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Films (débats, critiques), personnalités (acteurs, réalisateurs), prochaines sorties, les salles, la presse spécialisée...

2001, l'odyssée de l'espace

Message » 10 Fév 2003 11:39

s
s
s
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s
s
s
s
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s
s
BOUM !

Ford vient de tomber bien bas dans mon estime...
Un commentaire des pros US ? Reivilo ? :lol:

Betekaa
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Betekaa
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Message » 10 Fév 2003 11:50

C'est une interprétation, qu'on aimerait que celà soit juste! C'est plein de sens! Dommage que Kubrick n'est pas là pour corriger certains points :wink:
Indieke
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Message » 10 Fév 2003 18:59

Déjà merci à tous de vis remarques et commentaires. Beaucoup m'ont fait plaisir. Je ne pensais pas que le débat allait tourner sur le "droit" de décrypter ou d'interpréter les intentions d'un artiste. Ce point métonne car je pensais que certaines interprétations allaient être discutées; cependant, je vais essayer de répondre sur quelques points. Je vais sortir certaines phrases du contexte mais en essayant de ne pas leurs faire perdre leur sens. Veuillez m'excuser par avance.


Scytales a écrit:Comme nico- l'a fait remarquer, il est dangereux de partir du produit pour déduire les intentions de l'artiste. A moins de considérer que la création échappe à la volonté de son créateur


Je ne crois pas que ce soit dangereux, bien au contraire, c'est ne pas rester passif devant une oeuvre. C'est en quelque sorte un devoir du spectateur, amha. L'oeuvre échappe effectivement à son créateur. N'est-ce pas le jugement universel (cf Kant) qui définit une oeuvre en tant que chef d'oeuvre?

Ainsi, je peux difficilement concevoir le choix de la musique de Richard Strauss, l'introduction de Also sprach Zarathoustra, comme le signe d'une volonté de Stanley Kubrick de «prêcher la bonne parole» tel Zoroastre descendant de sa montagne. En effet, je vais peut-être t'apprendre que cette musique n'a servi que de substitut à la partition original que Alex North, si je ne me trompe pas, devait composer pour le film, mais qui n'était pas prête pour le montage. Ce n'est qu'a posteriori que Kubrick à renoncer à la musique de peu d'envergure qu'a écrite North pour conserver les oeuvres classiques que nous connaissons. Comment voir alors dans l'association entre la signification des images et le propos de la musique un message conceptualisé comme tel par Kubrick?
[...]
Ton axiome de départ n'en est pas un: ta proposition -2001 est une création finie- est réfragable.

Si ce n'est pas une manifestation pure de la pensée de Kubrick que tu as analysée, tu y as introduit des éléments exogènes.


Je ne savais pas pour la génèse de la musique. Cependant mon analyse n'est en aucun cas fondée sur l'utilisation de cette musique. Elle n'est qu'un argument de plus. Il m'est par ailleurs difficile de croire que 2001 n'a aucun rapport avec la théorie de Nietzsche (et de Darwin: l'homme doit lutter pour s'adapter à son environnement et donc survivre).
Quoiqu'il en soit, la musique est présente, et donc n'est pas en contradiction avec ses iontentions pour le film. L'oeuvre est en l'état.

la vérité artistique n'existe pas. L'art n'est pas langage. L'art est un faux-semblant. L'art dupe. Sans dupe, il n'est pas d'art.


La vérité artistique n'existe pas. Je suis d'accord. Mais des vérités exsitent et amène à un jugement universel, qui paut qualifier une oeuvre de chef d'oeuvre. Par contre je ne suis pas d'acoord sur l'art: l'art EST langage. Libre au spectateur/public de s'émouvoir, d'interpréter, de comprendre des vérités. Mais c'est un langage.

Finalement, il n'y a pas à comprendre 2001 tel que tu le fais, puisque tu n'as compris que ce que tu penses du monde que tu perçois, et pas ce qu'est l'oeuvre (tu ne te serais pas laissé abuser par l'apprence que Kubrick a lié ses images à la musique que cela n'aurait rien changé à ce que tu penses).


