Test HCFR Focal Utopia, casque audio

Test HCFR Focal Utopia, casque audio

Compte-rendu d’André_ajr

Autant l’indiquer tout de suite, l’enthousiasme de votre serviteur était à son comble lorsqu’il apprit que FOCAL allait envoyer un UTOPIA à l’Association des Membres HCFR et donc à l’équipe de « L’Univers Casque » qui y réalise les tests HCFR qui vous sont proposés.

Cette jubilation initiale n’était pas le fruit de la lecture des nombreux tests, comptes rendus et avis qui avaient jalonné le succès international de l’UTOPIA depuis 2016, et, pas davantage celui du hasard. Mais, tout simplement, parce que j’avais déjà eu la bonne fortune d’entendre de la musique au travers des transducteurs en béryllium de cet exceptionnel casque français en plusieurs occasions. Et, c’est à souligner, toujours avec de très belles amplifications à lampes, dont le rougeoiement des filaments réchauffait agréablement l’ambiance, mais dont le prix pouvait provoquer des sueurs froides.

De tous les autres nouveaux casques et de tous ceux auxquels j’avais pu brièvement comparer l’UTOPIA, ce fut toujours celui qui me fit, finalement, la meilleure impression générale, ainsi que sur un grand nombre de points. Notamment, en comparaison directe avec le STAX SR-009 qui avait participé à sa journée de présentation, lorsque j’entendis ce casque FOCAL pour la première fois en 2016.

C’est donc avec une grande impatience, doublée d’un immense plaisir, que j’avais délivré l’UTOPIA du carton qui venait d’être livré par un transporteur.

La suite ne va pas surprendre ceux qui parcourent le forum HCFR, puisqu’ils savent déjà que j’ai placé l’UTOPIA sur la plus haute marche de mon podium personnel des casques sédentaires depuis sa découverte. Pourtant, de mes Stax SR-009 et SR-207 personnels, aux Sennheiser HD-800 S, HD-820, Beyerdynamic T1, T1 gen.2 et autres Hifiman Susvara, HE-1000 V2, Audeze LCD-X, LCD-2/LCD-2F, Kennerton Odin et Thror, JM-Labs Abyss1 et Phi, Grado PS1000, Meze Empyrean…, j’avais quand même eu l’occasion d’écouter quelques-uns de ceux qui peuvent être considérés comme les casques les plus performants du moment. En particulier, les électrostatiques Sennheiser HE-1 et Hifiman Shangri La.

Néanmoins, bien que pourvus de très bonnes qualités, les modèles plus anciens et les nouveaux prétendants n’étaient jamais parvenus à faire descendre l’UTOPIA de son piédestal. Et, ce n’est certainement pas cette cohabitation mensuelle qui provoquera le déclassement du FOCAL, puisqu’elle lui a permis de révéler encore davantage de ses atours sonores qui ont confirmé sa supériorité sur les aspects auxquels mon oreille semble être très attachée et être très sensible. Comme le respect de la dimension instrumentale, celui de la justesse des timbres, ainsi que de la plus grande neutralité possible par rapport au signal d’entrée. Résumé en deux mots: fidélité et transparence.

Puis, bien que nous ne puissions pas tous avoir accès aux conditions d’enregistrement ou y assister et connaissant les limites de cette pratique. De retour d’un spectacle musical, j’effectue toujours une écoute sur enceintes (Dynaudio Contour 3.0) et sur casques (STAX SR-009/SR-207 et éventuel casque de test HCFR) lorsque je dispose du support qui permet de la réaliser. Car, cet exercice permet de vérifier le niveau de qualité de l’enregistrement, ses caractéristiques et les sensations perçues en comparaison de celles ressenties quelques minutes auparavant en direct.

A ce sujet, il convient de signaler que les CD généralement en vente à la fin des concerts peuvent être une alternative intéressante en cas de besoin.

Ainsi, lorsque j’avais entrepris d’effectuer une comparaison du CD des guitaristes Antoine Boyer et Samuelito avec ce que je venais d’entendre sur scène une dizaine de minutes plus tôt. L’UTOPIA avait été le casque qui m’avait procuré les impressions les plus justes du son des vraies guitares flamenca et de style manouche, au cours de cette triple confrontation franco-japonaise-danoise.

Ce que révèle également une comparaison avec le piano, puisque si le STAX SR-009 présente quelques autres avantages, les timbres qu’il en propose ne paraissent jamais aussi justes que ceux du FOCAL.

