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Musique enregistrée : BLURAY, CD & DVD musicaux, interprètes...

la Résurrection de Gustav Mahler

Message » 28 Nov 2004 15:46

La phase de composition de la deuxième symphonie s'inscrit en deux temps séparés par une longue phase d'impossibilité créatrice. Le premier mouvement Totenfeier (cérémonie funèbre) fut écrit dans la foulée de la première symphonie Titan dont il était censé enterrer le héros. Le compositeur ne lui adjoignit ses quatre mouvements subséquents que plusieurs années après, non sans mal pour le finale pour lequel il ne trouvait pas de texte adéquat. Le compositeur entendait en effet destiner sa symphonie à un grand orchestre, un choeur et deux solistes, ambition rappelant évidemment celle présidant à la neuvième symphonie de Beethoven. Ce texte fut trouvé à l'occasion de l'enterrement du chef d'orchestre Hans von Bülow:le poème de Klopstock Résurrection fut alors prononcé et c'est tout ce qu'il fallait à Mahler pour mettre en sons le finale de sa symphonie.

La forme de cette dernière était singulière: deux mouvements de proportion colossale (plus d'une heure de musique à eux seuls) encadrant trois mouvements plus modestes par le nombre de mesures. Cette forme était en outre guidée par des idées extramusicales puisque la musique était chargée de raconter la destinée d'un individu avant de traduire la "morale" qui s'en dégageait. Cet aspect musique à programme se traduit par une succession d'épisodes très fragmentés souvent séparés entre eux par des silences qui ont pour rôle de mener à un changement de chapitre. Ce rôle du silence existe déjà dans les architectures aussi colossales de Bruckner à la différence essentielle que des considérations exclusivement musicales imposaient ces césures (à commencer par une écriture privilégiant l'harmonie).
Certes il n'est pas nécessaire de connaître le programme pour s'imprégner d'une musique dont l'essence et la signification demeurent nécessairement autonomes. Mais tel était déjà le cas de la symphonie fantastique de Berlioz, qui évoquait également la vie d'un homme avec cinq mouvements et un grand orchestre.

Mahler se présente par conséquent comme un musicien romantique en cette fin de XIX Siècle. On sait portant qu'il n'appréciait pas la voie suivie par Richard Strauss, qui pensait que l'avenir de la symphonie se trouvait dans la forme plus libre du poème symphonique. En effet Mahler, malgré son programme digne d'Une Vie de héros, garde toujours à l'esprit la rigueur formelle de la symphonie classique et c'est bien ce qui fait le prix de la symphonie Résurrection au sein du massif laissé par le compositeur. Dans aucune autre oeuvre Mahler n'aura autant fait preuve de cohérence formelle, chaque idée étant exploitée dans toutes ses ramifications au lieu de laisser place à une débauche de thèmes sans que soit tissé entre eux de lien organique.


Tel le chevalier de la mort chevauchant son infernal destrier, le premier mouvement impose d'emblée l'assise granitique et austère des cordes graves dont l'inquiétante scanssion est bientôt équilibrée par la douceur des bois, confrontation de deux mondes qui se résout bientôt en un premier forte d'une puissance écrasante. C'est l'anéantissement du héros, la victoire sans merci d'une élémentaire force destructrice.
Le développement qui s'ensuit débute pourtant à l'identique de l'introduction de l'oeuvre mais explore des contrées aussi fascinantes qu'inattendues. Les paysages fréquentés ne correspondent guère aux habitudes imposées par les marches funèbres. L'impression est ici celle d'une indéfinissable nostalgie, d'une tendresse tenant à la fois de l'élégiaque et du genre pastoral, solution très différente de celle adoptée par Beethoven et ses chorals de cuivre de la marche funèbre de son Héroïque.