Si, il faut comprendre, sinon ce serait rester passif devant l'oeuvre. Cette oeuvre m'a suffisamment ému pour que je fasse l'effort de m'y interesser, de la comprendre, de l'interpréter. Mais il est vrai que chacun pourra interpréter cette oeuvre différemment. J'ai livré mon interprétation, ce que je lis. Je parle de l'oeuvre, car c'est la seule à laquelle j'ai accès. Et pour être honnête avec une oeuvre, on ne doit pas s'interresser à l'artiste. Mais je t'accorde que l'idée initiale de Kubrick est peut-être déformée, mais pas trahie. Certains éléments n'étaient peut-être pas pensés par l'auteur, mais ils ne nuisent pas à la cohérence de l'oeuvre, et la renforce d'ailleurs. C'est sans doute en cela que c'est un chef d'oeuvre.

nico- a écrit:J ai vraiment l impression qu il est tres presomptueux de decrire avec autant de precision ce que l auteur d un film ou d un tableau ou autre voudrait soi disant exprimer.
Certains auteurs doivent bien rigoler en lisant toutes ces interpretations


Il n'est aucunement présomptueux d'interpréter une oeuvre, puisqu'elle est livrée au public. Le ton peut-être affirmatif de ma dissertation fait partie de l'exercice même d'une dissertation: convaincre et avoir une argumentation qui tient la route. C'est en cela que j'attendais plus de "pas d'accord" sur ce point, "je ne vois pas cela comme ça"....plutôt que le "droit" à l'interprétation de l'oeuvre d'un créateur.

michaelM86 a écrit:et il manque quand même un élément essentiel à tout ça, le génial Arthur C Clarke....


Non, je n'en ai pas parlé de manière volontaire. Ils ont co-écrit le scénario, mais après Kubrick s'est franchement écarté du scénario de base pour aboutir à 2001 comme on le connait. Ces 2 oeuvres n'ont donc plus rien à voir, en dehors des reseemblances narratives. Comme "2010, l'année du premier contact" (film et livre) est une suite au livre de Arthur C Clark mais pas au film de Kubrick.


Merci encore de vos réponses, n'arrêtez surtout pas!

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Message » 10 Fév 2003 19:23

Pure masturbation intellectuelle tout ca.... :)
nico-
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Message » 10 Fév 2003 19:27

nico- a écrit:Pure masturbation intellectuelle tout ca.... :)


il n'y a pas de mal à se masturber...intellectuellement :lol:
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Message » 10 Fév 2003 21:26

Betekaa a écrit:s
s
BOUM !

...
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le plus pro des US c'est ECHOBELLY :lol: :lol: :lol:
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Message » 10 Fév 2003 22:22

Chacun peut interpréter 2001 à sa manière mais je ne pense pas qu'on puisse l'expliquer de manière aussi définitive, aussi rationnelle, c'est ce qui fait de son visionnage une expérience quasi-mystique .

Cela-dit, il est certain que le film parle d'évolution ( primate > homo sapiens > foetus astral ), de l'usage fait de la technologie ( raccord os/massue > satellite lanceur de missiles : en quatre millions d'années, l'homme a perfectionné ses outils mais n'a pas su s'élever spirituellement ) et montre une société déshumanisée au possible ( indigence des dialogues, absence d'émotion des scientifiques devant le monolithe AMT-1 ), au point que même les ordinateurs en ont plus de personnalité ( HAL ), du moins, jusqu'à ce que Dave Bowman fasse parler son instinct ...
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Message » 11 Fév 2003 0:08

Je n'ai jamais écrit que l'on doive renoncer à comprendre!?

Affirmer une chose pareille serait pour moi un suicide psychique!

Tout ce que j'ai remis en cause, c'est l'univocité de l'interprétation de Bobor, c'est tout. Et cela pour mieux lancé le débat. :wink:

Quelque chose dans la dissertation a attiré mon attention: il s'agit de la description de la place du nutritif dans ce film. Cela m'interpelle, car il me semble, mais je peux me tromper, que dans une école psychanalytique, la relation centrée sur le repas traduit une régression collective à un stade dit foetal.

Vous comprenez pourquoi je mentionne cette idée... Malheureusement, ma connaissance de la psychanalyse est pour ainsi dire réduite à la portion congrue, mais si quelqu'un maîtrise le sujet, il pourra peut-être nous éclairer. Nous aurions ainsi une point de départ pour développer une autre analyse de 2001, autour des théories psychanalytiques, qui, comme chacun le sais, ont une place relativement importante dans la société américaine.

