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Remasterisation (Artistique & Technique) : Discussions

Message » 16 Avr 2024 9:59

Fred-L a écrit:
hyperspace a écrit:Le phénomène que j’observe ce sont des pixels grossiers qui fourmillent. J’ai posté sur le topic d’Abyss des photos de ce que je vois à d’écran sur Cinéma Paradiso (mauvais rendu) :
post181359334.html#p181359334
Donc mon point n’est pas contre le grain en soi, mais contre le grain mal encodé. Je préfère ne pas avoir du grain (« c’est filtre ! ») que d’avoir du grain sous la forme de gros pixels qui fourmillent.

Je pense que ce que l'on voit sur ta photo n'est pas lié à l'encodage mais à ton diffuseur.
Sur ma TV je n'ai pas du tout le même rendu.
Je remets ta photo ici puis celle que j'ai prise hier soir pour que chacun puisse juger.
Cliquez sur les photos ;)

IMG_2743.JPG

IMG_5406.JPG

Image

C'est donc quand-même beaucoup moins granuleux. Et encore je trouve que la photo accentue le grain de l'image. En vrai on le voit moins, surtout si on se tient à une distance normale de l'écran.
Spongebob75
 
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Message » 23 Aoû 2024 13:14

Par curiosité, j'ai regardé le site du Marché International du Film Classique. Lors du prochain festival Lumière, ils tiendront des conférences, dont une qui s'appelle "Étude de cas juridique : le droit moral dans tous ses états". C'est une de celles (voir CELLE) qui pourraient m'interesser mais je ne suis pas sûr de pouvoir me rendre et me loger à Lyon sur une si longue période. Ils donnent des compte-rendus ou on peut carrément suivre certains rendez-vous en visio ? Ou il faut aller sur place? Ou c'est réservé aux professionnels ?
ForcedGrin
 
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Message » 23 Aoû 2024 17:34

Le MIFC se tient en parallèle du festival, comme le marché du film en parallèle du festival de Cannes, dont il est l'équivalent mais pour le patrimoine.

Il y a le plus souvent des compte rendus, publiés peu de temps après coup sur le site, mais ils peuvent manquer de rigueur (tout n'est pas couvert) et d'exhaustivité (les résumés peuvent être vraiment courts). Quelques exemples ici : https://www.mifc.fr/archives/edition-20 ... -2023.html
Les aspects juridiques sont un sujet qui revient régulierement/structurellement, tu peux jeter un oeil aux compte rendus, il y en a peut-être déjà autour du sujet, afin de voir l'angle que cela peut prendre. Ces conférences durent généralement 1h-1h30. Un exemple de programme détaillé avec les horaires : https://www.mifc.fr/archives/edition-20 ... aille.html

Le MIFC est réservé aux professionnels et à la presse couvrant ce type d'évènements (et les étudiants en cinéma), il faut s'accréditer pour pouvoir aller à ces conférences : https://www.mifc.fr/accr%C3%A9ditation.html
Une accréditation moins onéreuse permet d'accéder uniquement aux captations live, qui sont ensuite dispos en replay sur le site du MIFC pendant une quinzaine de jours environ. Cela évite de se déplacer.

Je ne pense pas aller à cette conférence (du moins ça dépendra du programme exact de quand tombe quoi où - genre si c'est en même temps que Faire vivre le ciné classique), mais si tu as des questions précises d'avance, je peux peut-être surveiller qui y sera et la poser hors conférence (ou sinon, si j'y vais, la poser directement).
tenia54
 
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Message » 01 Sep 2024 16:14



Une vidéo dans un contexte plus large, avec des commentaires que je trouve très intéressants.
ssebs
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Message » 01 Sep 2024 23:49

Les passages sur True Lies et plus loin sur le grain, outre le fait d'être exacts, sont succulents 8).
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Message » 02 Sep 2024 12:18

Faut trier, chez lui.

Autant, sa vidéo sur le cinéma en général, il y a quelques mois, était intéressante, autant celle-ci recrache ce qu'il a lu ailleurs. Et puis sur un autre volet, je ne le classe plus parmi les rares youtubers intéressants depuis ses Camera Obscura et sa revue Estrange, trop poreuse avec la nébuleuse ésotérique. Il a beau dire que ce n'est pas une revue New Age, les influences (Planètes et Metal Hurlant), elles, le sont, et ont été complaisantes avec des organismes sectaires.