Evidemment, tout cela se confirme à l’écoute des disques et plus particulièrement à partir de ceux qui ont bénéficié d’excellentes conditions de capture du son et des intentions des interprètes. Bien que tout a déjà été dit des qualités acoustiques de premier ordre de l’UTOPIA, je vais quand même rappeler que ce casque peut très bien s’accorder avec tous les styles de musique, sans que l’on ne ressente un quelconque début de frustration sur aucun d’entre eux.

Avec l’UTOPIA, bien que nu, le son est très riche, très expressif, d’une grande précision, très dynamique. Il est toujours admirablement bien contrôlé, très bien ordonné, avec une totale absence de distorsion quel que soit le niveau sonore. Toujours très mélodieux, il fait partie des très rares casques qui offrent de très importantes capacités analytiques sans leurs sacrifier la souplesse des nuances et la splendeur sonore. Il retranscrit parfaitement la douleur ou la joie, toutes les émotions avec infiniment de finesse. Sans jamais donner la sensation d’isoler les fréquences qui la composent en parties distinctes, le casque FOCAL, d’une extrême précision, invite à écouter simplement la musique dans une excellente fusion d’ensemble.

Cependant, parce que ce niveau très élevé de définition saisit l’attention de l’auditeur, l’implique comme très peu de casques peuvent le faire, cette mise en situation pourrait ne pas convenir à celui qui préfère les reproductions esthétisantes des casques qui aseptisent ou modifient le signal source.

L’UTOPIA devrait rapidement convaincre ceux qui pourraient considérer qu’une reproduction neutre de la musique est obligatoirement terne, fade, et qu’elle peut confiner à l’ennui. Parce que ce casque est tellement vif, dynamique et si précis, que de l’attaque à le fin des notes, de la plus infime nuance, aux grands traits de virtuosité, des élans les plus intimes jusqu’aux plus spectaculaires, l’on ne s’ennuie véritablement jamais en compagnie de l’UTOPIA.

D’ailleurs, comment pourrait-il être possible d’éprouver cette sensation désagréable, lorsque l’on a accès à un tel niveau de la complexité de l’œuvre et de l’interprétation ?

A ce stade de ce légitime dithyrambe pour le FOCAL UTOPIA, il est grand temps d’aborder quand même l’essentiel. C’est-à-dire la musique.

Celle-ci a été écoutée à l’aide d’un lecteur REGA JUPITER et d’un amplificateur/dac RME ADI-2 DAC reliés par câble optique Toslink. Sans utiliser l’EQ, afin de rester dans le cadre des utilisations les plus courantes.

Ceux qui nous font l’honneur de lire les tests HCFR doivent très certainement connaître en détail le grand nombre d’extraits musicaux qui jalonnent toujours la partie que j’ai le plaisir de proposer. Il est constitué en majeure partie de Musique Classique et de Jazz avec de très nombreuses incursions dans ce que l’on nomme World Music et Variété.

De ces deux dernières, autant commencer par le CD de Jacques Brel – Les Marquises -. Cet ultime opus du Grand Jacques avait dû être réservé chez les disquaires avant sa sortie tant l’attente avait été longue et en particulier parce que son public le savait très affaibli par la maladie qui devait malheureusement l’emporter peu de temps après. L’enregistrement manque d’unité, ce qui fait que la voix peut être perçue à des distances différentes d’un titre à un autre. Plus éloignée dans – Jaurès – que dans – Les F…- et encore plus proche dans – Jojo – où l’on perçoit de façon saisissante les difficultés de respiration de l’artiste au cours des reprises du souffle. Comme les deux récitals auxquels j’avais assisté étaient amplifiés et que je ne l’ai jamais entendu autrement, il ne me sera donc pas possible de la comparer véritablement à la voix naturelle de cet immense artiste-compositeur et acteur. Néanmoins, il s’agit de la plus belle reproduction de la voix de Jacques Brel et de celle qui paraît la plus juste qu’il m’est arrivé d’entendre. Avec la superbe prestation des – Les Marquises -, il est constaté que l’image UTOPIA est large, très bien étagée et, surtout, cohérente.

En revanche, si proximité de la voix, séparation des instruments sont de très bon aloi, si l’ensemble est très beau, celle de Ray Charles, également entendu en concert dans la Pinède de Juan-les-Pins, ainsi que les instruments de l’orchestre de Count Basie (Ray sings, Basie plays) montrent une légère sécheresse.

Pour autant, tout comme nous le verrons un peu plus loin avec d’autres associations, on pourrait estimer que l’UTOPIA mériterait de n’être acheté que pour écouter le concert de Sarah Vaughan au Laren Jazz Festival 1975 (Diavalet). Car, ami lecteur, sinon sur scène, tu es au premier rang. Sarah Vaughan chante pour toi ! Aucune des nuances de cette voix extraordinaire ne pourra t’échapper. Voix qui capte tellement l’attention de l’auditeur que la reproduction des instruments qui l’accompagnent passe, d’ailleurs, au second plan.

