tenia54 a écrit :Ce n'est pas ce que je dis, et ça n'a pas forcément/vraiment à voir avec avoir du matos de folie, mais savoir analyser un disque en utilisant un maximum de marqueurs quantifiables (et ils existent), et surtout en sachant un minimum de quoi on parle. Je ne parle donc pas d'investir de l'argent dans du matos mais du temps et de la concentration dans des connaissances techniques et la maitrise des méthodes et outils d'analyse.
hyperspace a écrit :Je pense que pour pouvoir donner son avis, et critiquer les notes / avis des autres, il y a la condition sine qua non d’avoir vu ledit film sur ledit support. Ce n’est pas parce qu’on a vu le film au cinéma ou en 1080p/SDR qu’on peut avoir une opinion honnête (pas quelque chose qu’on a lu sur internet ou vu dans des captures 8 bits / SDR sur un écran d’ordinateur) sur la qualité d’un Blu-ray UltraHD HDR et WCG visualisé sur un diffuseur compatible.
C'est un peu plus compliqué que ça...
J'ai commencé à écrire mes tests parce que j'en avais marre de devoir aller sur blu-ray.com pour trouver un test Image plutot pointu, caps-a-holic pour des captures fiables, criterionforum pour un test Son moins laxiste, DVD Beaver pour le scan BD Info, etc etc.
Or, depuis des années maintenant, l'analyse audio-vidéo d'un disque est soutenue par des outils d'analyse purement techniques qu'il est parfaitement possible de combiner et qui permettent de passer en revue tout autant de marqueurs concrets d'une présentation AV : extraction audio et analyses spectrales, captures d'écran et histogrammes, scan BD Info, etc etc. Cela a créé des marqueurs techniques qui peuvent être mis à disposition sur le Net pour qui souhaite ne pas avoir à acheter un disque pour savoir s'il vaut le coup (ce qui, en théorie, est tout de même le principe d'un test et de ces outils). C'est de l'agrégation de données "publiques" permettant de faire de l'analyse quasi-prédictive, de façon parfois plus précise que des analyses faites en visionnage et qui peuvent donner l'impression que 2 pistes diffèrent alors que non (LAL sur Godzilla King of Monsters), d'un upgrade jugé massif malgré un master en fait virtuellement identique à l'ancien BR (Digital Bits sur La menace fantôme), d'un HDR jugé excellent mais pourtant sous-employé (Joker), de ne pas voir des problèmes de chroma ou ou d'encodage (Jours de tonnerre, plusieurs Carpenter chez Canal) et au-delà du seul UHD, on peut parler de ceux passés à côté de DNR plus ou moins massif (Robert Harris sur Madame de et Le loup-garou de Londres), accentuation artificielle (Shout sont des champions), niveau de noirs inadéquat (ce fut pas mal le cas aux débuts de la collection Gaumont découverte, probablement un problème plus large de mauvaise plage RGB), filtrages sonores des basses (les forums AVS sont fournis en ce type d'analyse qui démontre que beaucoup de gens s'extasient sur des ultra basses fréquences qui n'existent pas) ou hautes fréquences (que certains testeurs passent complètement à la trappe malgré l'effet négatif sur le son, notamment les dialogues), ou de ceux trouvant que les surrounds sont inexploitées (lu sur Amazon à propos de La La Land).
Vu comment on peut évaluer de façon prédictive un BR sans regarder ledit disque sur ledit support, à partir du moment où on commence à voir des heatmaps HDR ou des évaluations du % d'utilisation du BT2020, cela va sans doute être plus largement transposable à l'UHD que ça ne l'est déjà (ne restera surtout que l'encodage en 10 ou 12-bits et l'apport du DV FEL à la compression générale, au final).
J'ai parlé déjà du DNR et de l'EE. Voici donc le reste des outils permettant de se faire une idée d'un disque (mots-clés : "se faire une idée") sans l'avoir vu de ses yeux vu. A noter qu'évidemment, dans un monde idéal, ceux souhaitant faire des retours techniques complets dans une optique de "test technique" utiliseraient un maximum de ces techniques pour appuyer leurs observations.