Sans parler du flou entre documentaire (Get Back) et les films de fiction. C'est assez bizarre. Heureusement qu'il se rattrape vers la fin, avec sa conclusion. D'ailleurs, je ne résiste pas à l'envie de poster ici un des commentaires que je trouve assez juste :

"Il faut tous qu'on s'improvise archéologue du cinéma"
Et pourquoi ne pas simplement laisser nos souvenirs à leur place et cesser de les invoquer sans cesse nostalgiquement ? Tu dis toi-même que les films sont créés à un moment précis, d'une façon précise et par conséquent disent plus de chose du moment de leur conception que d'eux-mêmes en tant qu'objet d'art(isanat). N'en est-il pas de même des souvenirs ? Ne vaudrait-il mieux pas les laisser filer, non par rejet de leur forme mais comme acceptation d'un processus évolutif personnel qui tend à nous faire devenir sans cesse quelqu'un d'autre, plus accompli ?

Le rejet de la remasteurisation à outrance ou de la perte des fichiers originaux vient de la crainte de l'oubli. Dans un monde massifié et impersonnalisé, on craint que les seules choses nous animant et nous définissant disparaissent par les mêmes mains qui les ont conçues. Nous avons appris, tous, à nous définir en fonction des codes socio-économiques du divertissement, dont le cinéma est un des fers de lance. Mais c'est une erreur de croire que cela nous définit profondément. C'est en fait une question identitaire sous-jacente, car la responsabilité de conservation des souvenirs individuels ou collectifs n'a rien à voir avec l'industrie qui les produit.

On ne devrait pas avoir peur de la détérioration des films dans leurs formes, mais plutôt de la perte de notre capacité à créer des souvenirs aussi forts et signifiants que ceux que nous avons vécus. De plus, les souvenirs ne sont pas la réalité de notre histoire. Des études ont démontré que lorsque nous invoquons un souvenir dans notre esprit, les zones du cerveau utilisées pour ce faire sont les mêmes que celles destinées à l'imagination... Sommes-nous condamnés à ne plus nous souvenir précisément de notre passé ? Le cinéma est-il devenu la cristallisation de nos craintes à oublier ce que nous sommes ?

On ne perd jamais la mémoire, on perd seulement des souvenirs. Ce que nous avons vu, vécu, entendu fait aujourd'hui partie intégrante de nous, et nous structure physiquement à un niveau atomique. La mémoire, c'est notre bagage historique personnel qui s'attache à nous pour toujours, alors n'ayons pas peur que quelques souvenirs soient effacés çà et là tant que nous parvenons à vivre encore pleinement. Il vaut mieux être joyeux d'avoir vécu ces choses et de bâtir dessus que de vouloir les conserver comme des totems iconodules.
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Message » 02 Sep 2024 12:40

ForcedGrin a écrit: Et puis sur un autre volet, je ne le classe plus parmi les rares youtubers intéressants depuis ses Camera Obscura et sa revue Estrange, trop poreuse avec la nébuleuse ésotérique. Il a beau dire que ce n'est pas une revue New Age, les influences (Planètes et Metal Hurlant), elles, le sont, et ont été complaisantes avec des organismes sectaires.

De plus le comportement de François Theurel dans la sphère privée a plusieurs dois donné lieu à des témoignages sur les réseaux. Le personnage serait du genre violent et colérique, à donner des coups de poings de rage dans les murs et à terroriser ses (ex) petites amies. Vraiment pas une personne recommandable. Ca fait donc longtemps que je me suis désabonné à sa chaîne.
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Message » 02 Sep 2024 13:31

ForcedGrin a écrit:Faut trier, chez lui.

Autant, sa vidéo sur le cinéma en général, il y a quelques mois, était intéressante, autant celle-ci recrache ce qu'il a lu ailleurs. Et puis sur un autre volet, je ne le classe plus parmi les rares youtubers intéressants depuis ses Camera Obscura et sa revue Estrange, trop poreuse avec la nébuleuse ésotérique. Il a beau dire que ce n'est pas une revue New Age, les influences (Planètes et Metal Hurlant), elles, le sont, et ont été complaisantes avec des organismes sectaires.

