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Musique enregistrée : BLURAY, CD & DVD musicaux, interprètes...

"Dématérialisation" et risque juridique

Message » 28 Mar 2009 0:46

wuwei
 
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Message par Google » 28 Mar 2009 0:46

 
 
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Message » 28 Mar 2009 1:11

wuwei a écrit:Un peu d'objectivité


Cette étude est vraisemblablement sérieuse.
Comme vous avez pu le remarquer: à aucun moment, je ne tire la sonnette d'alarme quant à la situation actuelle qui subit une érosion normale, comme le vinyle en a subi une en son temps. Je réagis face à un état d'esprit que je trouve déplorable car il méprise cux qui ont fait le disque (dire qu'on est d'accord pour donner 2€ au compositeur et ne pas les donner, c'est de la démagogie car: qui envoie son compte de droits d'auteurs à la sacem en listant les morceaux téléchargés?).
Pour ce qui me concerne, je produits majoritairement de la musique classique et du jazz traditionnel. Ce sont des musiques qui ne sont pas la tasse de thé des abonnés du Peer to Peer.
Dernière édition par Philippe Muller le 28 Mar 2009 1:58, édité 1 fois.
Philippe Muller
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Message » 28 Mar 2009 1:39

Crao a écrit:maître Eolas a écrit deux billets sur le sujet qui sont extrêmement instructifs, et qui permettent de démystifier ce sujet.

http://www.maitre-eolas.fr/2009/02/20/1 ... r-les-nuls
http://www.maitre-eolas.fr/2009/02/16/1 ... luc-besson


Merci. Cela répond à ma question. Si j'ai bien compris, downloader un mp3 ou un film est illégal, car la copie qui en résulte sur notre disque dur est une contrefaçon que l'on a créée et qui n'est pas couverte par l'exception de la copie privée, car nous ne sommes pas le copiste, car nous ne possédons pas l'original.
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Message » 28 Mar 2009 2:19

Philippe Muller a écrit:Ce n'est pas à l'individu de s'arranger avec les lois sinon c'est le bazar. La loi est faite pour être observée, c'est pour ça quelle existe.


du strict point de vue philosophique, la loi est également faite pour être contestée, car elle est parfois contestable, même en démocratie. Il y a plein de moyens légaux de contester, ou de pousser dans ses retranchements une loi jugée illégitime, sans attendre qu'un gouvernement veuille bien re-légiférer.

Un de ces moyens est le lobbying. Par exemple l'industrie musicale a estimé en 2005, et puis maintenant en 2009 que la loi sur les droits d'auteurs n'était pas adaptée : ce sont bien des individus qui ont voulu (et réussi si on veut en 2005), grâce au lobbying, à s'arranger avec la loi et même à la faire changer (sans les effets escomptés mais ça on les avait prévenu mais ils n'écoutent pas, tant pis pour eux...)

C'était juste un aparté pour dire que critiquer les lois et essayer de les faire changer n'a rien de scandaleux en démocratie : nous ne sommes pas des moutons, heureusement.

D'autre part nous vivons dans un état de droit, c-a-d que toute personne peut savoir à peu près (voire exactement) quelles seront les conséquences légales de ses actions. Vous en soulignez l'importance dans la suite de votre message :

Philippe Muller a écrit:Pour l'entrepreneur, le fait qu'une loi existe lui permet de savoir s'il est possible ou non de courir le risque de créer son entreprise et on s'organise en conséquence.


Mais cela n'empêche pas tous les lobbys de continuer à faire du lobbying pour changer les lois, et ce dans tous les domaines.

Mais ce qui m'a fait réagir c'est cette partie de votre message :

Philippe Muller a écrit:Avec la mise à disposition gratuite des enregistrement et paiement forfaitaire avec redistribution selon les critères de la sacem, c'est à dire aux artistes les plus diffusés, je n'aurais jamais monté Passavant car nous n'aurons jamais assez de poids pour figurer dans les listes des disques qui se vendent bien. C'est pourtant ce qui se prépare. Les internautes sont les meilleurs complices des majors et de la sacem car prélèvement il y aura mais la rétribution n'ira pas à celui qui a fait l'enregistrement, contrairement à ce qui se passe aujourd'hui. Le libre téléchargement avec prélèvement à la source (chez l'hébergeur) conduira à ceci: http://www.forum.audioaddict.fr/viewtop ... 664ee30be3

Et là: adieu petits labels.


Je pense que tout le monde est d'accord pour dire que le mode de redistribution de la sacem pour les diffusions radio et bar est inique.
Je me demande d'ailleurs pourquoi au lieu de vous battre contre le téléchargement illégal (car je ne vois pas comment vous pouvez gagner de l'argent en stoppant le téléchargement illégal, vu que vous n'avez pas perdu d'argent avec) vous ne vous battez pas plutôt contre le mode de redistribution de la SACEM, véritablement scandaleux (ce qui serait plus efficace puisque là il y a de l'argent en circulation).

