J’ai emprunté l’Ikemi ce week end pour le comparer à mon Naim CDX. Merci à Laurent Cormary de Sensitif Art (Toulouse) pour ce prêt, je lui avais dit dès le départ que je n’avais pas l’intention de changer de lecteur.
Quand je l'ai informé que c’était pour le comparer au CDX, il m’a dit texto : « ah, ce gros machin... »
Bref, j’arrive à la maison et déballe la chose qui est à ranger dans la catégorie poids plume (pour le son c’est autre chose). Y’a tout plein de connectiques derrière : sorties numériques, analogiques asymétriques, symétriques, ...
J’installe la bête dans les meilleures conditions, je lui offre un café, un mars... meuh non j’déconne le mars il rentrait pas dans le tiroir... lol .
Recherche de la phase, désactivation de la sortie numérique, plaque de granit 17 kgs par-dessus (cf. JerômeB’s tweakings – HCFR Editions, 148 pages) et je laisse chauffer le soir et la nuit.
Dimanche Matin – début des hostilités :
Je m’installe dans le salon avec ma boîte de madeleines « Boucle d’Or » et un grand verre de... jus d’orange. Si je meurs, ce sera d’une overdose de madeleines ou de musique, une belle mort quoi !!!
Vous trouverez ICI la liste des musiques que j’ai utilisées ; je vous conseille d'ailleurs de télécharger la plage n° 6, idéale pour juger des transitoires et des timbres d'un système. J’ai gravé 2 CD Test de façon identique pour ne pas avoir à "maniper" les tiroirs bien que celui de l’Ikemi soit magnifique. J’ai toujours écouté le morceau en entier avant de changer de lecteur sauf sur Hotel California.
Pour chaque morceau, j’ai d’abord écouté le Linn pour savoir ce qu’il valait dans l’absolu puis j’ai basculé sur le CDX pour comparer et puis je suis revenu sur le Linn pour confirmer ou infirmer mes impressions.
Voici donc mes notes prises pendant l'écoute :
Plage 1 :
Ikemi : Belle articulation, aigu très ciselé, les castagnettes claquent bien.
CDX : on entend plus le souffle, écoute plus posée (ou moins dynamique ?) ; la première guitare est mieux détourée. Les instruments semblent avoir des volumes plus petits car l’écoute est moins aérée. Plus de matière (castagnettes), globalement c’est moins sec. La flûte a plus de grain.
Re-Ikemi : castagnettes un peu sèches
Plage 2 :
Ikemi : écoute plutôt descendante ; belle scène sonore qui se détache clairement des enceintes. Coups de cymbales un peu pauvres en "couleurs" ; contrebasse profonde et tendue. Le solo de batterie est bien pêchu sans masquer le jeu du pianiste.
CDX : beaucoup moins d’ouverture, volumes plus petits ; contrebasse moins tendue ; saxo plus riche. Sur le jeu de Desmond on entend plus de choses (souffle sur la anche du sax). Cymbales plus riches, batterie plus pleine, plus de réverbération donnant plus d’intensité au message.
Ecoute plus pleine mais moins ouverte, détails plus matérialisés.
Plage 3 :
Ikemi : piano rond ; résonances gênantes ; grave majestueux, piano bien stable. C’est très beau
CDX : plus riche, résonances tout aussi gênantes ; dynamique moins systématique, plus subtile. A cause d’un meilleur respect des petits écarts dynamiques, le jeu du pianiste est plus lisible.
Re-Ikemi : manque d’attaque.
Plage 4 :
Ikemi : Contrebasse tendue, informative ; voix bien posées, beaucoup de détails (salive), belle profondeur. Voix superbes, très douces mais elles ne montent pas assez.
CDX : contrebasse moins tendue, plus de transparence (reprises de respirations plus nettes) ; scène sonore plus précise en profondeur.
Re-Ikemi : jumbé moins matérialisé, on entend moins la "couleur" de la peau.
Une madeleine et zou, je continue
Plage 5 :
Ikemi : cymbales un peu pauvres en timbres, pareil pour le saxo ; belle séparation de chaque instrument. Ecoute superbe, beaucoup d’émotion sur ce magnifique morceau.
CDX : les cymbales retrouvent leurs couleurs, elles sont plus lisibles. Je m’attendais à ce que la clarinette soit plus colorée, plus ronde, il n’en est rien, tant mieux. Plus d’informations dans le bas-médium (impact de la corde de contrebasse dans le micro)
Re-Ikemi : écoute plus nette.
Plage 6 :
Ikemi : toujours un peu pauvre dans l’aigu ; belle séparation, bonnes attaques. Très bon respect des silences.
CDX : plus de réverbération ; le grave a plus d’assise sur le piano.
Plage 7 :
Ikemi : Très belle scène sonore, riche, aucune agressivité ; ça cogne fort ! Basse très facile à suivre derrière le chanteur.
CDX : on entend plus de choses ; grave moins profond mais plus tendu ; scène sonore plus en avant, moins détachée des enceintes. Ecoute plus pétillante sur les applaudissements et les cordes ; le jeu du jumbé est plus facile à suivre, sa "couleur de peau" est plus variée, plus évidente. Meilleur respect des silences.