Sans parler du flou entre documentaire (Get Back) et les films de fiction. C'est assez bizarre. Heureusement qu'il se rattrape vers la fin, avec sa conclusion. D'ailleurs, je ne résiste pas à l'envie de poster ici un des commentaires que je trouve assez juste :

"Il faut tous qu'on s'improvise archéologue du cinéma"
Et pourquoi ne pas simplement laisser nos souvenirs à leur place et cesser de les invoquer sans cesse nostalgiquement ? Tu dis toi-même que les films sont créés à un moment précis, d'une façon précise et par conséquent disent plus de chose du moment de leur conception que d'eux-mêmes en tant qu'objet d'art(isanat). N'en est-il pas de même des souvenirs ? Ne vaudrait-il mieux pas les laisser filer, non par rejet de leur forme mais comme acceptation d'un processus évolutif personnel qui tend à nous faire devenir sans cesse quelqu'un d'autre, plus accompli ?

Le rejet de la remasteurisation à outrance ou de la perte des fichiers originaux vient de la crainte de l'oubli. Dans un monde massifié et impersonnalisé, on craint que les seules choses nous animant et nous définissant disparaissent par les mêmes mains qui les ont conçues. Nous avons appris, tous, à nous définir en fonction des codes socio-économiques du divertissement, dont le cinéma est un des fers de lance. Mais c'est une erreur de croire que cela nous définit profondément. C'est en fait une question identitaire sous-jacente, car la responsabilité de conservation des souvenirs individuels ou collectifs n'a rien à voir avec l'industrie qui les produit.

On ne devrait pas avoir peur de la détérioration des films dans leurs formes, mais plutôt de la perte de notre capacité à créer des souvenirs aussi forts et signifiants que ceux que nous avons vécus. De plus, les souvenirs ne sont pas la réalité de notre histoire. Des études ont démontré que lorsque nous invoquons un souvenir dans notre esprit, les zones du cerveau utilisées pour ce faire sont les mêmes que celles destinées à l'imagination... Sommes-nous condamnés à ne plus nous souvenir précisément de notre passé ? Le cinéma est-il devenu la cristallisation de nos craintes à oublier ce que nous sommes ?

On ne perd jamais la mémoire, on perd seulement des souvenirs. Ce que nous avons vu, vécu, entendu fait aujourd'hui partie intégrante de nous, et nous structure physiquement à un niveau atomique. La mémoire, c'est notre bagage historique personnel qui s'attache à nous pour toujours, alors n'ayons pas peur que quelques souvenirs soient effacés çà et là tant que nous parvenons à vivre encore pleinement. Il vaut mieux être joyeux d'avoir vécu ces choses et de bâtir dessus que de vouloir les conserver comme des totems iconodules.


Ce que j'ai mis en gras est faux, cet aspect étudié par les neurosciences avait été vulgarisé par exemple dans Vice-Versa (le 1er).
Toute mémorisation de souvenir qui perdure se fait en lien avec une ou des émotions liées. Et chaque jour (ou plutôt nuit), le cerveau fait un énorme boulot de tri, et peut effacer définitivement des informations, jugées non pertinentes (il peut y en avoir qui restent dans l'inconscient et sont donc plus difficilement accessibles, mais d'autres disparaissent réellement).
C'est un mythe de croire que notre cerveau est un disque dur qui ne fait justement qu'accumuler à l'infini, ce commentaire ci-dessus se contredit lui-même.
Il y a en tout cas certains souvenirs qui servent justement de balises, de repères, pour toute une vie. Même s'il s'agit de moments difficiles. Leur ressenti évolue d'ailleurs en général au fil du temps (en mettant de côté des troubles de type PTSD par exemple, où ça tourne en boucle avec des conséquences pathologiques).
Pour les personnes atteintes d'Alzeihmer, mais aussi pour toute personne âgée, il est reconnu que des supports tangibles liés à des souvenirs sont très efficaces pour garder le cerveau en état de fonctionnement, qu'il s'agisse de photos, d'enregistrements sonores ou vidéos.
C'est pour ça que je trouve que les propos de la vidéo évoquant une sorte de "distorsion" de la réalité (et donc de sa perception) est pertinente.
C'est comme si un logiciel tournait en tâche de fonds sur votre ordi ou téléphone et qu'aléatoirement il modifie des morceaux de photos, de vidéos, et divers documents (une image histoire de mieux faire comprendre l'impact).
C'est justement l'aspect d'éloignement progressif de la réalité, de la banalisation de la réécriture avec des moyens allant vers l'iréel (même si ces outils permettent de plus en plus de faire croire que c'est réel; avec Cameron on peut encore constater que c'est une moulinette exagérée qui a été appliquée) qui est je trouve inquiétant. Quelque part, ça me fait penser au fameux "matrix" (ou inception si vous préférez).
Je peux vous garantir que si on faisait une expérience en modifiant régulièrement des objets (y compris numériques) pour une personne, elle finirait par avoir des troubles mentaux (une telle expérience serait probablement jugée non éthique, enfin j'espère en tout cas qu'elle ne serait pas réalisée concrètement!).
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Message » 02 Sep 2024 14:14

