges" ? C'est une question. On peut tenter des réponses. La mienne : "oui, sans doute, mais pas nécessairement". Et ce n'est pas là une boutade ni un trait purement rhétorique.

En résumé, "on" (en tout cas moi, et je pense toi également) se moque de ces histoires de drapeau, sauf pour les évoquer avec la distance que donne l'humour et la connaissance des situations réelles. Sinon on tombe dans le schématisme le plus total !

Je pense notamment à cette histoire, quand Richter a explosé sur la scène internationale, pour rapidement être catalogué de "pianiste champion de l'URSS" par les américains - certains américains, choqués par son génie -, et ceux-ci de littéralement mobiliser John Odgon comme porte-drapeau de leurs valeurs, pianistiques et autres, surtout "autres" !

Cordialement,
David.
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Message » 01 Nov 2006 14:00

(je croyais que c'était clair... décidément...).


Non, ça ne l'était pas... du tout ! décidément... :lol:


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Message » 01 Nov 2006 15:17

haskil a écrit:
(je croyais que c'était clair... décidément...).


Non, ça ne l'était pas... du tout ! décidément... :lol:


Alain :wink:


Ah, tu as été plus rapide que moi (j'avais viré ce "décidément" mal à propos, anticipant ta réaction légitime, tout en augmentant au coup par coup ma réponse initiale au gré d'inférences variées : cf au-dessus).

Cordialement,
David. :wink:

La plume numérique est parfois comme la main droite du docteur Folamour : ach, Vorsicht ! :mdr:
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Message » 01 Nov 2006 16:00

Je pense notamment à cette histoire, quand Richter a explosé sur la scène internationale, pour rapidement être catalogué de "pianiste champion de l'URSS" par les américains - certains américains, choqués par son génie -, et ceux-ci de littéralement mobiliser John Odgon comme porte-drapeau de leurs valeurs, pianistiques et autres, surtout "autres" !


Ce qui a surtout été saillant dans l'accueil de Richter aux Etats-Unis, c'est n'est pas qu'il aurait été catalogué "pianiste champion de l'URSS" par les Américains (ça c'était plutôt la volonté soviétique d'envoyer des champions à l'Ouest pour démontrer, que dans ce domaine là aussi, ils étaient les plus grands), mais plutôt que la critique américaine aurait relevé dans ses interprétations, à côté de l'admiration que son jeu pianistique soulevait (et comment en aurait-il été autrement !), une bonne dose de provincialisme esthétique !

La critique américaine la plus en vue a immédiatement expliqué ce provincialisme esthétique qu'elle fut bien la seule à entendre... comme étant la résultante du fait que la population "russe" ne pouvait, sous le joug soviétique, profiter du brassage culturel si porteur de progrès dont les Etats-Unis étaient eux mêmes la preuve vivante...

Et comme aux Etats-Unis, on a peur de rien, c'est aussi candidement que cela fut écrit... :o

John Ogdon a eu peu à voir là-dedans, particulièrement aux Etats-Unis, car il était britannique. Et malheureusement pour lui, et pour nous, atteint d'une maladie pschiatrique qui l'a peu à peu conduit vers la mort. Après quelques séjours en maison de repos.

Je me souviens de lui, marchant dans les rues d'Amsterdam, un panier en plastique ajouré de supermarché à la main, plein de partitions et de papiers divers, ne sachant où aller... Quelques heures après qu'il avait joué, magnifiquement, mais dans une veine parfois hagarde, les Etudes op. 10 de Chopin...

Ogdon qui a laissé de magnifiques Etudes Tableaux de Rachmaninov, rééditées il y a peu par Testament... Comme quoi, Rachma revient, de temps à autre, dans cette discussion.

Et donc, il a été écrit de Gilels, puis de Richter, que grâce à leurs nombreux voyages à l'Ouest, ils allaient peu à peu proposer des interprétations moins marquées par les limitations esthétiques dûes aux contingences politiques qui étaient imposées en URSS... :o :lol:


Ni Gilels ni Richter n'ont été victimes en France, en Italie ou en Grande-Bretagne d'une telle interprétation fallacieuse et éminement politique de leur esthétique.