Enfin vous faites allusion à une espèce de licence globale en évoquant une redistribution d'une taxe "internet" si le téléchargement était autorisé. Vous remarquerez que le problème, comme vous l'identifiez vous-même, n'est pas le fait qu'il y ait une redistribution, mais le fait que cette redistribution est fondée sur un système de type mafieux (seuls ceux qui reçoivent le plus d'argent peuvent définir comment la répartition doit être modifiée ou pas. Et les règles qu'ils inventent chaque jour sont vraiment drôle si ce n'était pas dramatique, cf le lien que vous citez).

Le problème, donc, c'est le mode de redistribution, pas la redistribution elle-même, qui est un principe accepté pour la radio, les bars, les médiathèques, etc... Si le mode de redistribution était équitable, pourquoi ne pas étendre le principe d'un abonnement ou taxe et d'une redistribution en autorisant le téléchargement. On peut être contre sur le principe pour un tas de raison, mais la raison du mode de redistribution, là je ne vois pas : c'est justement internet qui permettrait la redistribution quasiment au téléchargement près. Comment ? La première idée qui me passe par la tête : un sondage sur une base volontaire pour dire quels disques on a écouté ou téléchargé ou apprécié (au choix). Avec 100 000 sondés (sur 18 millions d'internautes), je pense que l'on ferait déjà beaucoup mieux que la répartition de la SACEM. Et vu que tout le monde aimera dire chaque mois quels disques il a écouté et apprécié, je pense qu'on sera plus près du millions de sondés que de 100 000. Je serai un indépendant, ça me semblerait très tentant. Apparemment ce n'est pas le cas, tant pis pour eux, c'est leur problème.

Mais l'argument "la licence globale sur internet ne favorisera que les majors et ça sera la mort des indépendants", c'est surréaliste pour moi.

Tiens d'ailleurs, au ministère de la culture, plutôt que de faire des lois débiles, pourquoi il ne consacrerait pas leur temps, leur énergie et l'argent du contribuable à mettre en place un sondage grandeur nature des disques écoutés et appréciés par quiconque dispose d'une connection internet. Avec résultats consultables (pour motiver les gens à remplir la base). On verrait bien si ça marche ou pas. Et si ça marche un minimum on aurait un super sondage sur quels disques, quelle musique est écoutée. Et si ça marche un maximum on pourrait déjà envisager de modifier le mode de répartition de l'argent que gère déjà aujourd'hui la SACEM.

Mais bon, apparemment ça n'intéresse personne. On préfère sauter comme des cabris et dire "le téléchargement c'est mal" et faire des sites aussi stupides qu'inutiles "J'aime les artistes". Je ne sais pas si j'aime les artistes, mais il y en a beaucoup que je ne trouve vraiment pas très malins.

Il y a un point sur lequel je suis d'accord : si on n'est pas content, on n'achète pas. Ca, ça me va :P
Je m'y prends tard car j'ai déjà acheté 1500 CD. Mais dans un sens c'est bien : ça me permet de réécouter ma collection. Pour info, 1500 CD d'une durée moyenne d'une heure, à raison de trois heures d'écoutes par jour tous les jours de l'année, je vais mettre 82 ans pour tous les réécouter. Je crains d'être mort avant.



* * * * * * *



J'oubliais : la question qui a initié ce sujet : ne t'en fais pas gailuron. Pas besoin de CD originaux, de factures ou quoi que ce soit. J'ai des téléchargements légaux depuis 2001, et je n'ai pas la moindre trace de facture. j'ai aussi tout un tas de chose chez moi dont je n'ai pas la facture. La chaise sur laquelle je suis assis, l'étagère derrière moi, et je ne suis pas sûr d'avoir la facture de mon canapé. Heureusement ce n'est pas une raison pour me condamner en disant que j'ai volé tout ça.

En droit, la charge de la preuve est du coté de l'accusation. Donc si tu n'as rien fais de mal, si tu ne t'es pas rendu coupable de contrefaçon, par définition personne n'aura de preuves contre toi et donc tu ne risques rien : ce n'est pas à toi de prouver ton innocence, c'est à l'accusation de prouver ton délit.
Donc dématérialise si tu trouves que c'est plus pratique, ou quelle que soit la raison. Même si la copie privée disparait un jour tu ne risques rien. Le seul risque c'est si un jour une loi est votée qui dispose qu'on ne peut posséder qu'un support original pour de la musique. Mais vu que l'industrie musicale essaye de promouvoir le téléchargement légal, je ne vois pas comment une telle loi pourrait être votée - sans compter que les députés seraient submergés d'email et de coup de fils offusqués.