Le FOCAL UTOPIA mériterait également de n’être choisi que pour écouter la musique de deux autres de ses domaines de prédilection que sont la musique baroque et les ensembles orchestraux de petite dimension. Car, bien qu’il conserve son réalisme à la restitution générale, le pouvoir de focalisation, l’hyper précision, le respect des timbres instrumentaux de l’UTOPIA feront encore des merveilles, puisque ce casque ne paraît pas avoir d’autre ambition que de servir fidèlement la musique, ceux qui la composent ou en sont les interprètes.

Particulièrement le CD de Vivaldi – Concerti pour hautbois, basson et cordes (Alfredo Bernardini/Josep Borras/L’Armonia e l’Inventione) où, des cordes absolument superbes, au hautbois, qui fait partie des plus beaux jamais entendus, tout chante de manière exceptionnelle.

S’il excelle dans ce genre de situation, quelle que soit la marque de l’instrument à reproduire, dont il permettra de conserver son caractère parfois unique (j’ai hâte d’entendre à nouveau le Blüthner, entendu au cours de deux récents concerts, dans un autre programme), le FOCAL UTOPIA ne se balade pas seulement que sur les touches noires et blanches du clavier des pianos, puisqu’il est également très à son aise lorsqu’il s’agit d’opéra.

Comme dans cette interprétation des Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach où il permet de conserver une excellente présence des voix de Catherine Dubosc, José Van Dam et Roberto Alagna, une très belle séparation des chanteurs en largeur, en profondeur et un peu en hauteur (comparé aux enceintes), ainsi qu’une grande stabilité dans le positionnement des artistes.

A propos des instruments et particulièrement du piano, comme j’ai effectué des débuts professionnels dans le domaine du spectacle en compagnie d’un orchestre symphonique, d’une compagnie de ballet internationale, d’un orchestre à cordes, ainsi que de deux autres orchestres qui animaient les matinées et soirées des spectacles de music-hall et de gala sur deux autres scènes, où se produisaient les artistes nationaux et internationaux les plus réputés. Comme Sviatoslav Richter et Arthur Rubinstein parmi les pianistes. Cela a dû immanquablement façonner mes goûts et mon oreille, puisque j’ai baigné pendant deux années dans cet environnement artistique et musical.

j’ai donc eu l’occasion de beaucoup entendre des pianos à queue, des cordes, des cuivres, des percussions de très près, de loin. Ainsi que les voix de chanteurs de réputation nationale et internationale, avec et sans microphone.

Ensuite, comme j’ai également entendu des chanteurs lyriques, amis d’une de mes tantes, et du piano pendant de nombreuses années dans le cadre familial. Parfois, plusieurs heures par jour. Notamment, chez un oncle parisien ayant effectué son apprentissage chez Erard, dont c’était le métier à Paris. Puis, comme je l’entends encore régulièrement au cours des concerts de musique classique et de Jazz que je fréquente. Tout cela m’a appris la prudence lorsqu’il s’agit de fournir des indications très précises au sujet de la reproduction des instruments, des voix, et de celle de ce magnifique instrument, si on ne le pratique pas, si l’on n’en est pas un vrai spécialiste et si on n’en connaît pas l’histoire.

D’autant que si un mélomane ayant un peu d’oreille et de connaissances, voire un piano numérique Clavinova CLP-645 dont la particularité est de proposer les sonorités des Yamaha CFX et Bösendorfer Impérial, peut éventuellement différencier un Steinway de ces deux pianos japonais et autrichien, et encore davantage du Blüthner qui nous a véritablement enchantés, le mois dernier, sous les doigts de Shani Diluka. Quelle que soit l’esthétique sonore retenue par l’interprète et la production, les oreilles de ce mélomane ne pourront pratiquement jamais se retrouver dans la même situation que les capsules des microphones qui auront permis d’enregistrer les frappes des marteaux, vibrations des cordes et de la table d’harmonie en épicéa du piano.

Ce même programme, Road 66, disponible sur CD avait été capté avec un C. Bechstein.

Dans ce dernier cas, il ne sert pas à grand chose de tenter de retrouver les sensations du concert, puisque le seul intérêt d’une telle comparaison est de pouvoir constater qu’il existe de très importantes différences sonores entre deux grands et beaux spécimens de pianos de concert, alors que les illustrations proposées démontrent qu’ils se ressemblent visuellement pourtant beaucoup.