Ainsi du sommet expressif du mouvement, préparé avec toute la subtile ampleur dont le musicien est capable. Les cordes baignent le paysage dans une lumière transfigurée avant que quelques mesures soient confiées au dialogue déchirant du cor anglais et de l'orchestre. Ce dialogue s'abolit ensuite dans une contemplation sans nom, comme suspendue et délivrée de toute contrainte matérielle, peut-être le moment le plus bouleversant de l'histoire de la symphonie. La partie est nommée "Ausdrucksvoll" (plein d'expression) et réclame l'intervention d'une clarinette basse solo. Les cordes graves scandent délicatement ce passage d'une ineffable fraîcheur avant que le tutti de l'orchestre impose à nouveau ses fracas et nous fasse reprendre nos esprits. De glaçantes visions d'effroi s'approprieront à nouveau ce thème pastoral confié successivement à la trompette et aux trombones avant que l'orchestre ne s'emballe dans une cavalcade épique qui débouche sur un sommet de brutalité, l'orchestre hurlant sans fin la même idée à l'instar d'un mécanisme fonctionnant à vide jusqu'à la chute soudaine. Mais après un bref silence les scansions des violoncelles et contrebasses démontrent que l'énergie est encore entière. Des réminiscences de la pastorales se feront encore entendre mais le mouvement ne s'achèvera pas moins dans une atmosphère inquiétante chargée de hoquets et de soubressauts avant la conclusion sèche et péremptoire imposée par le tutti.
A noter que la Totenfeier telle qu'initialement conçue par Mahler avant son remaniement voulu comme définitif démontre de manière passionnante les trésors d'imagination d'un très jeune compositeur qui ne canalisait néanmoins pas encore assez ses passions.

Après cette évocation en partie morbide Mahler choisit de présenter trois états d'âme différents rencontrés au cours de la vie de son individu.
Evocation d'une jeunesse sans ombre d'abord. L'insouciance de ce mouvement justifie pour partie le silence de cinq minutes exigé par Mahler après le premier mouvement, un aussi grand contraste étant susceptible de choquer. La forme du mouvement est celle du ländler, danse paysanne préfigurant la valse. Rien de prosaique néanmoins dans cette musique ravissant les sens et réservant quelques thèmes révélant là encore une sensibilité lyrique à fleur de peau.

Le troisième mouvement fait office de scherzo et impose à nouveau un monde de tourments. Le mouvement s'inspire d'un lied célèbre narrant la vision bienheureuse de Saint Antoine prêchant aux poissons. Il est davantage question ici des tentations de Saint Antoine présentées dans le retable d'Issenheim réalisé par Grünewald. Les timbales martiales introduisent un tourbillon d'une volupté toute anarchique qui doit traduire les désordres du monde perçu comme à travers un miroir concave selon le mot de Mahler.

Le quatrième mouvement est une miniature d'un peu plus de cinq minutes confié à l'orchestre et à une contralto. cette dernière, devant chanter à la manière d'un enfant croyant se trouver au Paradis, confie à une rose rouge sa foi en la lumière divine qui l'éclairera éternellement (texte emprunté au recueil préféré de Mahler, Des Knaben Wunderhorn, littéralement le Cor merveilleux de l'enfant). Le mouvement contient en effet d'admirables idées d'une naïveté sublimée, comme ce trait de violon solo annoncé parle triangle qui introduit le passage "Da kam ich auf einen breiten Weg". Le mouvement s'achève dans un au-delà de béatitude à peine concevable.