Ils sont arrivés, ils ont joué, le public et la critique s'est inclinée avant d'applaudir à tout rompre à l'unisson du public.


Alain :wink:

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Message » 01 Nov 2006 16:02

fgero a écrit:
blounote a écrit:les trois interprêtations sont diférentes, je me garderai bien de donner une hierarchie...les trois peuvent facilement cohabiter :wink:


C'est ce que j'avais retiré de ton intervention :wink:
Alain et quelques uns sur ce fil savent mettre les mots justes sur les interprétations, en se servant de leur expérience et de leur connaissances techniques, et en mettant en perspective, avec une échelle de valeurs construite sur l'écoute de très nombreuses interprétations d'une même oeuvre.

Pour les autres, donc je suis, il est bien difficile d'exprimer ce qu'on ressent avec les mots adéquats.


C'est vrai qu'il y a toujours (au moins) deux niveaux dans l'évaluation de l'interprétation d'une oeuvre :

1) un niveau objectif, quand à la manière dont l'oeuvre a été conçue, écrite et voulue par l'auteur, et parfois jouée par lui comme une clé (c'est donc le cas avec les concerti de Rachmaninoff, son interprétation donnant de grandes indications quant à ce que qu'il voulait provoquer et obtenir).

2) un niveau subjectif, à mon sens le plus important, qui consiste à svoir comment l'oeuvre va nous toucher, et selon quelle intensité.

C'est vrai ensuite que l'on est tous sensibles à des choses différentes, et une interprétation techniquement impeccable peut ne pas nous toucher, même si l'on estime que c'est un paramètre important.

Ainsi, cette célèbre version de 1978 (je crois) en public d'Horowitz, à l'origine du fil, est très intéressante de ce point de vue car :

1) d'un point de vue objectif, il y a de nombreux pains et erreurs, des rythmes non respectés, des tempi souvent à la ramasse, etc. En ce qui me concerne, ça me dérange... ou ça me chiffonne, comme dirait le lieutenant Colombo :mdr: , et gâche quand même beaucoup mon plaisir (en clair, je ne suis pas transporté, ou disons que je redescends trop souvent sur terre à mon goût, avec cette interprétation, pour cette oeuvre, donc le troisième concerto et notamment dans le troisième mouvement)... MAIS :

2) d'un point de vue subjectif, comme l'a notamment indiqué Alain, c'est aussi une interprétation inspirée, très attachante avec de vrais moments de grâce.

Après, il me semble que des versions telles que celles de Wild, Janis et (j'ai un trou, au secours ! :o :oops: ) réunissent à merveille ces deux points, et se détachent nettement, depuis longtemps.

C'est en tout cas avec ces trois interprétations que mon plaisir est le plus intense à l'écoute de cette oeuvre, au combien difficile (à charge pour moi d'écouter celle de Hough : je pense que je vais la rajouter à cette courte liste).

Ceci étant posé, je préfère cinquante mille fois une interprétation avec des pains, mais inspirée, qu'une interprétation digitalement parfaite... mais sans inspiration. Et puis, quand une interprétation n'a ni les qualités du premier point, et encore moins celles du second (Collard)...

Ensuite, le "souffle" est en option ! mais pas trop, sinon on détruit tout ! :-? :P

Malgré les apparences, au-delà d'un cheval de bataille monté par les virtuoses de tout poil, c'est surtout une oeuvre à l'équilibre fragile, pouvant rapidement (adjectif de rigueur :wink:, je le préfère ici à "facilement" :D ) être dénaturée.

Cordialement,
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Message » 01 Nov 2006 16:40

haskil a écrit:Et donc, il a été écrit de Gilels, puis de Richter, que grâce à leurs nombreux voyages à l'Ouest, ils allaient peu à peu proposer des interprétations moins marquées par les limitations esthétiques dûes aux contingences politiques qui étaient imposées en URSS... :o :lol:


Oui... c'est pour cela que je rejette vraiment ces histoires de drapeaux, moins liée à la (noble) question des origines (et des influences culturelles, surtout affectives qui en découlent) qu'à celle de (souvent basses) contingences politiques.

