Vu.
Plus jusqu’au-boutiste que Tree of Life, il ne s’en détache pas assez pour surprendre. Une sorte de prolongement naturel, mais avec des pans entiers dont le traitement paraît au mieux douteux, au pire raté (les séquences avec Javier Bardem notamment, qui est pourtant immense et dégage, comme d’hab’, un charisme fou). Dans Tree of Life, l’immersion était totale pour peu que l’on n’y soit pas hermétique, et l’implication émotionnelle aussi. Ici, les trop nombreux plans d’Olga qui sautille dans l’herbe, Olga qui danse sur son lit, Olga qui regarde par la fenêtre, Olga qui tourne sur elle-même en rigolant, ça fait décrocher, et sortir du cadre. Le mutisme de Ben Affleck, cette désincarnation, pèse elle aussi, à la longue.
Et pourtant il y a beaucoup de choses magiques. Au milieu de certaines réflexions banales, il y en a des sublimes. Le traitement linguistique, ce mélange de français, anglais, espagnol et italien, colle parfaitement au sujet universel qu’il veut embrasser. Comme toujours, Malick ne film pas une histoire, mais des sensations, des forces intangibles, des émotions. Il n’y parvient pas en permanence, mais dans ses moments de fulgurance, il est fantastique. Et puis la musique porte le tout (à bout de bras), fait corps avec l’image. Rien que la séquence avec le Cantus Arcticus de Rautavaara, quel pied.
Ce n’est pas le chef-d’œuvre qu’il aurait dû être. L’exercice de (haute) voltige de Malick est dangereux, et parfois il s’y brûle les ailes. Mais il y a suffisamment d’éléments qui marquent à vie, et suffisamment d’instants de grâce, pour qu’il me soit impossible de le détester.
2.5/5Edit : A vous lire, Sledge et Nikolai, et à lire d'autres critiques, je me rends compte que je suis dans la minorité des tièdes, tant ce film clive.