Immédiatement l'entrée en force du dernier mouvement sur une cavalcade des cordes graves avec une première explosion aux cuivres rompt la bienheureuse quiétude que l'Urlicht venait d'annoncer. Le voyage vers la résurrection ne fait cependant que commencer et un premier apaisement ouvre un nouvel horizon de lyrisme déchirant permise par des cordes s'abandonnant à un étrange flottement d'une malléabilité semblant confondre l'espace et le temps.
Un silence annonce le premier effet de lointain voulu par Mahler qui entendait obtenir ce dernier en plaçant un second orchestre en coulisse. Les cors y font entendre l'appel du "Rufer in der Wüste", l'appel de celui qui se trouve dans le désert. Il se conclut par une bouleversante gamme descendante confiée aux bois. Un nouveau thème est confié à ces derniers après un bref silence: l'idée est d'une grande simplicité, sucession élémentaire de notes détachées appelant à une totale contemplation, le tout sur un lit de pizzicatti (on se souvient du sommet expressif similaire du premier mouvement de la cinquième symphonie de Bruckner). Ces mêmes pizzicatti soutiennent ensuite la première apparition aux trombones de la Résurrection: cette idée se poursuit avec insistance tandis que les cors font de nouveau entendre leurs voix dans le lointain, ce qui laisse à deviner le terrible déploiement de forces que de tels alliages de timbres pourraient déchaîner. La transition amène pourtant un nouveau thème lyrique aux bois sur lequel la contralto chantera son message d'espoir ultérieurement. La résurrection s'impose au tutti de l'orchestre, les violons s'élançant dans de vertigineuses courbes exacerbées avant que quelques accords de harpes ne concluent le passage sur une humeur sombre.
Un énième silence s'impose avant que deux rafales de percussion ouvrent un des passages les plus hystériques de la musique, sorte de course aux abîmes préfigurant celle que Chostakovitch fera entendre dans sa quatrième symphonie. Les forces ne se déchaînent pas d'emblée en leur intégralité, et une marche très terrestre et quelque peu débonnaire prend sa place avec force coups de tambours et trompettes éclatantes. Il ne faut pas s'y méprendre cependant: ce grotesque demeure en phase avec la vision de Jugement dernier qui nous est ici dépeinte. Les cuivres se font de plus en plus hurlant et menaçant, leur déhanchement d'autant plus monstrueux que la marche forcée est encore retenue. l'invraisemblable fracas concluant cette marche ne possède rien en commun avec une apothéose triomphale au sens classique du terme. Il sagit davantage d'une implosion que d'une explosion, l'orchestre semblant se désagréger en dépeignant des visions infernales d'êtres humains rampant hors de leur tombeau pour entendre le jugement.
Nouvel effet de lointain avec une marche des cuivres en coulisses qui sert d'assise à un thème extrêmement lyrique des violencelles et violons qui décrivent à nouveau d'éperdues courbes comme en un effet d'imploration. Le tutti reprend le thème fortissimo avant de s'imposer royalement dans une lumière de divine majesté. L'apaisement suit ausitôt afin d'annoncer un double effet de cors (entendus de plus en plus loin) dont la clameur semble venir d'ineffables profondeurs. Il s'agit du grand appel malhérien. Les trompettes dialoguent avec un bouleversant chant délié des flûtes, les oiseaux de la mort.
Ce singulier moment laisse après un silence place au choeur a capella, qui attend ainsi le dernier tiers du mouvement pour faire son entrée, tout à fait à la hauteur du précédent historique de la Faust Symphonie de Liszt et très supérieur à l'hymne à la joie de Beethoven, concession à l'aspect communautaire de la musique au détriment du grand art. Cela débute comme un chant d'outre-tombe, et c'est bien avec un recuillement sépulcral digne d'un crucifixus que les premiers mots de la résurrection sont prononcés: Oui, tu vas ressusciter, ma poussière, après un court repos. La vie immortelle te sera donnée par celui qui t'appela. La soprano chante conjointement avec le choeur cette immortalité et un regain d'optimisme saisit l'orchestre devenu radieux. Mais le choeur continue de solennelle manière: Tu t'éveilleras à nouveau, le Seigneur des moissons va et réunit, telles des gerbes, les trépassés. Les bois se voient confier un thème délicat dont le jaillissement produit un vif effet de déchirement digne de Mozart.
La contralto intervient pour son "O Glaube", "Crois mon coeur que rien n'a été perdu pour toi, l'objet de ta lutte t'est à présent acquis", repris par la soprano "tu n'es pas né en vain". Le choeur poursuit "Ce qui est né doit périr et ce qui a péri doit ressusciter" et ordonne bientôt forte l'auditeur de se préparer à vivre. La mort est donc vaincue, message d'optimisme proche de celui qui animait Brahms lorsqu'il écrivit Un Requiem allemand et l'épitre aux Corinthiens "Mort, où est ta victoire". Les clameurs chorale et orchestrale s'imposeront à pleine force dans ce dernier triomphe "Ressusicter, oui, tu vas ressusciter" moment d'une vertigineuse monumentalilité soutenue par grandes orgues et autres cloches, célestes instruments du message divin.