Je pense aussi que la dimension satirique de l'oeuvre de Kubrick en général constitue un indice pour situer 2001 dans la perspective d'une chronique de la décadence, de la régression, peut-être de la futilité de l'agitation humaine vers, ... quoi? Là est le problème.

Je suis un peu fatigué pour poursuivre sur ma lancée, mais je dirais encore que, de Docteur Strangelove à Shining en passant par Lolita (et peut-être même dans The paths of glory), je crois que l'un des thèmes centrales de la filmographie kubrickienne, c'est la déliquessence, la décrépitude d'un état ou d'un ordre, sa régression vers un stade d'organisation inférieur. Dans The paths of glory, on peut en voir l'illustration dans la perte de dignité des soldats lors de leur exécution, dont l'un sanglote sans aucune retenue: le vernis du héros martial est complètement terni. Dans Docteur Strangelove, les officiels perdent peu à peu toute contenance à mesure que la situation échappe au pouvoir qu'ils pensaient conserver sur elle, jusqu'à un anéantissement qui ne devait pas être final, car le film devait se terminer sur l'image de l'ambassadeur soviétique "entartant" le président des Etats-Unis, lors d'une bouffonerie. Entretemps, les hommes semblent passer par tous les stades de l'absurdité (le soldat qui qui se soucie des intérêts de la Coca Cola Company alors qu'il vient d'assailir une base stratégique tenue par ses propres camarades...), comme si le système qui les a vus naître et se mouvoir de façon cohérente se détraquait, tendais vers le chaos, le mélange de tous les possibles, sans relations causales entre eux. Dans Lolita, la lutte entre Sears et Mason est digne du burlesque, avant que ce dernier ne s'appitoie sur la perte de sa Dolorès, muée en une espèce de femme d'intérieure sans relief, la ruine du temple qu'il avait cherché à édifier pour son propre plaisir. Et James Mason de s'écrouler, en larmes, perdant toute contenance et toute dignité, dans un scène extraordinairement dérangeante pour le spectateur. L'ordre bien régler de l'élégant professeur de litérature a évolué vers le désordre. Dans Shining, la même évolution est toute entière contenue dans la folie qui gagne Jack Torrence -folie qui se ressource à un bar d'ailleurs, encore un lieu où l'on ingurgite. Même le labyrinthe, espace immuable et stable dans son ordonnancement, éclate: il ne peut suffir à contenir le jeune enfant.

Certes, le dernier plan de Shining, c'est ce travelling avant sur la photographie historique, où l'on fini par reconnaître Jack. Propos cyclique, ou volonté délibérée d'inscrire les faits dans le marbre du passé? Dans 2001 aussi, nous sommes face à une répétition de cycles. Comme Bobor l'a bien démontré, les événements se reproduisent égaux à eux-mêmes, malgré le changement de degré dans la qualité de l'ordre où ils se déroulent. Bowman atteint la décrépitude avant de régresser/renaître au stade foetale. Qu'a-t-il gagné de sa vie? A-t-il atteint un but? Son existence fait-elle sens? La vacuité complète de ses deniers jours -dormir-manger-mourrir-, le néant qui s'est emparé de son existence, tous ces plans sont pour moi les images les plus fortes d'une profonde angoisse: l'inutilité absolue de toute l'agitation humaine. La vanité de la poursuite de toute fin. Tout se résoud en définitive en des actes organiques, qui se répètent inlassablement car il n'est d'autre fil tangible qui guide l'humanité.

Voilà un peu ce que je ressens de ce film. Ce faisant, je livre ma crainte la plus dévorante, qui est en même tant ma certitude la plus désespérante: l'homme est la plus imparfaite des créatures doté de la plus parfaite des aptitudes, et il ne sera jamais plus que ce qui le limite.

L'homme a été cruel envers lui-même en créant Dieu: il s'est avoué son infirmité.
Scytales
 
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Message » 11 Fév 2003 10:32

On quitte le forum 3/4 jours, et paf, vl'a t'y pas qu'on tombe sur des posts très interressants.