Image :
- (UHD) Heatmaps HDR : On a vu le Labo de Jay analyser
le HDR et les couleurs de Joker de façon technique. Cela permet, concrètement, de voir l'utilisation du HDR et du WCG sur le film au-delà de la seule impression, mais dans les faits. Pyoko, sur blu-ray.com, a analysé
le HDR (principalement) de plusieurs UHDs via captures analytiques. Cela permet de voir que le HDR d'Alita est visiblement très limité, ou que Sony applique un HDR particulièrement chaud sur leurs disques.
- (UHD et BR) les problèmes d'encodage sont visibles, eux, sur captures. Typiquement, les problèmes de Chroma, notamment chez Paramount, sont trouvables sur caps-a-holic, par exemple sur
Jours de tonnerre ou
Le soldat Ryan, mais aussi
Apollo 13 chez Universal. Récemment,
l'UHD de Crying Freeman a été analysé aussi, et visiblement, Turbine a trafiqué son disque. Les problèmes de macroblocking sont eux aussi facilement détectables sur captures, en UHD (ici sur
The Fog) comme en BR (ici sur le
Criterion de My Own Private Idaho). Note qui coule pourtant de sens : si la capture a été bien prise, non, les problèmes de macroblocking ou de chroma ne disparaissent pas par magie en visionnage. A contrario, un problème vu en visionnage est évidemment capturable en captures. Récemment par exemple, sur le BR français de
Jungle Fever, le problème vu en visionnage est évidemment trouvable en captures.
- (UHD et BR) Idem pour le DNR et l'EE, surtout pour des films en argentique : c'est quasi toujours retrouvable sur simple capture. Et comme pour le macroblocking, les surcontours et le grain ne disparaissent ni n'apparaissent miraculeusement en captures ou en visionnage. On m'avait par ex dit que les captures toutes lisses des Enfants du paradis étaient traitres. 25 balles plus tard, j'ai pu voir en visionnage que pas du tout. C'est aussi sur captures que Gaumont a bazardé sa restauration de Madame de pour la refaire quasi de A à Z.

Et d'un point de vue général, le niveau de détails et la "texture" de l'image est visible sur captures, là aussi sans traitrise, de même que l'on peut vérifier concrètement si telle ou telle édition ré-utilise ou non un ancien master.
- (BR) Il est possible aussi de vérifier à l'aide de captures le niveau de noirs et le clipping dans les blancs à l'aide soit d'un logiciel permettant de regarder les valeurs RGB d'un point donné (Photoshop, Paint Shop Pro, et probablement d'autres encore), soit un histogramme de l'ensemble de l'image (ACDSee). Par ex, sur cette capture des
Cadavres ne portent pas de costard,
l'histogramme donne ça, avec un beau gros pic au max de la luminosité, soit un bon gros clipping des blancs. Sur d'autres titres, on peut vérifier au contraire si les noirs sont à 0, s'ils sont légèrement décollés (5-6) ou s'ils sont carrément à 35 (et des noirs à 35,
ça donne ça). A noter que cela permet aussi, sur un film en N&B, de repérer un encodage incorrect car donnant un N&B légèrement coloré, comme sur
l'édition TF1 du Salaire de la peur. Dans le pire des cas,
un très mauvais encodage peut donner ça.
- (UHD & BR) : on peut aussi, à l'heure actuelle, retrouver assez facilement sur seules captures quel labo s'est chargé de la restauration d'un film de patrimoine. Par ex,
ce type de bleu, c'est quasi toujours Eclair, et
cet aspect jauni avec des noirs décollés et colorés, c'est quasi toujours L'immagine Ritrovata. On peut aussi retrouver
la patte du Magenta Push qui était en grande partie la norme pour la création de masters HD dans les années 90 et 00s lors de la ré-utilisation de ces masters en BR.
- (UHD et BR) : attention !! Le seul débit moyen (et même le débit instantané) n'est pas suffisant pour analyser si un disque est mieux compressé qu'un autre, ou bien encodé tout court. Certains BRs à 35 Mbps ont des problèmes quand d'autres à 25 Mbps n'en ont pas, et les UHDs de Top Gun, Days of Thunder et Le soldat Ryan sont tous encodés de façon similaire (50-55 Mbps moyen + DV FEL) et par le même studio, mais seul Top Gun n'a pas de problème.