La réussite sans faille de la Résurrection est garante de la pérennité de la musique de Mahler. Souvent placée en seconde place derrière la testamentaire neuvième, la deuxième de Mahler a pour elle une légion de thèmes confinant au sublime et une forme d'une redoutable efficacité. La troisième symphonie donnera déjà l'impression d'une régression d'un compositeur qui ne semblait pas encore s'être trouvé. Il y a tout simplement lieu de se féliciter que les fulgurances de jeunesse ne puissent pas être rejointes par les ultimes pensées de la haute maturité. Si Mahler n'est sans doute pas le plus grand symphoniste, la symphonie Résurrection peut sans crainte briguer le titre de plus belle symphonie de l'histoire de la musique.
Sir David Willcocks
 
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Message par Google » 28 Nov 2004 15:46

 
 
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Message » 28 Nov 2004 17:57

Félicitations Sir,

Merci de nous faire partager ton admiration d'une des plus belles symphonies écrites sur cette Terre.
Je comprend cette admiration, parce que je la partage.
Tu passes asez vite malgré tout sur le 3eme mouvement qui est l'un des plus fascinant de toute sa littérature, avec ces cris de l'orchestre absolument inouïs à l'époque et tout aussi troublant aujourd'hui. Il y a aussi les audaces de formes avec les cassures du discours et les entées abruptes de fanfares comme des vagues sans lois… impressionnant !

Pas étonnant que cela ne passe pas auprès du public de l'époque et que Gustav Malher souffrit de doute immense devant son œuvre… C'est souvent le cas des plus grandes œuvres.

Je te rejoindrai, bien sûr, sur l'importance de cette symphonie dans l'œuvre de Malher et pour l'histoire de la musique entière. Je suis comme toi, c'est celle que je préfère.

Fasse que ton texte donne envie à tes lecteurs, qui ne connaissent pas encore le monde sonore de Malher, de penser à l'approche de Noël de faire ce cadeaux à leur sensibilité musicale.

Encore bravo, Sir.


Cordialement.

Gilles
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Message » 28 Nov 2004 21:49

Tant que vous y etes, auriez vous une version de référence de cette spectaculaire symphonie. C'est vrai que c'est bientôt Noël :wink:

Eric
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Message » 28 Nov 2004 22:04

EB87 a écrit:Tant que vous y etes, auriez vous une version de référence de cette spectaculaire symphonie. C'est vrai que c'est bientôt Noël :wink:


Bonsoir Eric,

D'abord "la" version qui fait référence depuis longtemps : celle dirigée par Bruno Walter avec le New York Philarmonic et les voix d'Emilia Cundari et Maureen Forrester (Sony).
Un enregistrement d'un disciple de Malher dans un enregistrement de 1957 fort bien pris, donc un témoignage.

Pour les autres versions, allez faire un tour un peu plus haut dans le Post-it de Bad, il y a une discographie et des conversations entre Scylates, haskil et Blounote et quelques autres… très instructives, passionnées et passionnantes.

Bonne préparation de Noël… enfin pour les cadeaux…

À +

Gilles
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Message » 28 Nov 2004 22:17

Quant à moi, j'adore Klemperer. Il a enregistré la 2è je ne sais combien de fois. Le seul enregistrement que je connaisse (par Klemperer) est celui-ci et je l'adore :

Image

C'est l'enregistrement qui m'a le mieux permis de ressentir la force de cette œuvre.
Pyjam
 
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Message » 28 Nov 2004 23:16

EB87 a écrit:Tant que vous y etes, auriez vous une version de référence de cette spectaculaire symphonie. C'est vrai que c'est bientôt Noël :wink:

Eric


Quelques pistes pour s'y retrouver au sein d'une discographie très riche mais où quelques pointures se font remarquer par leur absence: Furtwängler et Celibidache ne s'intéressaient guère à Mahler, Giulini ou Karajan ont enregistré la neuvième mais ont ignoré la deuxième ce qui reste assez curieux de mon point de vue.