ssebs a écrit:Je peux vous garantir que si on faisait une expérience en modifiant régulièrement des objets (y compris numériques) pour une personne, elle finirait par avoir des troubles mentaux.

Je confirme que si je regarde par exemple les 4K de True Lies, Aliens, ou American Graffiti : ça me génère des troubles :mdr: !
Ah je précise quand même que c'est de l'humour (pour détendre un peu l'ambiance). Donc on se relaxe : bonne semaine...
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Message » 02 Sep 2024 14:39

Il y a effectivement pas mal de choses à trier (en plus du fait que Theurel, humainement, a son lot de casseroles).

Il est intéressant qu’un YouTuber, disons, plus généraliste prenne en main ce sujet, mais il part dans un peu trop de directions, et me semble faire des erreurs factuelles en plus.

Par ex, il parle d’un film (on n’en saura pas le titre) exploité en 2D jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’en fait, il avait été tourné avec 2 caméras côte à côte pour faire de la 3D : je crois surtout qu’il confond avec les films tournés dans les 10s et 20s simultanément sur deux angles de prises de vue quasi identiques, afin de générer 2 négatifs montés qui permettront de tirer 2 jeux de copies d’exploitation (un pour le marché domestique, un pour l’export).

Et j’ai moi aussi bien du mal à comprendre quelle serait la différence pouvant expliquer que la moulinette Park Road serait injustifiée pour un film de fiction, mais pas pour un film documentaire (d’ailleurs, Get Back avait déjà subi, à l’époque, des retours techniques négatifs, pour exactement les mêmes reproches).

ForcedGrin a écrit:D'ailleurs, je ne résiste pas à l'envie de poster ici un des commentaires que je trouve assez juste :
"Il faut tous qu'on s'improvise archéologue du cinéma"
Et pourquoi ne pas simplement laisser nos souvenirs à leur place et cesser de les invoquer sans cesse nostalgiquement ? Tu dis toi-même que les films sont créés à un moment précis, d'une façon précise et par conséquent disent plus de chose du moment de leur conception que d'eux-mêmes en tant qu'objet d'art(isanat). N'en est-il pas de même des souvenirs ? Ne vaudrait-il mieux pas les laisser filer, non par rejet de leur forme mais comme acceptation d'un processus évolutif personnel qui tend à nous faire devenir sans cesse quelqu'un d'autre, plus accompli ?

Le rejet de la remasteurisation à outrance ou de la perte des fichiers originaux vient de la crainte de l'oubli. Dans un monde massifié et impersonnalisé, on craint que les seules choses nous animant et nous définissant disparaissent par les mêmes mains qui les ont conçues. Nous avons appris, tous, à nous définir en fonction des codes socio-économiques du divertissement, dont le cinéma est un des fers de lance. Mais c'est une erreur de croire que cela nous définit profondément. C'est en fait une question identitaire sous-jacente, car la responsabilité de conservation des souvenirs individuels ou collectifs n'a rien à voir avec l'industrie qui les produit.

On ne devrait pas avoir peur de la détérioration des films dans leurs formes, mais plutôt de la perte de notre capacité à créer des souvenirs aussi forts et signifiants que ceux que nous avons vécus. De plus, les souvenirs ne sont pas la réalité de notre histoire. Des études ont démontré que lorsque nous invoquons un souvenir dans notre esprit, les zones du cerveau utilisées pour ce faire sont les mêmes que celles destinées à l'imagination... Sommes-nous condamnés à ne plus nous souvenir précisément de notre passé ? Le cinéma est-il devenu la cristallisation de nos craintes à oublier ce que nous sommes ?