J'ai fait un copié/collé sous word (14 pages qd mm !) de ton analyse et de vos remarques, je lirais ça à tête reposée...
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STANLEY 2001

Message » 11 Fév 2003 15:41

bonjour,a tous,aprés ces propos tous trés intéressants,(il y a bien longtemps,que j ai lu ce genre de post sur homecinéma.fr et je dois dire que ca fait du bien.) une petite chose m interpelle quand méme,loin de moi,l idée de soumettre une réflexion,vu la qualité et la richesse
métaphysique qui émane de tous ces discours,je suis trés loin de rivaliser avec votre puissance cérébrale.
mais,une petite question a vos avis somptueux et éclairés:je trouve notamment dans paths and glory et 2001 surtout, que STanley si il a voulu démontrer la théorie de Nietzshe sur l évolution de l homme
c est a mon avis par ce qu il réfute,tout ce ramassis connerie nazillarde,qu est la perception des idées de NIETZSHE.il montre ces idées(NIEZTsHE)pour dénoncer par ses idées(KUBRICK).je crois que
STAnley,avait son opinion sur l espéce humaine,et etait surement le plus humain d entre nous.
dans paths of glory,il dénonce la hiérarchie militaire francaise,l étre humain , la guerre.
dans 2001,il prend conscience avant tout le monde, pendant que l homme s affaire a créer une société de - en - humaine,une entité artificielle,va bientot nous remplacer.MAMORU OSHII,rejoint ses idées de facon plus radicale.je pense que les 2 auteurs ont leur idéologie et leur philosophie,
mais ils sont radicalement,indépendant,et n approuve en aucun cas les idées de NIETZsHE,il les montres ,les cites,pour mieux faire valoir leur perception.mais peut étre , je me gourre,et que je n ai rien compris.en tout cas,merci a vous pour ces fabuleuses réfléxions.
catherine
 
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Message » 11 Fév 2003 15:56

Vous avez tout faux , le seul à avoir mis en images les théories de ce grand philosophe de bistrot qu'était Nietzche , est Richard Donner dans le film Superman .
Le-Saint
 
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Message » 11 Fév 2003 16:21

LS, tu as sûrement croisé Nietzche au bistrot, car tu es visiblement un as de pilier de comptoir de bar dans l'art de mettre 1 euro dans le bastringue pour relancer une polémique sans pour autant avancer un seul argument !
Chapeau bas l'artiste !

Betekaa
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le saint homme....

Message » 11 Fév 2003 16:25

formidable,je vais de ce pas revoir soupourman.LE SAINT,humoriste,de
home cinema.fr.merci a toi. :lol: :lol: :lol: :lol: :lol: :lol: quoique,en y réflichissant bien,il ya du Nietzche aussi dans pas mal de films américains. :wink: :wink:
.
catherine
 
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Message » 11 Fév 2003 18:13

Scytales a écrit:Je n'ai jamais écrit que l'on doive renoncer à comprendre!?

Affirmer une chose pareille serait pour moi un suicide psychique!

Tout ce que j'ai remis en cause, c'est l'univocité de l'interprétation de Bobor, c'est tout. Et cela pour mieux lancé le débat. :wink:

Quelque chose dans la dissertation a attiré mon attention: il s'agit de la description de la place du nutritif dans ce film. Cela m'interpelle, car il me semble, mais je peux me tromper, que dans une école psychanalytique, la relation centrée sur le repas traduit une régression collective à un stade dit foetal.

Vous comprenez pourquoi je mentionne cette idée... Malheureusement, ma connaissance de la psychanalyse est pour ainsi dire réduite à la portion congrue, mais si quelqu'un maîtrise le sujet, il pourra peut-être nous éclairer. Nous aurions ainsi une point de départ pour développer une autre analyse de 2001, autour des théories psychanalytiques, qui, comme chacun le sais, ont une place relativement importante dans la société américaine.

Je pense aussi que la dimension satirique de l'oeuvre de Kubrick en général constitue un indice pour situer 2001 dans la perspective d'une chronique de la décadence, de la régression, peut-être de la futilité de l'agitation humaine vers, ... quoi? Là est le problème.