Tout d'abord, ignorer les versions où les orchestres ne peuvent tenir la route soit de par la technique requise soit de par leur limitation du point de vue de la pure plastique sonore.

Une fausse gloire à ignorer tout d'abord: Klemperer dont c'est là le plus grand ratage. Il existe plusieurs versions (trois à ma connaissance sous sa baguette) mais il faut toutes les ignorer. Précision impeccable de la direction mais grande sécheresse de ton et tempi ultra rapides insupportables.

Je serai moins sévère pour Walter que j'ai tendance à considérer pourtant comme un malérien usurpé. Pourtant son humanisme tant vanté lui permet de trouver de belles inspirations dans son enregistrement de 1958 avec le Philarmonique de New York.
Bernstein a enregistré trois fois l'oeuvre avec le même orchestre: trois visions impeccables mais ses conceptions sonores laissent sur la faim.

Plus proche de nous Giuseppe Sinopoli a laissé une belle version avec le Philarmonia Orchestra. Riccardo Chailly a fait de même avec le Concertgebouw dans le cadre de son intégrale à présent achevée. Idem pour Bernard Haitink dont beaucoup tiennent son enregistrement pour le meilleur. Je ne l'ai entendu qu'une fois il y a quelque temps mais je ne l'avais pas pensé alors.

Je conseillerai en définitive un ovni, l'enregistrement très récent de George Kaplan chez Deutsche Grammophon. Ce type n'est pas un musicien professionnel mais il a pris des cours de direction uniquement pour être capable de diriger cette symphonie, la seule oeuvre qu'il propose d'ailleurs. Dans cet enregistrement, il dirige le Philarmonique de Vienne, d'une beauté presque sans pareille. Les visions du chef sont souvent grandioses et les passages agités sont insurpassés. La séquence du jugement dernier est de loin la meilleure que j'ai entendu à ce jour et même Chung est battu sur ce moment. Certains passages plus intimistes pèchent cependant par un tempo qui n'est pas encore tout à fait assez retenu. C'est un très gros bémol car cela arrive à trois reprises. On est donc passé à côté de la perfection. Cela reste hautement recommandable.
Sir David Willcocks
 
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Message » 28 Nov 2004 23:58

Sir David Willcocks a écrit:Je serai moins sévère pour Walter que j'ai tendance à considérer pourtant comme un malérien usurpé.

Usurpé ? C'est un avis qui demande quelques développements… non ?
C'est un terme que je n'aurais jamais eu l'idée de me mettre derrière les qualités des interprétations malhériennes de Bruno Walter.
C'est intéressant mais c'est un peu court… Sir David Willcocks.
Sur quoi t'appuies tu pour donner cet avis à contre-courant.
Personnellement je trouve la version Walter avec un côté un peu cru qui lui va bien. Peut-être que le deuxième mouvement flotte un peu… Il faut que je ré-écoute…

En tout cas, bienvenue au forum !
Nous aurions pu commencer par là.

Sir David Willcocks a écrit:Je conseillerai en définitive un ovni, l'enregistrement très récent de George Kaplan chez Deutsche Grammophon. Ce type n'est pas un musicien professionnel mais il a pris des cours de direction uniquement pour être capable de diriger cette symphonie, la seule oeuvre qu'il propose d'ailleurs. Dans cet enregistrement, il dirige le Philarmonique de Vienne, d'une beauté presque sans pareille. Les visions du chef sont souvent grandioses et les passages agités sont insurpassés. La séquence du jugement dernier est de loin la meilleure que j'ai entendu à ce jour et même Chung est battu sur ce moment. Certains passages plus intimistes pèchent cependant par un tempo qui n'est pas encore tout à fait assez retenu. C'est un très gros bémol car cela arrive à trois reprises. On est donc passé à côté de la perfection. Cela reste hautement recommandable.


Je ne connais pas ce chef et sa version de cette symphonie… Ce ne serait pas le premier chef atypique…

Je vais chercher cette version.

Nous en reparlerons…

Bonne fin de soirée.

