hyperspace a écrit:[Mode provoc ON]
Si le créateur de Vénus de Milo dit oui, pourquoi pas ?
[Mode provoc OFF]
A.k.a : apples to oranges
Déjà parce que ce n'est alors plus une restauration, et ne sera donc pas traité comme tel ni durant le travail ni à l'exposition ensuite (1); ensuite car la Vénus de Milo, c'est une sculpture plutôt classique en marbre taillée vers 150-130 avant JC et retrouvée en 1820, pas une sculpture néo pop en acier poli selon le style d'un artiste né dans les 1950s (2); enfin parce que si le Louvre venait à remplacer dans sa galerie la statue en marbre par la version Koons en acier tout en laissant telle quelle l'anotation "Venus de Milo, Marbre, 150-130 avant JC", les visiteurs seraient d'une part en droit de se demander si on se fout de leur gueule, d'autre part de dire que ce qu'ils voulaient voir, c'est ça :
Et pas ça :
(3) puis demander où est passée la statue en marbre (4).
Et c'est évidemment tout à fait pertinent comme comparaison, puisqu'elle vise à faire la part des choses entre des travaux de restauration et... autre chose.
(j'aurais du pousser et carrément proposer la Vénus de McCarthy
ForcedGrin a écrit:Et c’est bien ça qui forme non pas le « rejet de la remasteurisation à outrance », mais le rejet de l’abus d’outils numériques intrusifs dans le cadre de certains remasters. Le magicien d’Oz doit en être à sa 5e ou 6e restauration en 20 ans, immensément plus que les films de Cameron : qui s’en plaint ? Personne. Donc ce n’est pas l’outrance qui pose problème.
Cela dépend qui s'y intéresse. Des fois, je me demande si on n'est pas un peu trop nombrilistes. Des sites vantaient le nombre d'entrées de Napoléon d'Abel Gance : un peu plus de 11.000 entrées. Ils ont conscience que ça ne représente quasiment rien ? La durée ou le noir et blanc ne signifiant plus grand chose à l'heure des séries TV avec plein de saisons. A ce stade, chipoter sur la différence film/série n'a plus aucun sens.
Je ne vois pas trop le rapport. Mon point était de dire qu'il n'y a aucun problème avec le fait de profiter du moment pour préserver un max de choses, et que ce n'est même pas, au fond, un problème quand un film est restauré tous les 4 ans, ce qui semblait être l'argument du commentaire. Le souci est quand ce moment est dévoyé pour faire ce qui relève de l'altération, du modernisme conscient.
Quant au Napoléon, c'est quasi rien sur l'ensemble des entrées, oui, mais pour du patrimoine, c'est un beau score, surtout dans le contexte du film (muet, 7h20, etc).
ForcedGrin a écrit:J'ai tendance à croire que les deux ont du mal à coexister. Ils se sont même souvent opposés.
En fait non. Pas du tout même. Le consensus est clair sur ce qui tient des bonnes pratiques et des bons élèves, et cela forme l'immense majorité du résultat visible sur les écrans, dans les bacs, sur le marché. Il y a ensuite des exceptions confirmant la règle, tant sur les écrans, que sur ceux prenant cette infime minorité comme des symboles. Mais c'est une erreur de lecture assez importante que de croire que les deux ont du mal à coexister. Bien au contraire, cela fonctionne 99% du temps de façon parfaitement fluide.
ForcedGrin a écrit:* Les versions originales de THX-1138 et de Blade Runner, par exemple, sont des versions tronquées par le studio ou faites sous la contrainte. Si c'est ces versions-là qu'il faut préserver, cela peut impliquer que la création n'a pas l'importance pourtant tant louée à côté. C'est quelque chose que ne veut toujours pas entendre George Lucas. Il l'a réaffirmé à Cannes en mai dernier, et UN PEU à raison.
On revient ici aussi avant tout sur le contenu et non le contenant. Si les plus récentes versions de la trilogie originale de Star Wars n'étaient pas en plus copieusement visuellement filtrées dans tous les sens, ce serait déjà au moins ça de pris.
Ensuite, ce n'est pas la question que ce sont CES versions-là qu'il faut préserver, mais que si de nouvelles versions sont proposées, il faut tant que possible que l'originale reste disponible (encore que, si on parle de censure pure et dure, je pense à certains films HK par ex, là on est sur de la version censurée vs de la version intégrale, et je ne vais franchement pas réclamer la version censurée). Or, dans le cas de THX 1138, on ne parle pas que de réintégration de scènes coupées par la contrainte, mais aussi d'altérations numériques conscientes, dans la parfaite philosophie de ce qu'a fait Lucas avec Star Wars.