D’autre part, si les deux exemples qui sont proposés ci-dessous témoignent qu’il y a plusieurs façons d’enregistrer le piano et que le résultat est très différent à l’écoute. Grâce à sa très grande transparence, le FOCAL UTOPIA sera toujours très à l’aise dans tous les cas.

Car, en faisant très bien ressortir le côté spectaculaire du premier enregistrement réalisé au plus près des cordes de l’instrument, que ceux qui n’ont jamais pu écouter un piano de cette façon pourraient trouver très artificiel. L’enregistrement de Bernard Neveu pour BNL (112 911) réalisé avec seulement deux micros et sans autres artifices (écho, limiteur-compresseur, mixage multi-micro, filtres) de cette même sonate n°32 opus 111 de L. van Beethoven interprétée par Olivier Gardon en 2000, en montrera une version qui a très nettement gagné en naturel en comparaison de la précédente qui déconcertera ceux qui fréquentent les concerts au cours desquels on entend l’intégralité du piano.

Tout comme la version des Nocturnes de Frédéric Chopin de Pascal Amoyel, proposée par Calliope et l’ingénieur du son Igor Kirkwood, elle aussi, beaucoup plus naturelle à l’oreille.

Comme je l’ai déjà indiqué et en tenant compte de ce qui a été souligné précédemment, l’UTOPIA est celui avec lequel je retrouve les meilleures sensations de fidélité dans la reproduction des différents pianos et des diverses manières de le capter que j’ai entendue au casque. Même mon Stax SR-009 a été contraint de s’incliner.

En revanche, s’il ne rivalise toujours pas avec l’UTOPIA sur la reproduction du piano d’Alfred Brendel dans le concerto n°1 pour piano et orchestre de L. van Beethoven, le casque STAX reprend l’avantage dans celle du premier forte orchestral du premier mouvement de ce concerto, parce que c’est à ce moment qu’apparaît la seule chose que je reprocherais au casque français. Il s’agit d’une légère remontée d’une partie des fréquences que l’écran du RME ADI-2 DAC permet de situer vers 1,5 KHz. Celle-ci provoque un effet grossissant que je n’ai jamais entendu au cours d’un concert ou d’une répétition d’orchestre symphonique. Cependant, le résultat n’étant pas systématique, il pourrait être mis au débit du seul enregistrement. Toutefois, comme on le constate également chez Mahler, lorsque la voix de Anne Sofie von Otter se projette un peu trop dans les – Lieder eines fahrenden Gessellen – qu’elle interprète sous la direction de John Eliot Gardiner (DG), il s’agit bien d’une particularité dont les oreilles chatouilleuses se passeraient très bien.

Néanmoins, comme l’ampleur de ce trait d’humeur intempestif reste dans des limites très raisonnables de la bienséance sonore et qu’il serait très simple de le lisser en faisant appel à une subtile égalisation. Egalisation aisée à réaliser avec le RME ADI-2 DAC, par exemple. S’il ne pouvait être envisageable de ne pas en signaler l’existence, ce ne sera pas cela qui pourra empêcher l’UTOPIA de demeurer sur le plus haute marche du podium pour l’ensemble de ses rares qualités sonores. En tout cas, dès lors que le principal critère d’évaluation et de choix repose, exclusivement, sur ce que l’on entend durant les concerts de l’ensemble des instruments qui composent une formation symphonique, un ensemble de Jazz ou un orchestre de variétés.

Et, dans ce cas, les très grandes qualités de transparence, de respect des timbres, la dynamique, l’équilibre général et précision de l’UTOPIA font merveille.

Avant de poursuivre avec les cordes frottées, voici deux autres exemples de deux excellentes interprétations d’œuvres pour piano de Johannes Brahms et Federico Mompou, servies par deux Steinway D25 très bien restitués chez Lyrinx et Mirare .

J’ai ensuite retenu le Trio Wanderer et plus particulièrement le Notturno de Franz Schubert parce que j’ai eu l’occasion de l’entendre de très près fin 2018.

Même si l’agencement général de l’enregistrement n’est pas exactement celui de la salle où il avait eu lieu, puisque le piano est plus présent sur l’enregistrement alors qu’il se montrait plus discret en direct l’année dernière. Là encore, par sa faculté à reproduire les instruments avec le plus de justesse possible, l’UTOPIA donne la sensation de presque se retrouver en situation de concert.