Cordialement

Gilles
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Message » 29 Nov 2004 0:07

À propos de Klemperer, oui c'est rapide, sans aucun doute. Je ne crois pas que ce soit pour autant insupportable mais plutôt que l'habitude joue beaucoup dans la perception et l'appréciation.

D'ailleurs, combien de temps fallait-il à Mahler lui-même pour diriger cette œuvre ? Avons-nous un témoignage sur ce point ?

Il me semble que l'une des rares indications que nous ayons sur les tempi de Mahler concerne l'adagietto de la 5è qu'il aurait interprété en 8 minutes, ce qui est considérablement rapide si l'on en juge par la moyenne des interprétations actuelles qui doit tourner autour de 11 minutes.

Personnellement, l'adagietto en 8 minutes, je l'ai écouter par Barshai et Kondrashin et... effectivement, pour moi, c'est un meurtre !

Aussi, je comprends qu'on puisse ne pas apprécier la Résurrection par Klemperer. Mais, encore une fois, pour moi c'est plus une question d'habitude.
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Message » 29 Nov 2004 9:20

Pyjam a écrit:À
D'ailleurs, combien de temps fallait-il à Mahler lui-même pour diriger cette œuvre ? Avons-nous un témoignage sur ce point ?



Mahler adoptait des tempi rapides, c'est certain et il avait d'ailleurs félicité Klemperer après avoir acouté une interprétation sous la conduite de ce dernier. Cela dit Jean-Sébastien Bach dirigeait aussi très rapidement selon le témoignage de son fils Carl-Philipp mais je ne me fait pas pour autant aux tempi vifs dans ce répertoire non plus. Je me sens plus proche des chefs qui avec le temps laissent la musique respirer par elle-même: Bernstein ou même Klemperer qui est réputé pour cela...sauf pour la Résurrection, Un Requiem allemand ou la Missa solemnis.

S'agissant d'un témoignage malhérien, il y a la réduction au piano du finale de la quatrième symphonie.
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Message » 29 Nov 2004 11:22

Gilles R a écrit:
Sir David Willcocks a écrit:Je serai moins sévère pour Walter que j'ai tendance à considérer pourtant comme un malérien usurpé.

Usurpé ? C'est un avis qui demande quelques développements… non ?


En effet c'est une opinion tranchée émise sur la base de quelques écoutes malheureuses de versions présentées comme incontournables à commencer par la cinquième dont je me demandais à une époque qui avait pu juger nécessaire de presser un enregistrement pareil.

Il faut néanmoins que je me remette en question suite à sa résurrection qui n'est pas si mal même si elle manque singulièrement de profondeur. Question technique cette monophonie de 1958 est réellement frustrante.
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Message » 29 Nov 2004 12:47

Walter a aussi enregistré une Résurrection en stéréophonie deux canaux. C'est chez Sony Classical.

Personnellement, je tiens cette version en haute estime.

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Message » 29 Nov 2004 13:02

Sir David Willcocks a écrit:Il faut néanmoins que je me remette en question suite à sa résurrection qui n'est pas si mal même si elle manque singulièrement de profondeur. Question technique cette monophonie de 1958 est réellement frustrante.


La version de 1958 enregistrée par CBS est en stéréophonie. J'ai cette version en 33 tours. C'est, je crois, celle reportée en CD chez Sony.

Y a t-il une autre version mono de 1958 ?

Je suis un peu d'accord avec toi pour la profondeur… Mais pour le deuxième mouvement seulement, où il n'installe vraiment pas une trajectoire.
C'est le mouvement le plus difficile… il est hésitant dans sa forme. Mais cette version par Walter reste l'une de mes préférées.

OK pour la 5éme… là il y a d'autres chefs…

À plus tard.

Cordialement

Gilles
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Message » 29 Nov 2004 13:04

Scytales a écrit:Walter a aussi enregistré une Résurrection en stéréophonie deux canaux. C'est chez Sony Classical.

Personnellement, je tiens cette version en haute estime.


Je vérifierai mon disque. Il fait partie d'un coffret assez mal conçu consacré aux grandes symphonies de Mahler et aucune précision ne figure sur une éventuelle remastérisation :x
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Message » 29 Nov 2004 16:37

Code: Tout sélectionner
S'agissant d'un témoignage malhérien, il y a la réduction au piano du finale de la quatrième symphonie.