Son (UHD et BR) :
- A titre personnel, j'utilise l'interface utilisateur
HdBrStreamExtractor de eac3to pour extraire en FLAC des pistes sons, puis
spek pour analyser le spectre sonore. C'est en particulier très utile pour visualiser les hautes fréquences (ou absence de), un très bon marqueur de filtrage ou absence de filtrage passe-bas, malheureusement le plus souvent appliqué de façon destructive sur le son. Si vous avez déjà regardé des films de patrimoine avec l'impression que les acteurs parlaient dans un oreiller, c'est sans trop de doute à cause d'un filtrage passe-bas. C'est ce qui s'est passé notamment sur de nombreux films d'Ozu, au point où le BFI s'est vu conseiller d'inclure si possible
l'ancienne piste non restaurée sur Le goût du riz au thé vert. Ces problèmes sont tels que des pistes restaurées encodées sans perte sont bien moins bonnes que des anciennes pistes DVD lossy. C'est très fréquent aussi chez Gaumont, et une grande partie de leurs disques Classiques sont vastement filtrés (ça s'est amélioré depuis). Il fut aussi instructif d'analyser les pistes sons lossy des Mizoguchi parus chez Capricci avec celles lossless de leurs équivalents chez Eureka ou Criterion et se rendre compte qu'il n'y a le plus souvent aucune différence spectrale (et que les encodages lossless tiennent donc ici de l'overkill total).
- D'un point de vue plus général, cet
excellent blog recense plusieurs de ces cas de figures (et permet de constater que de nombreux tests "pros" sont passés à côté de ces problèmes).
- A l'opposé, sur des titres plus récents, le problème se situe plutôt dans la gestion des basses fréquences, ou plutôt les ultra basses fréquences. En pratique, un nombre considérable de disques ont des basses filtrées à partir de 30 Hz et moins. Plusieurs sites proposent des analyses spectrales mettant en avant cet effet : 2 topics d'AVS :
un analysant les basses directement et
un autre visant à proposer des EQ pour les films "à problème" (plus indirect, mais d'un autre côté, la plupart des graphes montre les films avant correction et bien entendu, plus la correction est grande, plus le problème est marqué). Voici pourquoi
le BR de La guerre des mondes est considéré une référence en basses : voyez la courbe verte et comment il n'y a aucune chute à gauche, dans les fréquences les plus basses. A contrario,
voyez la nouvelle piste Atmos de l'UHD et comment, sans correction, la courbe verte pointillée montre une grosse chute sous les 35 Hz. C'est aussi ce qui permet de détecter
les problèmes de clipping d'Interstellar ou que
Star Trek Into Darkness est surtout mixé hyper fort mais n'a pas forcément des basses très développées (contrairement à Tron Legacy, mixé très fort ET avec des UBF).
- J'avais lu un avis sur les pistes DTS:X de l'édition française de La La Land se plaignant du manque d'activité surround, et notamment des 2 canaux supplémentaires. En pratique, il est possible de reprendre la piste FLAC extraite via HdBrStreamExtractor et l'analyser sur
Audacity. On ne verra pas les matriçages Atmos, Auro ou DTS:X (à ma connaissance), mais on pourra voir l'activité de la piste canal par canal (7 + LFE). Cela permet, par ex, de voir un canal .1 quasi inexistant ou au contraire très actif, ou vérifier si un remixage 5.1 n'a effectivement quasi aucune activité arrière (c'était le cas sur certains westerns Warner). Cela permet aussi de voir les effets de spatialisation (puisqu'on verra alors apparaître des infos uniquement sur, par ex, l'enceinte avant gauche ou arrière droite).