On ne perd jamais la mémoire, on perd seulement des souvenirs. Ce que nous avons vu, vécu, entendu fait aujourd'hui partie intégrante de nous, et nous structure physiquement à un niveau atomique. La mémoire, c'est notre bagage historique personnel qui s'attache à nous pour toujours, alors n'ayons pas peur que quelques souvenirs soient effacés çà et là tant que nous parvenons à vivre encore pleinement. Il vaut mieux être joyeux d'avoir vécu ces choses et de bâtir dessus que de vouloir les conserver comme des totems iconodules.

Moui.

L’idée philosophique derrière n’est pas inintéressante (quoique bon « on ne perd jamais la mémoire, on perd seulement des souvenirs » : j’ai envie de dire, ça doit faire une belle jambe aux gens atteints d’Alzheimer et leur entourage), mais la filer jusqu’au bout reviendrait à dire « on peut laisser les affres du temps dégrader Guernica et la chapelle Sixtine, l’important c’est les souvenirs qu’on en garde ». Ce qui serait évidemment un non-sens total en termes de préservation du patrimoine.

Et c’est bien ça qui forme non pas le « rejet de la remasteurisation à outrance », mais le rejet de l’abus d’outils numériques intrusifs dans le cadre de certains remasters. Le magicien d’Oz doit en être à sa 5e ou 6e restauration en 20 ans, immensément plus que les films de Cameron : qui s’en plaint ? Personne. Donc ce n’est pas l’outrance qui pose problème.

De même, quelle « perte des fichiers originaux » ? En termes de préservation, le pire qui pourrait arriver à un film tourné en pellicule ne se situe pas dans le numérique, mais dans le physique.

Enfin, ce n’est pas la crainte de l’oubli qui motive les remarques négatives : c’est tout simplement une dérive dans les méthodes de travail. Qui aurait envie de voir une version Jeff Koons de la Venus de Milo, parce que l’équipe de restauration en charge de la statue a trouvé que bon, quand même, si ça avait fait de nos jours, ça ressemblerait à ça, et puis il faut évoluer avec son temps, et puis le public veut voir des belles choses et les belles choses de nos jours c’est ça ? :mdr:

Autant le cinéma est effectivement un des arts les plus industriels et démocratisés qui soit, autant ce commentaire confond lui aussi l’œuvre (l’artistique) et sa préservation technique (remaster, restauration, etc, càd : analyse des éléments physiques à dispo, choix des meilleurs, restauration physique au besoin, scans, restauration numérique, étalonnage numérique). Le commentaire parle de la première, l’œuvre artistique, en pensant parler de la seconde, la préservation purement technique. Le contenu, et le contenant.

Et du reste, à nouveau, la conclusion est ubuesque. « Mieux vaut être joyeux d’avoir vécu… ». Oui mais non, merci de continuer d’assurer la préservation du patrimoine. :idee:

ssebs a écrit:C'est un mythe de croire que notre cerveau est un disque dur qui ne fait justement qu'accumuler à l'infini, ce commentaire ci-dessus se contredit lui-même.

Cf les travaux de Daniel Kahneman et Amos Tversky sur les modes de fonctionnement du cerveau en termes de traitement des infos (les systèmes dits A et B), et l’impact que cela peut avoir notamment en économie (la fameuse « économie comportementale »).
Le cerveau trie effectivement en permanence, et pas si souvent que ça de façon rationnelle, d’autant plus que la mémoire humaine est malléable et, au final, assez peu fiable (avec ce que ça peut impliquer comme problèmes, par ex, au niveau des témoins interrogés pour des enquêtes policières).
C’est tout le problème de ce commentaire, qui veut semble-t-il dérouler de jolies phrases, part d’un point de départ pas trop mal pour ça, mais s’embourbe vite au lieu de rester au plus simple.
(je vous ai déjà dit que c’était important, quand on parle restauration de film, de rester simple ? :mdr: )
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Message » 02 Sep 2024 15:08

Stream a écrit:
ssebs a écrit:Je peux vous garantir que si on faisait une expérience en modifiant régulièrement des objets (y compris numériques) pour une personne, elle finirait par avoir des troubles mentaux.

Je confirme que si je regarde par exemple les 4K de True Lies, Aliens, ou American Graffiti : ça me génère des troubles :mdr: !
Ah je précise quand même que c'est de l'humour (pour détendre un peu l'ambiance). Donc on se relaxe : bonne semaine...