Même si j’écoute régulièrement un extrait de la version légendaire, dont le paradoxe était d’avoir été interprétée par le chœur et l’orchestre national de l’URSS dirigée par Svechnikov, au cours de chacun des tests de casques et d’écouteurs HCFR, c’est avec cette très belle version hollandaise, plus récemment acquise, que j’ai écouté cette œuvre religieuse du compositeur russe. Car, tout comme l’UTOPIA pour les écouter, les deux disques sont vraiment à recommander si l’on apprécie cette musique très apaisante. Ils permettront de vérifier la qualité des voix des solistes, ainsi que la faculté de distinguer celles-ci, au sein du chœur, dans leur expression la plus grave. Après avoir regretté un soupçon d’effet sibilant sur la voix de la soprano, en un seul mot pour l’œuvre, les voix et la scène: profondeur.

Pour clore le chapitre sur les voix avec lesquelles l’UTOPIA s’entend particulièrement bien, il suffira d’écouter les disques suivants qui permettront d’illustrer que nous sommes là encore dans plusieurs des nombreux domaines sonores où ce casque FOCAL excelle vraiment. La profondeur de champs et la réverbération naturelle des lieux où ont été captés ces superbes enregistrements est tout à fait magnifique.

 

Enregistré et septembre 2013 et 2014 dans l’église de la Transfiguration à Tallin (Estonie) par Igor Kirkwood, cet admirable CD enregistré sous le contrôle du compositeur, traduit sa profonde spiritualité sans artifices nous dit Diapason. Ajoutant que les textures vocales fusionnent avec la réverbération des lieux qui vient nourrir en retour les voix. Que leur grain, si bien défini, flatté par le prise de son, n’interdit ni le fruité du timbre, ni l’incarnation du verbe. L’UTOPIA est véritablement au diapason, aux anges, en aussi bonne compagnie.

Tout comme Mozart fait partie des compositeurs incontournables de la musique classique, l’UTOPIA fait également partie des casques incontournables pour reproduire tout le génie de Wolfgang-Amadeus, la grâce, son apparente légèreté, sa fraîcheur, ses pirouettes de garnement, sa gravité. Sa complexité.

Mozart que l’on retrouve avec extrêmement de plaisir dans le très bel enregistrement de cette version Archiv (449 166.2) de son opéra – La flûte enchantée – magnifiquement interprétée sous la direction de John Eliot Gardiner. Avec un UTOPIA, lui aussi, enchanté, par cette rencontre. On y appréciera, notamment, les très belles voix de Gerard Finley dans le rôle de Papageno et de Cyndia Siedem, dans le très périlleux registre vocal de la Reine de la nuit. En particulier dans le très célèbre air de l’acte 1 (Del Vogelfänger bin ich ja) qui permet d’apprécier la très belle voix de cet oiseleur et une excellente reproduction du glockenspiel, bien timbré et cristallin à souhait.

Bien qu’enregistré en 1955, cette version RCA monophonique de « Zarathoustra » que nous offrent Fritz Reiner et le Chicago symphonic orchestra, bénéficie d’un transfert en SACD. Modèle de rigueur, ainsi que du style straussien, cette version permet d’entendre que le chef venu de Hongrie, qui avait dirigé cet orchestre pendant vingt ans, en avait fait l’un des tout meilleurs du monde.

Dans ce cas, c’est l’introduction rendue légendaire par le film de Stanley Kubrick – Odyssée de l’espace – qui va nous permettre de vérifier plusieurs aspects importants dans la reproduction d’un orchestre symphonique. En commençant par les dimensions de la scène sonore, le positionnement des sections instrumentales et plus particulièrement celle des timbales au début.

Avec l’UTOPIA, si cette scène sonore ne fait pas partie des plus larges entendues à l’aide d’un casque, puisque le casque FOCAL ne peut pas rivaliser dans la représentation en largeur de celle d’un Stax SR-009 et encore moins avec ceux qui proposent un espace encore plus vaste dans les limites de ce que peut offrir un casque sans le concours d’un Smyth realiser A16 ou de quelque autre appareil de ce genre. Néanmoins, elle ne paraît jamais étriquée et les instrumentistes ne jouent jamais en donnant l’impression de devoir se serrer les coudes, ou de devoir partager le même siège, dans ce qui ressemble à un magma sonore lorsqu’il arrive que ce soit le cas. Autre point très important qui paraîtrait incongru à quelqu’un qui assiste à des concerts d’orchestres symphoniques, mais qui semble plaire à beaucoup de mélomanes, puisque nous pouvons régulièrement constater que des enregistrements et des casques font commerce de cette inconvenance. Les timbales nous parviennent du bon endroit et ne donnent pas l’impression d’avoir été installées devant les violons.