La réponse à ta question est donc simple : si tu ne commets pas d'infraction, on ne peut pas prouver que tu as commis une infraction (La Palice n'aurait pas dit mieux), donc tu ne risques rien. Dématérialiser n'étant pas interdit (et même encouragé), tu ne risques rien.

Par contre tu as intérêt à garder des factures et faire des photos de tes CD, non pas pour la police, mais pour ton assurance : en cas de vol ou d'incendie par exemple. Car là la charge de la preuve est de ton côté.

Reste la question délicate : dois-tu garder les originaux ? Du point de vue moral, oui pour le uns, ça dépend pour les autres; du point de vue légal je ne vois pas trop sur quelle base tu peux être condamné. Dans tous les cas c'est un point secondaire dans ta question il me semble, et qui en tout ne t'empêche en rien de dématérialiser ta collection et de télécharger légalement.

Ta question est assez amusante (ou triste selon le point de vue). A cause de leur lutte monomaniaque contre le téléchargement ilégal, les pouvoirs publics et l'industrie musicale ont réussi à jeter le discrédit sur la musique dématérialisée : alors qu'ils aimeraient promouvoir le téléchargement légal, le résultat concret de leur politique et de leur lobbying c'est que les gens considèrent que les fichiers "flac" ou "mp3" sont suspects a priori, présumés coupables...

Vu comme ils sont partis, je ne vois pas comment ils vont réussir à redresser la barre de leur industrie.
corsario
 
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Message » 28 Mar 2009 2:35

...et les artistes dans tout ça? Personne n'en parle jamais!

Quelle que soit la manière de procéder, le fait de trouver un bon moyen de se procurer leur musique sans leur demander si on leur doit quelque chose n'est pas nouveau mais ça se développe plus largement avec le net. Télécharger en payant sont dû ou acheter un disque revient au même sauf que le principe de redistribution, s'il n'est pas contestable à la base, le sera nécessairement à l'arrivée. La juste rémunération n'est pas statistique; elle doit être directe.

Les lobbies ne sont pas là pour enfreindre la loi. Ils peuvent faire pression pour la changer, faire grève, etc... ce sont des moyens légaux.
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Message » 28 Mar 2009 2:45

Pio2001 a écrit:
Crao a écrit:maître Eolas a écrit deux billets sur le sujet qui sont extrêmement instructifs, et qui permettent de démystifier ce sujet.

http://www.maitre-eolas.fr/2009/02/20/1 ... r-les-nuls
http://www.maitre-eolas.fr/2009/02/16/1 ... luc-besson


Merci. Cela répond à ma question. Si j'ai bien compris, downloader un mp3 ou un film est illégal, car la copie qui en résulte sur notre disque dur est une contrefaçon que l'on a créée et qui n'est pas couverte par l'exception de la copie privée, car nous ne sommes pas le copiste, car nous ne possédons pas l'original.


D'accord avec tout, sauf avec "car nous ne sommes pas le copiste, car nous ne possédons pas l'original."

Je dirais plutôt que downloader un mp3 est illégal si ce mp3 est mis à disposition de manière illégale, suivant le principe que la fraude corrompt tout (fraus omnia corrompit comme aiment dire les juristes).

Le fait de posséder ou non l'original n'entre pas en ligne de compte dans l'exception pour copie privée : il faut juste que la source soit légale et que tu fasses toi-même la copie (et on peut ajouter dans une certaine mesure le "test en trois étapes", et notamment le fait qu'il faut que la copie "ne cause pas un préjudice injustifié aux intérêts légitimes de l’auteur"; Voici un lien pour en savoir plus sur le test en trois étapes). Cette définition de l'exception pour copie privée pose problème car à l'ère du numérique la copie est parfaite et quasi instantanée. Le système est donc actuellement biaisé en faveur de l'utilisateur (du consommateur) au détriment de l'industrie musicale (car le test en trois étapes sert rarement : pour établir une nouvelle exception, ce qui ici ne nous concerne pas, ou bien s'il y a procès, ce qui a ma connaissance n'est jamais arrivé dans le cas de la copie privée quand la source est légale.)

La réponse à apporter n'est pas triviale : ils ont essayé les DRM pour supprimer de facto la copie privée, mais ils se sont cassé les dents (pas une bonne idée de pénaliser le consommateur honnête). En parallèle ils augmentent régulièrement la taxe pour copie privée : en l'absence de DRM ça me semble légitime. Reste que l'on devrait améliorer le mode de redistribution de cette taxe (cf mon message précédent). Et un jour cette taxe pour copie privée aura atteint un niveau tellement important qu'on aurait aussi bien pu l'appeler licence globale.
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Message » 28 Mar 2009 3:02

Philippe Muller a écrit:...et les artistes dans tout ça? Personne n'en parle jamais!