Le cas est aussi patent avec Chopin, qui bien sûr était concerné de coeur par l'insurrection polonaise contre les russes, mais qui n'a jamais exprimé explicitement de prises de position authentiquement politiques, et surtout nationalistes, dans comme avec sa musique. L'Etude n°12 de l'op. 10 serait le fruit d'une improvisation, enragée certes ; mais le titre de "révolutionnaire" qui lui a été donné (et que la postérité a retenu), n'est pas le fait de Chopin...

Rachmaninoff, c'est aussi toute les questions et les préjugés liés à son origine russe, dans le contexte américain, s'entend bien : les russes sont comme ceci, les russes sont comme cela, donc la musique de Rachmaninoff, qui est russe parmi les russes, doit être être jouée comme ceci ou comme cela. Alors ça a pu donner des interprétations épouvantables, en vertu de stéréotypes affreusement simplificateurs.

Si mes souvenirs sont bons, John Ogdon avait été envoyé à Moscou, en 1962, pour contrer Richter (dans je ne sais plus quel concours, Tchaikovsky je crois)...
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Message » 01 Nov 2006 18:11

Si mes souvenirs sont bons, John Ogdon avait été envoyé à Moscou, en 1962, pour contrer Richter (dans je ne sais plus quel concours, Tchaikovsky je crois)...


Richter a été membre du jury du premier concours Tchaikovsky en 57 ou 57 qui fut décerné à un... américain du nom de... Van Cliburn. :wink: Et il semble bien que ce soit la ou l'une des seules fois qu'il a accepté d'être juré de concours.

En 1962, Richter, n'avait plus l'âge de passer des concours, il avait déjà 20 ans de carrière derrière lui.

Et John Ogdon avait lui l'âge de passer des concours. Il a donc passé le concours Tchaïkovsky dans ces années-là, en candidat libre car il venait d'un pays qui n'envoyait pas de candidat commando.

De mémoire, il aurait plutôt passé le concours la même année que le russe Ashkenazy et qu'un Français du nom de Jean Bernard Pommier qui avait 17 ans. Et il l'a remporté ex aequo avec Askenazy.

Il faudrait que je vérifie car je cite tout cela de mémoire et bien que l'histoire du piano et de l'interprétation pianistique soit ma spécialité en tant que professionnel, je peux me tromper d'un concours ou deux dans les dates ! :lol:


Une certitude cependant : Richter n'a jamais passé le concours Tchaikovsky dont la première édition, remportée donc par Van Cliburn, eu lieu en 57 ou 58.


Alain :wink:

PS. Je viens de vérifier : c'est bien ça !

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Message » 01 Nov 2006 18:49

Puisque qu'on est quand même gentiment parti hors sujet, mais ca ne dérangera personne vu que tout ceci est vraiment passionnant ;), j'aimerais votre avis sur Lang Lang que j'ai découvert au hasard sur Youtube en suivant un de vos liens (le nombre de documents d'archives est impressionnant, et voir enfin Cziffra jouer un vrai plaisir). Donc je clic sur Lang Lang, la rhpasodie Hongroise n°2 de Listz (parce que comme, tout le monde ici je pense, j'adore ce morceau:D). Oula ouch aïlle ! Mais qu'est ce que c'est que ça :s Bon je vous laisse juger par vous même http://youtube.com/watch?v=eLR3oNNY4_A
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Message » 01 Nov 2006 20:11

Où l'on voit tout ce qui sépare Cziffra de Katsaris est là :

http://youtube.com/watch?v=SygS5yz7x5M

ça c'est ahurissant :o :o


Lang Lang est un cas. Et tu vas voir qu'il va être question de Rachmaninov...

D'un côté, c'est un pianiste ayant un talent certain. Il a une belle technique, beaucoup d'assurance et une joie assez contagieuse de jouer.