Avec l’UTOPIA, le grave a la puissance et l’impact nécessaire pour qu’il ne lui soit rien reproché, bien que ample, il n’est jamais boursouflé là ou d’autres paraissent un peu ou carrément bouffis. Ce qui fait que le grave de l’UTOPIA participe vraiment à la couleur d’ensemble, à la lisibilité de la partition dans ce registre, à son respect, que d’autres ensevelissent sous leurs excès ou dénaturent par insuffisance.

D’autre part, à l’écoute, l’expérience de FOCAL dans la fabrication des haut-parleurs et plus particulièrement ceux en béryllium, se traduit par des sensations de très grande vélocité et l’absence de coloration dues à une membrane plus légère et plus rigide assistée d’une nouvelle suspension et d’une très longue bobine mobile qui permet d’importants débattements tout en étant plus légère qu’une bobine mobile classique.

Cet autre excellent enregistrement Philips et l’UTOPIA proposent des timbales mieux définies, dont il est possible de très nettement percevoir les vibrations de leur peau qui recouvre les fûts de cuivre.

– Appendice alla perfezione – (9) de Salvatore Sciarrino est à écouter sur ce CD Arts Percussion XX, permettra de valider la qualité du grave de l’UTOPIA: netteté, relief, vélocité, densité.

Parce que j’ai également très souvent entendu le son des castagnettes, parfois d’orchestre, mais surtout utilisées par les danseuses d’un très réputé ballet classique/folklorique espagnol, je vérifie toujours la reproduction de cet instrument parce qu’il arrive bien trop souvent que leurs coques paraissent avoir été réalisées en matière plastique.

Rien de tel avec l’UTOPIA qui permet d’entendre de vraies harmonieuse belles castagnettes en bois, dont il est possible de différencier les sonorités plus aiguës de la hembra de celles de la macho plus graves.

Exceptionnelle synergie entre FOCAL UTOPIA, RME ADI-2 DAC et enregistrements, lorsque surviennent les premières notes de ces deux volumes Blue Coast Collection. Parce que casque, amplification et musique transportent l’auditeur vers les plus hauts sommets de la représentation sonore enregistrée. Très grande présence des très belles voix qui chuchotent pourtant parfois à l’oreille, sonorité dense et subtile des cordes des guitares acoustiques. Une nouvelle éclatante démonstration des admirables capacités de ce casque.

Si je connaissais un tout petit peu cet instrument à treize cordes de la famille des cithares, ce n’est qu’à la suite d’une des émissions musicales de la télévision française de J-F Zygel qui m’avait permis de découvrir la très talentueuse et facétieuse Mieko Miyazaki, que je me suis véritablement intéressé au koto.

Si l’ascétisme réglait certainement la vie des moines Zen dont la flûte shakuhachi ou kyoku était l’instrument traditionnel, le raffinement et l’extrême délicatesse du contenu de ce CD de musique de chambre japonaise qu’elle interprète en compagnie de Suizan Lagrost, à qui a été attribué le titre de Maître, illustre que la richesse peut surgir là où on ne l’attend pas, sans n’avoir à déployer un luxe de moyens matériels. Y compris dans ce genre de musiques croisées très bien mises en valeur par le FOCAL UTOPIA.

Parce que les enregistrements Passavant font partie de ceux qui offrent une musique d’un grand naturel et une sensation très réaliste par rapport à ce que l’on peut entendre en direct. Il serait injuste de ne pas mettre en lumière ceux qui en sont les auteurs.

Nous voici donc avec la clarinette de Maxim Saury et le piano de Michel Crichton. L’introduction vocale et les instruments permettent de bien évaluer la justesse de leurs timbres lorsqu’on l’utilise systématiquement au cours des tests HCFR. Ce sera également le cas avec le CD du Trio de Vincent Bidal dont le naturel est magnifié par le casque FOCAL. D’ailleurs, le titre de ce CD – Nouvelle vie -, ne serait-il pas un clin d’œil à l’intention de celle qui commencerait avec l’UTOPIA pour les futurs acquéreurs ?

Avec une pensée particulière pour le baryton-basse allemand Thomas Quasthoff dont chacune des apparitions sur scène confinent au miracle, terme si souvent galvaudé et qui demeure encore plus souvent une énigme malgré les affirmations de ceux qui veulent vendre du paradis à la condition de devoir d’abord leur acheter de l’enfer. Ces prestations qui tiennent de ce que l’on pensait impossible, trouvent, ici, toute leur signification visuelle et audio lorsque l’on assiste à un spectacle sonore aussi plein de vie, de joie et d’espoir. Avec les vertus de la volonté et de l’effort, la musique ne serait-elle pas une des seules activités humaines capables de pouvoir réussir ce qui peut paraître impossible ?