ForcedGrin a écrit:Le contenu est fait pour évoluer, est synonyme de liberté, et il ne semble pas si absurde d'estimer que le contenant peut devenir une prison, verrouillant le contenu ad vitam*. Surtout quand on se rend compte que ce qu'on croyait être la version d'origine ne l'est pas tant que ça**.
Quand je revois Un jour sans fin, je revois Un jour sans fin, je le revois pour son montage, ses dialogues, etc, pas pour voir un film qui serait le même mais pas tout à fait, ah mais les couleurs sont complètement différentes maintenant, eh mais c'est plus le même échange, eh mais c'était là avant, ça ?
Ou alors, faut me prévenir : ceci est une version alternative du film. Auquel cas soit, mais elle est où la version originale d'Un jour sans fin ?
Tu prends Blade Runner : cela fait maintenant plus de 10 ans que le film circule avec 4 ou 5 versions, qu'on a au moins en BR.
ForcedGrin a écrit:Si, pour reprendre les discussions, les façons de faire de Cameron, Lucas et Jackson pour prendre les réalisateurs, et certains laboratoires pour prendre les restaurateurs, seraient la minorité, ça signifierait seulement que la façon de voir la restauration d'un film n'est pas absolue. Surtout si c'est pour sous-entendre que ce n'est pas la bonne méthode, alors que souvent, une minorité détiendrait la vérité face à une majorité mensongère (on pourrait citer Balzac). Et si les souvenirs des spectateurs, mais aussi des techniciens, du réalisateur, des projectionnistes, sont faillibles, qui croire ?
C'est le problème de la manière dont vous présentez la préservation du patrimoine : elle est trop absolutiste et sans pondération. Pas violente comme les thèses complotistes contre Lucas, mais ne se mettant toujours pas à sa place, ce qui est un peu la moindre des choses. Je reste convaincu qu'il n'est pas à exclure que les laboratoires, si effectivement ils n'ont pas à suivre, seront tentés de supplanter le réalisateur (dont je rappelle qu'il reste la figure la plus importante pour un film), et de se montrer coercitifs ("c'est comme ça qu'il faut faire alors discute pas"). Ce n'est pas le cas des réalisateurs qui souscrivent à cette tendance, nous sommes bien d'accord.
Plusieurs choses là dedans.
D'abord : ce n'est pas "absolutiste et sans pondération" mais bêtement terre-à-terre. Il faut faire simple. Je ne sais pas comment le répéter. Mais une restauration n'a pas à laisser sa trace sur le résultat final. C'est la base d'une restauration, càd dans sa définition, de son éthique. Cela complète le "contenu est fait pour évoluer" : euh non. Sinon, ajoutons les bras manquants à la Vénus de Milo.
Maintenant, oui, c'est assez simple : il y a des bons et des mauvais élèves.
Sur les étalonnages, certains ont la main lourde et intrusive. Ils sont connus depuis 15 ans. Visiblement, l'industrie passe quasi outre (quoique certains ne font volontairement plus les étalonnages de leurs restaurations chez eux). Je peux les citer, ce sont notamment Eclair et Ritrovata. Pas besoin d'avoir fait la NASA pour s'en rendre compte pourtant : ils arrivent à donner à des films tournés à 50 ans d'écart les mêmes teintes, la même palette générale.
Sur l'abus de filtrages, ce sont Vectracom. Connus comme le loup blanc, quasi personne ne va chez eux. J'ai cité un de leurs travaux une fois, on m'a répondu "ah bah c'est normal, c'est fait par Vectracom, tu m'étonnes que c'est affreux".
Ce n'est rien d'autre qu'une question de compétences techniques, comme pour autant. Il y a des chefs de projet, des managers, des architectes meilleur(e)s que d'autres, c'est le cas aussi en restauration ciné.
C'est à ça que servent les documents d'archives, les copies de référence, la démultiplication des référents techniques, j'en passe et des meilleurs. J'ai mis plus haut le lien vers l'interview d'Hiventy, tu l'as lu ? C'est un point spécifiquement mentionné. Les gens ont des souvenirs peu fiables ? Cela sert aussi à cela : du concret, de la matière.