De l'autre, il est tellement heureux de jouer, il a tellement peu d'autocensure qu'il mime ce qu'il joue. C'est triste, il fait une figure triste. C'est pimpant, il est pimpant. Cela étant, du coup, il surjoue tous les sentiments que lui évoque la musique... et il peut en devenir pénible.

Et il est parfois d'une naïveté confondante. Mais, dans le même temps, il n'est pas poseur et ne cherche pas à imiter qui que ce soit ou à prendre la posture de l'héritier de tel ou tel pianiste. Il joue comme il est, pas comme il pense qu'il devrait être.

La critique française est redoutablement méchante avec lui, et témoigne d'une certaine forme de racisme qui s'ignore plus ou moins.

Si demain on me propose d'aller écouter un récital de Lang Lang ou un récital de Piotr Anderzsewski, je choisis sans hésiter Lang Lang !

Le second est un poseur qui n'a pas les moyens de ses ambitions et qui nous a donné les Variations Diabelli de Beethoven les plus mal jouées que je connaisse, avec des fautes de rythmes et des idées (c'est un pianiste à idées, il se prend pour Gould) et qui n'hésite pas à défigureur la musique pour ne pas ressembler aux autres pianistes. ça donne, par exemple, 8 secondes de pause avant d'attaquer la fugue conclusive des Diabelli (j'ai cru que mon lecteur CD était en panne :lol: ) et une fugue qui se casse la gueule le premier sujet énoncé...

Lang Lang réfléchit moins et joue. Et dans certaines oeuvres, son enthousiasme un peu primesautier fait des étincelles.

Bref, c'est un cas. Pas mon pianiste de chevet, c'est le moins qu'on puisse dire, mais un artiste sincère, pas fabriqué et direct.


Rachmaninov ?

L'histoire m'a été racontée par Argerich. Et par Lugansky qui la tenait de Pletnev dans les mêmes termes.

Lang lang a joué le... 3e de Rachmaninov au Festival de Verbier en Suisse... :lol:

Pletnev (grand pianiste russe) était dans la salle, assis sur le même rang qu'Argerich, Ax et d'autres du calibre. Une belle brochette.

Le lendemain, Lang lang croise Pletnev dans le hall d'un hôtel et s'approche vers lui tout content, alors même qu'il sait quel immense pianiste c'est.

"Avez-vous aimé mon concerto ?"

Pletnev : " non !"

Lang Lang dépité : "Pourquoi ? Et comment dois-je le jouer ?"...

Pletnev : "Mettez un portrait de Rachmaninov sur le pupitre de votre piano et fixez bien son regard".


Alain :wink:

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Message » 01 Nov 2006 20:25

Merci Alain, c'est bien comme ça que je cernais rapidement le personnage. Et encore une belle anecdote, merci de nous les faire partager 8)
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Message » 01 Nov 2006 21:31

haskil a écrit:
Si mes souvenirs sont bons, John Ogdon avait été envoyé à Moscou, en 1962, pour contrer Richter (dans je ne sais plus quel concours, Tchaikovsky je crois)...


Richter a été membre du jury du premier concours Tchaikovsky en 57 ou 57 qui fut décerné à un... américain du nom de... Van Cliburn. :wink: Et il semble bien que ce soit la ou l'une des seules fois qu'il a accepté d'être juré de concours.

En 1962, Richter, n'avait plus l'âge de passer des concours, il avait déjà 20 ans de carrière derrière lui.

Et John Ogdon avait lui l'âge de passer des concours. Il a donc passé le concours Tchaïkovsky dans ces années-là, en candidat libre car il venait d'un pays qui n'envoyait pas de candidat commando.

De mémoire, il aurait plutôt passé le concours la même année que le russe Ashkenazy et qu'un Français du nom de Jean Bernard Pommier qui avait 17 ans. Et il l'a remporté ex aequo avec Askenazy.