En tout cas, même s’il se dit que Michel Petrucciani avait été impressionné par Stéphane Grappelli (excellent pianiste) durant la séance d’enregistrement de – Flamingo -, cela ne se ressent pas du tout à l’écoute d’un disque fabuleux, désormais historique, enregistré en compagnie du spectaculaire batteur Roy Haynes et du contrebassiste George Mraz. Un CD lumineux dont l’UTOPIA ne masque pas un seul lux.

Un autre CD très intéressant par sa variété et la possibilité de vérifier la qualité des diverses voix qu’il est possible d’entendre. Notamment, la très belle voix d’Eric Bibb qui ne tolère pas que le casque en rajoute du côté du grave, puisqu’elle l’est déjà suffisamment par nature. Là encore, tout ce qui touche aux voix et aux instruments paraît totalement parfait.

 

Bande originale du film Drive qui a été présenté pour la première fois en mai 2011 au Festival international du film de Cannes, dans laquelle l’on retrouve les musiciens français Kavinsky, de son vrai nom Vincent Belorgey né en 1975 en Seine-Saint-Denis, et David Grellier né en 1979 à Nantes (College).

La musique électro-pop dont la majeure partie avait été confiée à Cliff Martinez, au synthétiseur, avec Johnny Jewel au mixage, est un élément central de ce film, au cours duquel la basse est spécialement utilisée afin de renforcer les effets des séquences émotionnelles.

De – Nightcall – de Kavinsky à – Under your spell – de Desire, en passant à – A real Hero – de College et – Oh my love – de Riz Ortolani, dont j’utilise régulièrement les deux derniers pour vérifier la performance dans le grave et la largeur de l’image tournoyante au cours des tests, force est de constater que l’UTOPIA peut s’aventurer sans aucun problème et même avec un certain talent dans les autres domaines que la musique classique et le jazz où l’on tente parfois de l’enfermer.

Bien que ce ne soit pas le genre de musique que j’apprécie vraiment en raison d’un manque de variété mélodique, il faut quand même souligner que les textes des rappeurs sont souvent d’une qualité supérieure à ceux des rockers des sixties. Et, bien que n’étant pas accoutumé à cette écoute, je n’ai pas ressenti de frustration avec l’UTOPIA qui cogne quand même pas mal et avec une très grande énergie. Néanmoins, comme il m’est arrivé de pouvoir écouter des casques ortho-dynamiques dont le grave se déployait avec une très grande sensation d’impact. Peut-être que ce type de membrane pourra être plus approprié pour les amateurs du genre dans ce cas ?

En raison de l’heure tardive, à ce moment là, j’évitais les comparaisons entre direct et disques. Cependant, pas de frustration non plus en ce qui concerne l’écoute de Massiv Attack que j’avais pu découvrir sur scène, au cours de la première session des – Plages électroniques – de Cannes. Dont la première édition avait eu lieu à deux pas de chez moi en face à ce qui fut la prison du célèbre et toujours mystérieux Masque de fer entre 1687 et 1698.

Séance nostalgie maintenant, avec deux des disques 33 tours qui se retrouvaient très souvent sur ma platine tourne-disque. S’il est inutile de présenter le second devenu légendaire, le double-album de Chicago Transit Autority avait également rencontré un très grand succès au moment de son arrivée dans les bacs des disquaires.

 

A Night at The Opera de Queen fait partie de ceux dont j’ai conservé la version vinyle. Il avait également rencontré beaucoup de succès que confirmèrent les opus suivants. Queen & Utopia : Champions of the World.

 

L ‘UTOPIA donne un coup de jeunesse à ces grands disques noirs.

 

Enfin, au moment où la planète bleue souffre de la chaleur, régional, climatique et technique, triple clins d’oeil avec le groupe Mickey 3D originaire de Montbrison, ville voisine de Saint-Etienne.

Puisque, comme FOCAL, le groupe de rock prit son envol à partir de la région de St Etienne. Il se fit ensuite connaître, en 2002, par le succès de la composition de son leader Mickaël Furnon – J’ai demandé à la lune – pour Indochine. Deux ans plus tard, Mickey3D, remporta la Victoire de l’album Pop/Rock 2004 avec ce CD intitulé – Tu vas pas mourir de rire …- . Dont le titre – Respire -, très d’actualité, eut beaucoup de succès. Triple clins d’œil, car outre cette proximité géographique et cet avertissement musical prémonitoire, parce qu’une partie du nom de ce groupe français m’était immédiatement venue à l’esprit afin d’évoquer mes impressions sur la présentation en 3D de la scène sonore, lorsque j’avais essayé l’UTOPIA pour la première fois.