- Les infos type BD Info permettent aussi de vérifier si 2 pistes sons sont identiques ou non : même spatialisation, même licence, même quantification, même débit moyen au kbps près = même piste son. Je ne connais aucun contre-exemple. Je ne sais pas comment LAL a donc pu trouver "une VO Atmos "d'un niveau sensiblement plus faible" sur le BR que sur l'UHD" de Godzilla King of Monsters, les 2 VO Atmos étant identiques sur les 2 disques (Dolby TrueHD/Atmos Audio English 4245 kbps 7.1-Atmos / 48 kHz / 4245 kbps / 24-bit (AC3 Core: 5.1-EX / 48 kHz / 448 kbps). Attention cependant : l'inverse n'est pas forcément aussi facile, et 2 pistes aux débits plus différents peuvent montrer peu de différences à l'oreille comme sur les spectres. Il est aussi virtuellement impossible de comparer une piste DTS HD MA avec une piste DTHD, les % de compression appliqués n'étant pas exactement les mêmes (d'expérience, Dolby donne généralement des débits moyens plus faibles que DTS).
Au final, tous ces éléments étant régulièrement disponibles sur le net, cela signifie qu'il est possible pour des gens n'ayant pas les disques de se plonger là dedans et se faire une idée assez complète de :
- l'utilisation du HDR
- l'utilisation du WCG
- l'encodage, y compris des sous-canaux couleurs ou du bon respect du noir et blanc (le cas échéant)
- la présence de DNR et/ou d'EE
- le niveau de détails général de l'image
- s'il s'agit d'un nouveau master ou non
- le niveau de noirs ou le clipping des hautes lumières
- d'une signature colorimétrie du labo ou du studio
- les filtrages sonores des hautes ou basses fréquences
- le clipping sonore
- l'activité des canaux, notamment arrières et surrounds latéraux
- la spatialisation
- l'utilisation du canal LFE
- si telle piste son est différente de telle autre, notamment entre un UHD et son équivalent BR
Conclusions :
- Notez qu'à aucun moment, ces méthodes impliquent d'investir 400k€ dans du matos et sa calibration. C'est par contre en partie collaboratif (puisqu'il faut que quelqu'un ait fait et publié ces analyses), et nécessite sinon d'avoir un PC avec a minima un lecteur BD-ROM et les programmes nécessaires (en partie gratuits cependant). Cependant, et au contraire, ces analyses contournent complètement le matériel HC de l'utilisateur, et permettent donc d'éliminer cet intermédiaire-là afin de revenir au pur contenu du disque.
- Ces outils existent et ce n'est pas sale de se les approprier ! Se faire la main dessus, apprendre à les utiliser, apprendre sur quoi ils se basent permet de consolider nos connaissances techniques et à se faire plus pertinents, exhaustifs et précis dans nos retours, mais aussi à réduire considérablement la part de subjectivité du testeur. Il ne s'agit donc pas tant de dire que les gens n'ayant pas vu le disque peuvent faire aussi bien que ceux l'ayant vu (même si, donc, ça se discute) que de rappeler aux gens ayant le disque qu'ils peuvent (et devraient probablement, si possible, le faire) aussi compléter leurs "ressentis" avec ces outils factuels.

Et en cas de discussion enflammée, cela permet de revenir à une base très terre-à-terre : voici les valeurs RGB, voici les analyses spectrales, voici l'activité des canaux sonores. Et bien sûr, comme c'est en forgeant qu'on devient forgeron, apprendre à vérifier ses impressions à chaud par ces outils permet de se faire progressivement la main. A l'heure actuelle, je n'ai plus trop de mal à détecter un filtrage des hautes fréquences sans avoir à faire l'analyse spectrale et j'ai beaucoup appris récemment sur le subsampling Chroma.
- Il ne s'agit pas tant de dire que l'accès et la compilation de ces données remplacent un test direct (global en un coup, et non la somme d'éléments séparés), mais de rappeler d'une part que des données précises et factuelles sont extractables d'une présentation AV, y compris d'un UHD, et d'autre part qu'elles permettent de balayer très largement les caractéristiques du disque sans forcément y avoir accès soi-même. Quand la grande majorité des retours AV directs (voire des tests pros) ne balaie qu'une partie seulement de ces points et rate parfois l'analyse de certains points (comme, de nouveau, les UBF disparues du nouveau mix de La guerre des mondes), elles sont loin d'être inutiles ou négligeables.
La prochaine fois, je ferai un point Encodage, notamment le point de départ purement calculatoire qui me fait rager quand des films sont sur-compressés alors qu'il restait plein de place disponible (ou que trop de place a été laissée aux bonus).