C'est un enregistrement fait d'après un rouleau de piano mécanique. Il ne donne qu'un seul renseignement fiable : les fluctuations du tempo dans un tempo de base que nous ne connaissons pas. Car on peu faire défiler le rouleau de piano mécanique un peu comme on veut sans que cela influe évidemment sur le diapason.

J'ai discuté de cela, voici plus de 20 ans, avec Henri Louis de La Grange qui m'avait invité justement pour que nous discutions de ce point.

La seule version discographique de la Deuxième de Mahler par Walter est stéréo, de 1957 ou 1958 et la prise de son est assez étonnante pour l'époque.

Un des nombreux enregistrements qui rendent justice à cette oeuvre.

Pour ma part, mais c'est très personnel, bien sur : l'enregistrement qui me donne le plus l'impression du "scénario" (faut lire les Variations psychanalytiques sur un thème de Gustav Mahler de Reich) est celle d'Evgeny Svetlanov.

C'est à ce livre que Sir Dawid Wilcoscks pense quand il écrit ceci :

Ce texte fut trouvé à l'occasion de l'enterrement du chef d'orchestre Hans von Bülow:le poème de Klopstock Résurrection fut alors prononcé et c'est tout ce qu'il fallait à Mahler pour mettre en sons le finale de sa symphonie.

Et Bernstein, dans le genre, n'est pas non plus à oublier !

Mais en concert mon plus grand souvenir, c'est Kubelik dans cette oeuvre, et Abbado à Berlin, avec Carole Neblett en soprano et Mira Zakaï en contralto.

De toute façon, je ne connais pas une interprétation de cette oeuvre qui soit vraiment à côté.

Je dois dire que celle de Kaplan (qui ne signe pas là son premier disque!) m'est un peu passée à côté des oreilles : elle n'est pas mauvaise, bien sur, mais elle manque, à mon sens, singulièrement, de présence.
Elle vaut surtout par le fait qu'elle est la première à jouer la nouvelle édition de l'oeuvre débarassée des fautes.
L'orchestre joue un peu tout seul... ce dont la Philharmonie de Vienne est coutumière !

Mais c'est bien, un peu sans densité, mais bien.

Philharmonie de Vienne qui ne connait, en plus, pas son Mahler depuis bien longtemps... vu la distance qu'elle a longtemps mis entre elle et ce compositeur (suffit de voir les programmes de concert de cet orchestre publié dans le livre anniversaire) que Bernstein lui a, finalement, appris.

Comme on peut s'en rendre compte dans un documentaire où il pique une colère monstre contre l'orchestre qui joue la comédie de l'expression...

Ils en ont joué au début, puis plus, plus de temps à autre, mais peu : Mahler était beaucoup plus chez lui à New York et à Amesterdam et, ce, depuis toujours.

Depuis l'époque Bernstein, les choses se sont arrangées : Mahler se vend, les Viennois se sont vendus à lui.

La nouvelle version d'Abbado enregistrée avec son orchestre de Lucene (DGG avec la Mer de Debussy) m'a paru remarquable. Mais sous l'emprise de celle de Svetlanov depuis quatre ou cinq ans, j'ai dorénavant un peu de mal avec les autres.


Alain :wink:

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Message » 29 Nov 2004 17:06

haskil a écrit: Mais sous l'emprise de celle de Svetlanov depuis quatre ou cinq ans, j'ai dorénavant un peu de mal avec les autres.

J'ai repéré, Alain, ton avis enthousiaste sur cette interprétation de Svetlanov depuis longtemps (dans le post-it de BAD)… mais elle est toujours indisponible.
Comme mes deux vieux disques CBS de la version Walter sont maintenant presque impassables sur mon système… j'attends la réédition de ce CD dans la plus grande impatience… considérant cette 2e symphonie de Malher au sommet de l'Art symphonique.
En plus la redécouvrir dans une autre lecture… quelle hâte !

Salut :wink:

Gilles
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