Idem, j’ai eu des troubles avec ces films :mdr:
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Message » 02 Sep 2024 15:58

tenia54 a écrit:Et c’est bien ça qui forme non pas le « rejet de la remasteurisation à outrance », mais le rejet de l’abus d’outils numériques intrusifs dans le cadre de certains remasters.
Le magicien d’Oz doit en être à sa 5e ou 6e restauration en 20 ans, immensément plus que les films de Cameron : qui s’en plaint ? Personne. Donc ce n’est pas l’outrance qui pose problème.

tenia54 a écrit:Enfin, ce n’est pas la crainte de l’oubli qui motive les remarques négatives : c’est tout simplement une dérive dans les méthodes de travail.

Qui aurait envie de voir une version Jeff Koons de la Venus de Milo, parce que l’équipe de restauration en charge de la statue a trouvé que bon, quand même, si ça avait fait de nos jours, ça ressemblerait à ça, et puis il faut évoluer avec son temps, et puis le public veut voir des belles choses et les belles choses de nos jours c’est ça ?

Remarques tout à fait pertinentes.
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Message » 02 Sep 2024 16:24

Disons qu'encore une fois, c'est crucial de ne pas confondre le contenu et le contenant. L'oeuvre, le contenu, l'artistique, c'est l'élément "subjectifiable", appropriable, personnel, le fameux totem auquel on peut vouloir revenir. Le contenant, la présentation, c'est l'aspect au contraire le plus bête et méchant, celui pour lequel la réflexion doit être la moins intrusive, la moins créative, la plus bêtement reproductive, car elle ne sert l'oeuvre qu'en visant à constamment la référencer : son format de tournage, son cadre originel, sa photo d'origine, etc etc. Restaurer (et cela vaut aussi théoriquement pour remasteriser - la différence tenant habituellement en la présence ou l'absence d'une remise en état des éléments physiques), c'est remettre en état d'origine, et non pas réinventer. (attention, cela ne veut pas dire qu'une restauration ne se fait pas sans se poser de questions, loin de là, mais ce sont des questions autrement moins existentielles)

C'est bien pour cela que la distinction fiction / non-fiction de la vidéo ne tient pas, mais aussi pour cela que le commentaire cité me semble spécieux sur pas mal de points. Je pense qu'il se veut bien trop philosophique pour un sujet qui ne l'est fondamentalement pas.

Et puis tout le fatras sur les souvenirs vs la préservation, c'est complètement illuminé. Donc on ne restaure plus rien, nous on a les souvenirs, et puis les générations d'après feront avec, hein.
Ce ne sont d'ailleurs pas les travaux techniques (du moins ils ne devraient pas) qui sont totemisés, mais les oeuvres qu'ils permettent de découvrir, dans les conditions du moment. Sinon, on finit par se retrouver avec des gens qui ont vu le même film mais pas vraiment, Aliens n'a plus sa photo granuleuse brute de reportage de guerre, Sonate d'automne a au choix une photo automnale comme son titre ou très froide comme son sujet, etc etc.
Bref.
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Message » 02 Sep 2024 16:33

Et c’est bien ça qui forme non pas le « rejet de la remasteurisation à outrance », mais le rejet de l’abus d’outils numériques intrusifs dans le cadre de certains remasters. Le magicien d’Oz doit en être à sa 5e ou 6e restauration en 20 ans, immensément plus que les films de Cameron : qui s’en plaint ? Personne. Donc ce n’est pas l’outrance qui pose problème.


Cela dépend qui s'y intéresse. Des fois, je me demande si on n'est pas un peu trop nombrilistes. Des sites vantaient le nombre d'entrées de Napoléon d'Abel Gance : un peu plus de 11.000 entrées. Ils ont conscience que ça ne représente quasiment rien ? La durée ou le noir et blanc ne signifiant plus grand chose à l'heure des séries TV avec plein de saisons. A ce stade, chipoter sur la différence film/série n'a plus aucun sens.

Autant le cinéma est effectivement un des arts les plus industriels et démocratisés qui soit, autant ce commentaire confond lui aussi l’œuvre (l’artistique) et sa préservation technique (remaster, restauration, etc, càd : analyse des éléments physiques à dispo, choix des meilleurs, restauration physique au besoin, scans, restauration numérique, étalonnage numérique). Le commentaire parle de la première, l’œuvre artistique, en pensant parler de la seconde, la préservation purement technique. Le contenu, et le contenant.


Voilà, la différence entre contenant et contenu. Je peux admettre qu'on a tendance à souhaiter que l'un supplante l'autre.