Il faudrait que je vérifie car je cite tout cela de mémoire et bien que l'histoire du piano et de l'interprétation pianistique soit ma spécialité en tant que professionnel, je peux me tromper d'un concours ou deux dans les dates ! :lol:


Une certitude cependant : Richter n'a jamais passé le concours Tchaikovsky dont la première édition, remportée donc par Van Cliburn, eu lieu en 57 ou 58.


Alain :wink:

PS. Je viens de vérifier : c'est bien ça !


Oui, j'ai cherché aussi, c'est bien Askenazy, au concours de 62, qui a été sacré avec Ogdon...

Du coup je ne sais plus trop où j'ai pêché cette histoire d'Ogdon "en service" contre Richter... je suis pourtant sûr d'avoir lu ça (dans un Diapason il me semble...).

Ou alors je confonds avec un autre pianiste (car effectivement Ogdon était britannique... ) mais je ne vois vraiment pas lequel.

Tout bien réfléchi, je crois que le "truc" était, dans un contexte de guerre froide très idéologique (aussi dans la lignée de ce que tu rappelais, au regard d'une certaine critique américaine par rapport au jeu de Richter), d'envoyer dans un concours internationnal russe un (des) pianiste(s) exceptionnel(s) capable(s) d'en remonter à Richter (et, sous-entendu, démontrer la supériorité du jeu "occidental", du "monde libre" en gros, contre celui des méchants cocos ; une logique très primaire donc). D'où Ogdon au concours Tchaikovky de 1962. Cependant, comme tu parles de "candidature libre"... il faudra que je creuse cette histoire, déjà en tentant de retrouver mes sources (ce qui n'est pas gagné), afin de vérifier ce que je raconte.

Mais effectivement, il n'y a jamais eu de confrontation directe entre les deux pianistes.

Cordialement,
David.
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Message » 01 Nov 2006 22:23

haskil a écrit:Où l'on voit tout ce qui sépare Cziffra de Katsaris est là :

http://youtube.com/watch?v=SygS5yz7x5M

ça c'est ahurissant :o :o


Ah le grand galop chromatique par Cziffra !!!!! Miam, miam, miam !!!! c'est vraiment quelque chose !!! On défie vraiment l'entendement. C'est extra ce qu'il arrive à faire de ce morceau.

J'ai cette vidéo mais de meilleure qualité : si ça intéresse des gens, je peux faire un envoi (fichier joint, je pense)...

Pour Lang Lang ? Ben je suis comme tout le monde : très partagé. Mais effectivement, ce garçon a tant de joie de vivre et surtout de bonne volonté... mais là, dans cette rhapsodie... j'ai vraiment du mal là (trop attaché à mon Cziffra ! et puis... quelle interprétation bizarre)

Dans le genre "gros truc tordu", il y a ça :

http://youtube.com/watch?v=-3_J7Tc2g_w (les commentaires sont importants : franchement, ça bat des records ! :o )

ou ça :

http://youtube.com/watch?v=JA-0dMs1wbs (dommage que l'on aie pas sa version délirante de la campanella)

ou ça :

http://youtube.com/watch?v=JA-0dMs1wbs (au secours ! : la fugue. quel malade ! où est Busoni ?! :mdr: )

et bien sûr la ronde des lutins par "qui vous savez" :

http://www.youtube.com/watch?v=TqqVcVqD ... ed&search= (quel pied !)

La rhapsodie n°6 :

http://www.youtube.com/watch?v=Ep0tWVn3 ... ed&search= (pareil ! la signature rythmique est innimitable)

Une impro :

http://www.youtube.com/watch?v=pf2accwGEaU

Un "autre" grand galop :

http://www.youtube.com/watch?v=KyzzAV9G ... ed&search=

un "autre autre" grand galop :

http://www.youtube.com/watch?v=zkBA4vHfkZw (son pourri, image pourrie mais... même sous les mains de Cziffra, je ne l'avais jamais entendu comme ça ! :o )

Sinon j'ai trouvé ça, un vrai document :

http://www.youtube.com/watch?v=BjVo6Qk_ ... ed&search= (indice : son nom est un savoureux champignon :wink: )

Cordialement,
David.
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