Voix, plus détachée, plus lisible mais, au contraire, la basse est moins facile à suivre comme noyée dans le message.
Re-Ikemi : dès que le message se complexifie, devient plus chargé, j’ai l’impression que l’Ikemi a un peu plus de mal à suivre, devient plus brouillon alors qu’il est plus net sur les petites formations.
Plage 8 :
Ikemi : toucher du pianiste uniforme, semblable
CDX : plus transparent (fredonnement de Fazil Say) ; clarinette plus mélodieuse, avec plus de grain.
Re-Ikemi : moins de réverbération
Plage 9 :
Ikemi : grave impérial, profond et tenu ; belle séparation des instruments
CDX : grave plus brouillon
Une gorgée de jus d’orange et en avant la suite
Plage 10 :
Ikemi : Scène sonore superbe en profondeur ; bonne localisation de la guitare. La basse ne masque pas du tout la voix de Cabrel. Très bonne séparation. C’est vraiment très bon !
CDX : Plus d’attaque sur la guitare, plus de réverb., d’harmoniques (guitare), la voix a plus de présence, c’est assez flagrant ; ça donne un côté plus intimiste,de plus grande proximité comme si Cabrel me chuchotait à l’oreille. Scène sonore moins profonde.
Aigu plus naturel, moins crispé, accordéon plus riche. Grave plus brouillon, il empiète un peu sur la voix.
Plage 11 :
Ikemi : Excellent ; à la fois aéré, ciselé et doux
CDX : plus grande richesse harmonique, plus grande transparence ; la flûte a plus de présence, de grain. Violon magnifique, plus doux mais plus lissé - petite tricherie du Naim que je connaissais déjà : il arrondit un peu l’aigu pour le rendre plus doux mais un peu moins filé. Je l’avais déjà remarqué en comparaison de mon Densen B400, mais c’est aussi pour ça que je l’ai choisi car il n’y a jamais de duretés.
Plage 12 :
Ikemi : ça cogne fort.
CDX : grave moins tenu engendrant des résonances gênantes.
Plage 13 :
Ikemi : Rien à dire, la voix est magnifique.
CDX : plus riche en timbres, plus lumineux mais aussi plus clair et sûrement moins reposant à long terme.
Plage 14 :
Ikemi : grave qui cogne et descend très bas
CDX : plus de couleurs, de présence sur la guitare. Plus de réverb. (flagrant sur les fins de phrases). Grave profond mais moins tendu.
Plage 15 :
Ikemi : contrebasse superbe
CDX : plus de détails sur la voix. Piano moins rond, plus d’attaque.
Plage 16 :
Ikemi : beaucoup de grain, d’assise dans la voix de Mavis Staples.
CDX : vibrato plus audible, plus de présence de la voix ; reprises de respiration.
Orgue Hammond superbe de richesse et de douceur avec un côté très caressant : grosse différence ici en faveur du Naim.
Plage 17 : zappée
Plage 18 :
Les 2 cognent fort.
CDX : plus d’extension dans l’aigu, plus riche ; la batterie a plus de matière.
Re-Ikemi : on entend plus les toniques dans le micro (pour les mots commençant par « p ») sûrement à cause de (grâce à) l’écoute plus descendante.
Plage 19 :
CDX : écoute plus confuse, moins bonne séparation des instruments. Trop de réverb. sur la viole.
Plage 20 :
Ikemi : superbe de douceur et de richesse ; piano très bien car pas trop rond comme souvent avec cet enregistrement.
CDX : toujours plus riche mais moins de volume sur le triangle ; contrebasse moins lissée. Balais sur la caisse claire magnifiques de matière, de richesse. Plus transparent.
Plage 21 : zappée
Pour finir, j’ai mis le premier mouvement de la neuvième de Dvorak (DG). Fort, très fort. Sur les messages chargés comme celui-ci, l’Ikemi devient plus brouillon et vite fatiguante (je n’ai pas pu écouter le morceau jusqu’à la fin) alors que le CDX ne bronche pas. C’est bizarre car sur les morceaux moins chargés (3-4 interprètes) c’est plutôt le contraire, l’Ikemi décortique mieux le message, c’est plus propre.
Voili, voilou. 2 très bons appareils. J’ai été impressionné par la tenue du grave de l’Ikemi eu égard à sa taille et à son poids, l’alim à découpage fait bien son travail. La scène sonore aussi est assez fabuleuse et je pense que ce serait encore plus impressionnant dans une pièce plus grande.
Par contre, je préfère les timbres, la dynamique moins systématique ainsi que l’aspect plus matérialisé du CDX.
Il faudrait faire un mix des deux
Comme points communs, ils ont : une joie de vivre communicative, une écoute toujours reposante à niveau raisonnable. Cette impression de naturel, d’homogénéité qui enlève tout aspect numérique à la reproduction.
Deux beaux vecteurs d’émotion ! chapô Monsieur Linn, chapô Monsieur Naim...
A plus.
Roro
P.S : Jérôme, quand j’ai ramené l’Ikemi, Laurent m’a dit que Linn déconseillait de mettre quelque chose dessus. Il paraît que ça nuit à la scène sonore... Tu confirmes ?