J'ai tendance à croire que les deux ont du mal à coexister. Ils se sont même souvent opposés. Si, pour reprendre les discussions, les façons de faire de Cameron, Lucas et Jackson pour prendre les réalisateurs, et certains laboratoires pour prendre les restaurateurs, seraient la minorité, ça signifierait seulement que la façon de voir la restauration d'un film n'est pas absolue. Surtout si c'est pour sous-entendre que ce n'est pas la bonne méthode, alors que souvent, une minorité détiendrait la vérité face à une majorité mensongère (on pourrait citer Balzac). Le contenu est fait pour évoluer, est synonyme de liberté, et il ne semble pas si absurde d'estimer que le contenant peut devenir une prison, verrouillant le contenu ad vitam*. Surtout quand on se rend compte que ce qu'on croyait être la version d'origine ne l'est pas tant que ça**.
Et si les souvenirs des spectateurs, mais aussi des techniciens, du réalisateur, des projectionnistes, sont faillibles, qui croire ? C'est le problème de la manière dont vous présentez la préservation du patrimoine : elle est trop absolutiste et sans pondération. Pas violente comme les thèses complotistes contre Lucas, mais ne se mettant toujours pas à sa place, ce qui est un peu la moindre des choses. Je reste convaincu qu'il n'est pas à exclure que les laboratoires, si effectivement ils n'ont pas à suivre, seront tentés de supplanter le réalisateur (dont je rappelle qu'il reste la figure la plus importante pour un film), et de se montrer coercitifs ("c'est comme ça qu'il faut faire alors discute pas"). Ce n'est pas le cas des réalisateurs qui souscrivent à cette tendance, nous sommes bien d'accord.

Sur la photo granuleuse d'Aliens, ça vient de la pellicule Kodak matriculée 5293 et beaucoup de réalisateurs avaient gueulé sur ce rendu, poussant la marque à arrêter la fabrication. S.O.S Fantômes a été tourné avec, c'est le choix d'Ivan Reitman de ne pas reven... ah non, il est mort. Toutes mes confuses. Le Retour du Jedi avait aussi été tourné avec, il me semble.

* Les versions originales de THX-1138 et de Blade Runner, par exemple, sont des versions tronquées par le studio ou faites sous la contrainte. Si c'est ces versions-là qu'il faut préserver, cela peut impliquer que la création n'a pas l'importance pourtant tant louée à côté. C'est quelque chose que ne veut toujours pas entendre George Lucas. Il l'a réaffirmé à Cannes en mai dernier, et UN PEU à raison.

** On a souvent parlé de Star Wars. Le Retour du Jedi est sorti avec un sabre-laser vert pour Luke. Or, il devait être bleu (c'est dans la bande-annonce), et l'équipe a corrigé pour que ça ne fasse plus ton sur ton. Sachant que les bande-annonces étaient un vrai savoir-faire donnant envie d'aller voir un film (il faut voir celles de Psychose, Alien, Austin Powers ou le Godzilla de Emmerich), c'est une partie du film, donc quelque chose qui fait l'histoire. Alors c'est quoi, la version d'origine ? Avant ou après la retouche ? Ce qui veut dire pas de sabre-laser vert.
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Message » 02 Sep 2024 16:39

Stream a écrit:
tenia54 a écrit:Et c’est bien ça qui forme non pas le « rejet de la remasteurisation à outrance », mais le rejet de l’abus d’outils numériques intrusifs dans le cadre de certains remasters.
Le magicien d’Oz doit en être à sa 5e ou 6e restauration en 20 ans, immensément plus que les films de Cameron : qui s’en plaint ? Personne. Donc ce n’est pas l’outrance qui pose problème.

tenia54 a écrit:Enfin, ce n’est pas la crainte de l’oubli qui motive les remarques négatives : c’est tout simplement une dérive dans les méthodes de travail.

Qui aurait envie de voir une version Jeff Koons de la Venus de Milo, parce que l’équipe de restauration en charge de la statue a trouvé que bon, quand même, si ça avait fait de nos jours, ça ressemblerait à ça, et puis il faut évoluer avec son temps, et puis le public veut voir des belles choses et les belles choses de nos jours c’est ça ?

Remarques tout à fait pertinentes.

[Mode provoc ON]
Si le créateur de Vénus de Milo dit oui, pourquoi pas ?
[Mode provoc OFF]
A.k.a : apples to oranges

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