Certains, comme les Tchèques, ont carrément encadré les méthodes de travail par une norme, visant à donner un cadre spécifique, un guide pour les laboratoires en termes de bonnes pratiques. Là encore, il s'agit de coller à l'oeuvre, de référencer, sourcer, comparer, vérifier.
La restauration, c'est précisément cela, et ce que je dis depuis bientôt 10 mois (ans) : ce n'est pas s'éloigner, c'est revenir à la source.
Et ensuite, bien sûr qu'une restauration d'un film dans un labo ne donnera pas exactement la même restauration du même film dans un autre labo. Il y a même des petites différences d'étalonnage et de cadrage (et de poussières) entre le master 4K ressorti pour l'UHD de Mulholland Dr (2021) et celui sorti quelques années auparavant juste en BR (2015), alors que le travail de 2015 a été massivement réutilisé.
Mais cela doit rester marginal. On doit rester dans 50 nuances du même film, que tout le monde se tourne autour, et non pas qu'untel soit 8 pâtés de maison plus loin et que bidule se soit trompé de région.
Enfin : quand les labos conseillent, ce qui est aussi leur métier (et leur devoir), c'est ce qu'ils conseillent. Et si l'ayant droit veut s'en éloigner, c'est alors, disons, à ses risques et périls techniques. Et le labo se fera tordre le bras. Comme sur Il était une fois dans l'Ouest, ou les Bruce Lee. Et si l'ayant droit accepte, bah il accepte. Ce qui, pour revenir au début, est ce qui se passe dans l'immense majorité des cas (par ex, Rollerball, pour prendre un cas récent).
Après, une erreur d'interprétation d'une copie de référence, l'usage d'un document d'époque qui s'avère erroné, que sais-je encore, ça peut arriver, mais ce n'est pas un éloignement volontaire. Ce n'est pas activement dire "ce serait mieux en atomisant les hautes fréquences, puis en ajoutant une bonne dose de sharpen", ou "orf, et si on mettait juste Topaz AI à 11 et allait boire un coup ?"
(j'ajouterais qu'en restauration, le réalisateur n'est pas forcément le référent le plus intéressant; dans pas mal de cas, le directeur de la photo pourra plutôt l'être; a minima, de nombreuses restaurations ont été supervisées en tandem - cela étant, si le duo a envie de revisiter complètement leur film, comme Argento et Tovoli avec Suspiria en 2007, ils pourront y arriver, mais là encore, ce n'est pas du tout la norme)
ForcedGrin a écrit:Sur la photo granuleuse d'Aliens, ça vient de la pellicule Kodak matriculée 5293 et beaucoup de réalisateurs avaient gueulé sur ce rendu, poussant la marque à arrêter la fabrication. S.O.S Fantômes a été tourné avec, c'est le choix d'Ivan Reitman de ne pas reven... ah non, il est mort. Toutes mes confuses. Le Retour du Jedi avait aussi été tourné avec, il me semble.
Sauf à supposer les équipes de ces films incapables de gérer leur support de tournage, à la captation et/ou au tirage, ces gens ont bien du composer avec.
Reste que de nos jours, tu cites 3 films, tous dispos en 4K : un seul est consensuellement considéré comme du bon boulot. CQFD.
(on notera par ailleurs que Reitman est mort en février 22, que l'UHD du film date de 2016, le master 4K de 2013. Il a d'ailleurs participé à un module rétrospectif inclus en bonus du Blu-ray 2014
ForcedGrin a écrit:On a souvent parlé de Star Wars. Le Retour du Jedi est sorti avec un sabre-laser vert pour Luke. Or, il devait être bleu (c'est dans la bande-annonce), et l'équipe a corrigé pour que ça ne fasse plus ton sur ton. Sachant que les bande-annonces étaient un vrai savoir-faire donnant envie d'aller voir un film (il faut voir celles de Psychose, Alien, Austin Powers ou le Godzilla de Emmerich), c'est une partie du film, donc quelque chose qui fait l'histoire. Alors c'est quoi, la version d'origine ? Avant ou après la retouche ? Ce qui veut dire pas de sabre-laser vert.
La bande annonce n'est pas le "produit" final. Certaines sont faites sur base de scènes non finalisées ou finalement non retenues dans le montage final, d'autres tournées spécifiquement pour la BA, peuvent ne pas être au format, pas étalonnées, etc etc. Autant dire que le choix est vite fait sur la couleur du sabre à préserver.



