Il y a effectivement pas mal de choses à trier (en plus du fait que Theurel, humainement, a son lot de casseroles).
Il est intéressant qu’un YouTuber, disons, plus généraliste prenne en main ce sujet, mais il part dans un peu trop de directions, et me semble faire des erreurs factuelles en plus.
Par ex, il parle d’un film (on n’en saura pas le titre) exploité en 2D jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’en fait, il avait été tourné avec 2 caméras côte à côte pour faire de la 3D : je crois surtout qu’il confond avec les films tournés dans les 10s et 20s simultanément sur deux angles de prises de vue quasi identiques, afin de générer 2 négatifs montés qui permettront de tirer 2 jeux de copies d’exploitation (un pour le marché domestique, un pour l’export).
Et j’ai moi aussi bien du mal à comprendre quelle serait la différence pouvant expliquer que la moulinette Park Road serait injustifiée pour un film de fiction, mais pas pour un film documentaire (d’ailleurs, Get Back avait déjà subi, à l’époque, des retours techniques négatifs, pour exactement les mêmes reproches).
ForcedGrin a écrit:D'ailleurs, je ne résiste pas à l'envie de poster ici un des commentaires que je trouve assez juste :
"Il faut tous qu'on s'improvise archéologue du cinéma"
Et pourquoi ne pas simplement laisser nos souvenirs à leur place et cesser de les invoquer sans cesse nostalgiquement ? Tu dis toi-même que les films sont créés à un moment précis, d'une façon précise et par conséquent disent plus de chose du moment de leur conception que d'eux-mêmes en tant qu'objet d'art(isanat). N'en est-il pas de même des souvenirs ? Ne vaudrait-il mieux pas les laisser filer, non par rejet de leur forme mais comme acceptation d'un processus évolutif personnel qui tend à nous faire devenir sans cesse quelqu'un d'autre, plus accompli ?
Le rejet de la remasteurisation à outrance ou de la perte des fichiers originaux vient de la crainte de l'oubli. Dans un monde massifié et impersonnalisé, on craint que les seules choses nous animant et nous définissant disparaissent par les mêmes mains qui les ont conçues. Nous avons appris, tous, à nous définir en fonction des codes socio-économiques du divertissement, dont le cinéma est un des fers de lance. Mais c'est une erreur de croire que cela nous définit profondément. C'est en fait une question identitaire sous-jacente, car la responsabilité de conservation des souvenirs individuels ou collectifs n'a rien à voir avec l'industrie qui les produit.
On ne devrait pas avoir peur de la détérioration des films dans leurs formes, mais plutôt de la perte de notre capacité à créer des souvenirs aussi forts et signifiants que ceux que nous avons vécus. De plus, les souvenirs ne sont pas la réalité de notre histoire. Des études ont démontré que lorsque nous invoquons un souvenir dans notre esprit, les zones du cerveau utilisées pour ce faire sont les mêmes que celles destinées à l'imagination... Sommes-nous condamnés à ne plus nous souvenir précisément de notre passé ? Le cinéma est-il devenu la cristallisation de nos craintes à oublier ce que nous sommes ?
On ne perd jamais la mémoire, on perd seulement des souvenirs. Ce que nous avons vu, vécu, entendu fait aujourd'hui partie intégrante de nous, et nous structure physiquement à un niveau atomique. La mémoire, c'est notre bagage historique personnel qui s'attache à nous pour toujours, alors n'ayons pas peur que quelques souvenirs soient effacés çà et là tant que nous parvenons à vivre encore pleinement. Il vaut mieux être joyeux d'avoir vécu ces choses et de bâtir dessus que de vouloir les conserver comme des totems iconodules.
Moui.
L’idée philosophique derrière n’est pas inintéressante (quoique bon « on ne perd jamais la mémoire, on perd seulement des souvenirs » : j’ai envie de dire, ça doit faire une belle jambe aux gens atteints d’Alzheimer et leur entourage), mais la filer jusqu’au bout reviendrait à dire « on peut laisser les affres du temps dégrader Guernica et la chapelle Sixtine, l’important c’est les souvenirs qu’on en garde ». Ce qui serait évidemment un non-sens total en termes de préservation du patrimoine.
Et c’est bien ça qui forme non pas le « rejet de la remasteurisation à outrance », mais le rejet de l’abus d’outils numériques intrusifs dans le cadre de certains remasters. Le magicien d’Oz doit en être à sa 5e ou 6e restauration en 20 ans, immensément plus que les films de Cameron : qui s’en plaint ? Personne. Donc ce n’est pas l’outrance qui pose problème.
De même, quelle « perte des fichiers originaux » ? En termes de préservation, le pire qui pourrait arriver à un film tourné en pellicule ne se situe pas dans le numérique, mais dans le physique.
Enfin, ce n’est pas la crainte de l’oubli qui motive les remarques négatives : c’est tout simplement une dérive dans les méthodes de travail. Qui aurait envie de voir une version Jeff Koons de la Venus de Milo, parce que l’équipe de restauration en charge de la statue a trouvé que bon, quand même, si ça avait fait de nos jours, ça ressemblerait à ça, et puis il faut évoluer avec son temps, et puis le public veut voir des belles choses et les belles choses de nos jours c’est ça ?
Autant le cinéma est effectivement un des arts les plus industriels et démocratisés qui soit, autant ce commentaire confond lui aussi l’œuvre (l’artistique) et sa préservation technique (remaster, restauration, etc, càd : analyse des éléments physiques à dispo, choix des meilleurs, restauration physique au besoin, scans, restauration numérique, étalonnage numérique). Le commentaire parle de la première, l’œuvre artistique, en pensant parler de la seconde, la préservation purement technique. Le contenu, et le contenant.
Et du reste, à nouveau, la conclusion est ubuesque. « Mieux vaut être joyeux d’avoir vécu… ». Oui mais non, merci de continuer d’assurer la préservation du patrimoine.

ssebs a écrit:C'est un mythe de croire que notre cerveau est un disque dur qui ne fait justement qu'accumuler à l'infini, ce commentaire ci-dessus se contredit lui-même.
Cf les travaux de Daniel Kahneman et Amos Tversky sur les modes de fonctionnement du cerveau en termes de traitement des infos (les systèmes dits A et B), et l’impact que cela peut avoir notamment en économie (la fameuse « économie comportementale »).
Le cerveau trie effectivement en permanence, et pas si souvent que ça de façon rationnelle, d’autant plus que la mémoire humaine est malléable et, au final, assez peu fiable (avec ce que ça peut impliquer comme problèmes, par ex, au niveau des témoins interrogés pour des enquêtes policières).
C’est tout le problème de ce commentaire, qui veut semble-t-il dérouler de jolies phrases, part d’un point de départ pas trop mal pour ça, mais s’embourbe vite au lieu de rester au plus simple.
(je vous ai déjà dit que c’était important, quand on parle restauration de film, de rester simple ?

)