Je suis un peu fatigué pour poursuivre sur ma lancée, mais je dirais encore que, de Docteur Strangelove à Shining en passant par Lolita (et peut-être même dans The paths of glory), je crois que l'un des thèmes centrales de la filmographie kubrickienne, c'est la déliquessence, la décrépitude d'un état ou d'un ordre, sa régression vers un stade d'organisation inférieur. Dans The paths of glory, on peut en voir l'illustration dans la perte de dignité des soldats lors de leur exécution, dont l'un sanglote sans aucune retenue: le vernis du héros martial est complètement terni. Dans Docteur Strangelove, les officiels perdent peu à peu toute contenance à mesure que la situation échappe au pouvoir qu'ils pensaient conserver sur elle, jusqu'à un anéantissement qui ne devait pas être final, car le film devait se terminer sur l'image de l'ambassadeur soviétique "entartant" le président des Etats-Unis, lors d'une bouffonerie. Entretemps, les hommes semblent passer par tous les stades de l'absurdité (le soldat qui qui se soucie des intérêts de la Coca Cola Company alors qu'il vient d'assailir une base stratégique tenue par ses propres camarades...), comme si le système qui les a vus naître et se mouvoir de façon cohérente se détraquait, tendais vers le chaos, le mélange de tous les possibles, sans relations causales entre eux. Dans Lolita, la lutte entre Sears et Mason est digne du burlesque, avant que ce dernier ne s'appitoie sur la perte de sa Dolorès, muée en une espèce de femme d'intérieure sans relief, la ruine du temple qu'il avait cherché à édifier pour son propre plaisir. Et James Mason de s'écrouler, en larmes, perdant toute contenance et toute dignité, dans un scène extraordinairement dérangeante pour le spectateur. L'ordre bien régler de l'élégant professeur de litérature a évolué vers le désordre. Dans Shining, la même évolution est toute entière contenue dans la folie qui gagne Jack Torrence -folie qui se ressource à un bar d'ailleurs, encore un lieu où l'on ingurgite. Même le labyrinthe, espace immuable et stable dans son ordonnancement, éclate: il ne peut suffir à contenir le jeune enfant.

Certes, le dernier plan de Shining, c'est ce travelling avant sur la photographie historique, où l'on fini par reconnaître Jack. Propos cyclique, ou volonté délibérée d'inscrire les faits dans le marbre du passé? Dans 2001 aussi, nous sommes face à une répétition de cycles. Comme Bobor l'a bien démontré, les événements se reproduisent égaux à eux-mêmes, malgré le changement de degré dans la qualité de l'ordre où ils se déroulent. Bowman atteint la décrépitude avant de régresser/renaître au stade foetale. Qu'a-t-il gagné de sa vie? A-t-il atteint un but? Son existence fait-elle sens? La vacuité complète de ses deniers jours -dormir-manger-mourrir-, le néant qui s'est emparé de son existence, tous ces plans sont pour moi les images les plus fortes d'une profonde angoisse: l'inutilité absolue de toute l'agitation humaine. La vanité de la poursuite de toute fin. Tout se résoud en définitive en des actes organiques, qui se répètent inlassablement car il n'est d'autre fil tangible qui guide l'humanité.

Voilà un peu ce que je ressens de ce film. Ce faisant, je livre ma crainte la plus dévorante, qui est en même tant ma certitude la plus désespérante: l'homme est la plus imparfaite des créatures doté de la plus parfaite des aptitudes, et il ne sera jamais plus que ce qui le limite.

L'homme a été cruel envers lui-même en créant Dieu: il s'est avoué son infirmité.


très belle prose! :o
chapeau bas... c'est ce que j'ai dis à l'oral lorsque j'ai présenté mon devoir, mais avec des mots...plus simples :lol:
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Message » 12 Fév 2003 2:15

Intéressant tous ces commentaires (visions) !

Selon des interviews données par KUBRICK (ainsi que par son entourage), il apparaîtrait qu'il s'est attaché à ne pas être trop explicite afin que chacun puisse y mettre son interprétation.
Cela ne veut pas dire non plus qu'il ne voulait pas délivrer certains messages.

J'ai beaucoup aimé l'image de l'os lancé en l'air se transformant soudain en un outil suprême : un vaisseau spatial !

L'outil est devenu sophistiqué, mais l'homme s'est t-il pour autant émancipé de son animalité ?
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