 

CONCLUSION

Etant donné l’importance du nombre de tests auquel a été soumis ce casque FOCAL, il ne m’a pas paru utile de revenir sur ce qui a certainement déjà été lu. Comme son appartenance au groupe des casques dits clairs, très dynamiques, très détaillés et très neutres. Caractéristiques que l’on ne pourra que souligner à nouveau. Ainsi, que la qualité des haut-parleurs en béryllium pur, dont la présence paraît vraiment prépondérante, en raison de leurs rares capacités techniques qui permettent de conserver tout le naturel et toute la fraîcheur du direct à la musique.

Parce que c’est certainement grâce à leurs facultés et aux soins apportés à leur mise en œuvre que l’UTOPIA se joue de tous les obstacles avec une aussi grande facilité. Maîtrise technique, vitesse, dynamique, netteté des attaques, souplesse, fluidité, franchissement des difficultés, ce casque FOCAL est un véritable athlète du son.

S’il est assez courant de lire que les timbres des casques dits clairs manquent de corps et si on peut entendre des signatures sonores qui alourdissent et grossissent la représentation des voix et des instruments. Ce ne sera certainement pas ce qui pourra être reproché à l’UTOPIA qui réalise un parfait équilibre entre densité et justesse de chaque instant.

Car, si certains casques pourront lancer le grave un peu plus fort vers ses abysses, si d’autres pourront aller plus vite en milieu de piste, ou sauter plus haut dans l’aigu. Ils ne pourront remporter qu’une ou deux des disciplines imposées et au terme des épreuves d’un décathlon audio qui comporterait les musiques allant de la période médiévale à celles d’aujourd’hui, les lauriers pourraient bien venir, finalement, coiffer l’arceau de l’UTOPIA.

L’UTOPIA est un casque qui respire la musique vivante. Du son d’une guitare acoustique, au roulement de timbales, du souffle puissant d’un grand orgue, à la respiration d’une chanteuse, jusqu’à l’acoustique du lieu d’enregistrement, il l’exprime magnifiquement avec beaucoup de relief, de subtilité et de naturel. Tout en transparence, il est la version sonore du sérum de vérité pour musique acoustique enregistrée.

Pour autant, l’UTOPIA ne me paraît pas à l’abri de quelques petites remarques. Ainsi, si l’on ne se souvient pas, sa commercialisation a débuté juste avant que ne se déploie le véritable engouement pour les baladeurs haut de gamme, dont les performances de certains n’ont plus grand chose à envier au matériel sédentaire. La première objection concerne la présence d’un seul câble de 3 mètres qui pourra être jugé légèrement trop rigide ou un peu trop long selon l’usage qui en sera fait. Cela ne remet pas du tout en cause sa qualité, puisqu’il est équipé de l’essentiel pour permettre au casque de développer son sensationnel potentiel sonore. C’est à dire: connexions et cuivre de très haute qualité.

Toutefois, si ce n’était pas encore le cas en 2016, FOCAL a parfaitement pris en compte nos nouvelles habitudes d’écouter de la musique, puisque trois très beaux câbles, différents et bicolores, ont été alloués au CLEAR et deux au STELLIA par la suite.

Ce qui me conduit à estimer que FOCAL devrait compléter la dotation d’origine de l’UTOPIA d’un second câble plus court pour les écoutes de proximité. Ainsi, que d’un étui de transport similaire à celui des CLEAR et STELLIA qui serait certainement très apprécié par celui qui l’acquiert.

Qualité générale de fabrication et confort étant absolument parfaits, c’est seulement ce qu’il se produit quelques fois, vers 1,2/1,5 kHz, au cours de la reproduction forte de l’ensemble d’un grand orchestre symphonique et en quelques autres occasions, particulièrement ressenti sur les cuivres et les voix féminines, que mes oreilles reprochent à l’UTOPIA. Toutefois, en ce qui me concerne et en remettant la performance sonore du FOCAL dans le contexte de ce que j’ai entendu et entends au cours des concerts ou d’autres spectacles vivants, je n’ai jamais eu de sensations d’un son aussi proche de la réalité instrumentale et vocale qu’avec le casque UTOPIA.

André_ajr
HCFR – Septembre 2019

 

 

– lien vers le sujet dédié au casque Focal Utopia : https://www.homecinema-fr.com/forum/casques-sedentaires/focal-utopia-stellia-clear-test-hcfr-elear-elegia-t30074075.html

 

 

 

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