Salut,
J'ai acheté ce CD en partie grâce à ce post donc je viens en dire ce que j'en pense même si mon avis est un peu moins enthousiaste.
J’aime bien Bach même si je ne suis pas un spécialiste. Sa musique, profane ou sacrée, m’évoque les grandes cathédrales aux arches s’élevant dans les cieux, constructions parfaites d’harmonie et de technique, bâties par les maçons originels à la gloire du Grand Architecte De L’Univers.
Quand à Coltrane, que j’adore et connais bien mieux, sa musique ne peut s’apprécier et se comprendre, dans la mesure du possible, qu’en percevant la démarche créatrice perpétuelle, puis spirituelle, qui l’anima et qui lui permit de dépasser le cadre de la musique, travaillant le son jusqu’à son paroxysme, pour délivrer un message universel, clairement exposé dans Love Suprême et sous-jacent dans toute sa période « Impulse ». Et, à la réflexion, la mélodie envoutante de « My Favourite Things » avec ses accords plaqués de Mc Coy Tyner n’évoque t’elle pas Bach effectivement ?
De plus, il a été très fréquemment décris les similitudes d’écriture entre le jazz et ses grilles d’improvisation et le baroque, laissant également un très grand espace de liberté, notamment à la basse continue. C’est ce que reprend le livret, très documenté et bien fait, de ce disque. Raphaël Imbert explique sa démarche de chercheur autant (plus ?) que de créateur, son parcours initiatique (appuyé par des connaissances musicales théoriques de premier plan évidemment) et ses rencontres avec d’autres musicien.
Et pour moi, c’est là le reproche que je ferai à cet album. C’est plus un disque de musicologue que de musicien. Les explications, pertinentes certes mais savantes, sur le mysticisme de ces 2 musiciens et la construction de chaque morceau témoigne de ce souci encyclopédique.
Et même si ce disque est intéressant, globalement agréable à écouter, je trouve qu’il n’en ressort aucune émotion. Imbert lui-même semble avoir du mal à retranscrire avec son saxophone, et encore plus quand il prend la clarinette, la ferveur de Coltrane. Un gospel enregistré en live (et ça s’entend :| ) tente de retrouver la connection spirituelle mais les ficelles sont bien grosses et la voix de JL Di Fraya, le percussionniste, pour originale qu’elle soit en devient assez vite pénible tellement il veut en faire.
Mais cela reste en deçà de la lourdeur des interprétations de André Rossi à l’orgue qui nous livre du Bach pesant et académique, notamment sur le largo du concerto pour clavier qui en est pathétique.
Le quatuor Manfred livre notamment une interprétation de l’Art de la Fugue qui permet de souffler un peu mais reste marqué par des intonations romantiques et ne vaut pas les meilleures versions de ce chef d’œuvre.
Par contre, c’est un disque intéressant en terme de prise de son. Si votre chaîne présente la moindre dureté ou si vous avez quelques toniques mal placées dans votre pièce d’écoute, vous allez vous en rendre compte douloureusement.
Un disque qui m’a donc laissé sur ma faim et avec un avis très partagé. Du coup, je suis parti à l’exploration de ma CDthèque pour retrouver ce que je possédais en termes de relecture de Bach. Et j’ai trouvé de quoi faire…..
Commençons en premier par un des plus connus et des plus anciens dans ma collection, référence souvent cité dans les milieux audiophiles : Jacques Loussier plays Bach.
Il s’agit d’un Best Of datant de 1987 (ca ne nous rajeunis pas :? ) et que j’écoutais pas mal à l’époque mais qui avais sérieusement pris la poussière depuis longtemps.
Et bien, c’est dans ces moments là que l’on voit que les nos goûts peuvent changer devant les ans, l’expérience, la maturité ou l’apprentissage. Quelle déception. Un trio classique qui reprend du jazz sans originalité aucune. C’est ampoulé, précieux, scolaire et monotone à souhait, sans jamais être désagréable tout de fois. Un très bon disque pour les ascenseurs haut de gamme ou les diners aux chandelles bien accompagnés.
Reste une prise de son de haut niveau qui n’a pas trop vieilli et devait effectivement être une référence en ces temps paléo-numériques.
J’ai enchaîné par une autre référence audiophile datée de 1997 issue de la lignée des disques de De Courzon, mélangeant classique et musique du monde, dont le célèbre « Mozart l’Egyptien » est un des plus connus (et des pires pour moi). Il s’agit de « Bach to Africa »
Pour être franc, ce n’est pas un original que je possède et je ne le regrette pas. Ce mélange de chants ou musiques ethniques africaines avec des extraits de Bach est insupportable. En plus, c’est mal fait et on a plus l’impression d’un travail d’ingénieur du son que d’autre chose. Sans intérêt aucun à mes oreilles.
Ensuite, j’ai ressorti un Cd de Uri Caine Ensemble « The Goldberg Variations ». Ce pianiste de jazz très connu est un habitué de ces travaux sur des compositeurs classiques revus et visités par ses soins, et publiés par Winter & Winter dans un somptueux coffret en toile contenant ici 2 CD.
Si jusque là j’ai reproché un manque de personnalité et d’originalité, ici c’est l’opposé. Uri Caine mélange, triture les morceaux et les sons, électrifie, électronise (néologisme breveté !), réarrange, dés-arrange, dérange, décape, malaxe et cela donne un CD inclassable incroyablement varié passant de l’original au jazz par le gospel, la fanfare, la musique de cirque et d’autres « trucs » qui n’ont pas encore de nom.
Vu le prix du coffret, je conseillerai quand même une écoute avant parce que c’est franchement spécial et ce n’est pas le genre de CD que l’on se passe en boucle (sauf si l’on souffre de troubles neurologiques lourds

). Cela reste quand même celui qui m’a le plus séduit par sa créativité et sa volonté de créer, et non pas d’illustrer ou d’accommoder. En plus, la prise de son est au top.
Quoi qu’il en soit j’ai fini par des cantates par Gardiner et franchement, Bach c’est tellement beau qu’il vaut mieux le consommer nature qu’en cocktail.
Et pour finir, un petit « My Favorite Things » morceau qui me donne la chair de poule rien qu’en écrivant son nom (véridique et attesté par huissier).
Pour ceux qui veulent découvrir Coltrane, le plus facile c’est « Ballads », le plus initiatique c’est « My Favorite Things » AMHA.
Ensuite « Love Suprème » et « Giants Steps » seront des passages obligés avant de partir à l’assaut de l’Himalaya Coltranien et des ses faces abruptes parfois.

Pour Bach, d’autres sauront vous conseiller mieux que moi.
Eric