Les auteurs ne sont qu'un des éléments de l'équation. L'autre élément est l'intérêt général (car on parle de culture et de sa diffusion). Le législateur depuis 1955 cherche un équilibre entre les droits de l'auteur et l'intérêt général. Comme je le dis plus haut, le curseur ces 10 dernières années est du côté du consommateur. Mais comme dans les années 90 l'industrie musicale s'est gavée avec le CD, avec réédition sans frais pour eux et bénéfices maximaux, on a du mal a avoir de la pitié pour elle. La poule aux oeufs d'or ça ne dure qu'un temps. Fallait pas nous prendre pour des noeuds.
Ceci ne concerne évidemment pas les indépendants (artistes et labels), qui aujourd'hui font les frais des politiques désastreuses des majors. Certains indépendants cela dit sont plus malins que les autres et vendent depuis longtemps leur albums en flac, avec pochette en pdf et tout et tout. le Label Bleu par exemple est un véritable pionnier. Je l'ai vu sur des plateformes de téléchargement quasi-artisanales depuis 2000 je crois, vendant leur musique en mp3 320 kbps sans DRM. Si tous les labels avaient suivi leur exemple au tout début des années 2000 on n'en serait pas là : le peer to peer aurait été marginalisé et n'aurait jamais pris dans toutes les couches de la population (on ne peut pas en être certain, mais je suis persuadé que si une offre légale de qualité et à pris raisonnable avait été disponible de façon massive très tôt au début du numérique la transition n'aurait pas posée de problème. Maintenant pour rattraper le truc, bonjour !...).

Philippe Muller a écrit:Quelle que soit la manière de procéder, le fait de trouver un bon moyen de se procurer leur musique sans leur demander si on leur doit quelque chose n'est pas nouveau mais ça se développe plus largement avec le net.


plus généralement, ça se développe avec le numérique. Le net n'est même plus nécessaire. Les disques durs s'échangent dans les cours de récré.

Si on y réfléchit, c'est assez ironique : le numérique a causé la fortune des majors dans les années 90, il est en train de causer leur perte aujourd'hui.

Philippe Muller a écrit:Télécharger en payant sont dû ou acheter un disque revient au même sauf que le principe de redistribution, s'il n'est pas contestable à la base, le sera nécessairement à l'arrivée. La juste rémunération n'est pas statistique; elle doit être directe.


Une rémunération directe c'est l'idéale, certes. Par exemple avec une license globale et des logiciels de peer to peer qui recensent le téléchargement près ? :P (je suis taquin).

Mais la statistique, si elle est suffisamment large peut être bonne aussi. Ce que fait la SACEM actuellement est une caricature de statistique.
Des stats sur un échantillon de 1000 personnes ou sur une échantillon de 1 million de personnes, ça n'a rien à voir. Dans le premier cas on n'a que les grands vendeurs qui vont sortir, dans le second cas on a beaucoup de petits vendeurs qui vont sortir.

Philippe Muller a écrit:Les lobbies ne sont pas là pour enfreindre la loi. Ils peuvent faire pression pour la changer, faire grève, etc... ce sont des moyens légaux.


Tout à fait d'accord. C'est pour ça que pas mal de gens étaient en colère quand en 2005 les lobbys de l'industrie musicale ont enfreint la loi dans le cadre même de l'assemblée nationale (en distribuant des cartes de téléchargement prépayés aux députés notamment). Mais bon, on ne peut pas dire que cette loi DADVSI leur ait servi à grand chose.
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Message » 28 Mar 2009 5:48

corsario a écrit:Je dirais plutôt que downloader un mp3 est illégal si ce mp3 est mis à disposition de manière illégale, suivant le principe que la fraude corrompt tout (fraus omnia corrompit comme aiment dire les juristes).


Cela n'est pas très clair pour moi. La loi parle de reproduction ou de représentation. Or la mise à disposition sur un réseau peer-to-peer d'une copie privée n'est ni l'un ni l'autre.
Cela équivaut à exposer ses CD dans son jardin et ne rien dire quand les passants sur le trottoir tendent la main pour s'en faire des copies.

Je pinaille, mais il me semble que c'est de réaliser la copie sans être le propriétaire de la source qui est illégal (reproduction interdite). La loi ne semble pas couvrir le partage sur les réseaux, mais on devrait pouvoir démontrer que c'est également illégal en interprétant la loi : en assimilant le partage d'un dossier (action que l'on effectue en paramétrant son logiciel de téléchargement) à une représentation, par exemple. Ou encore en assimilant le partage du dossier à un usage de la copie qui sort du cadre privé.
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Message » 28 Mar 2009 6:53

Philippe Muller a écrit:
gailuron a écrit:Quelques exemples pour mieux me faire comprendre :
- on saisit mon ordinateur et/ou mes disques durs dans le cadre d'une enquête quelconque ; finalement, on me blanchit des accusations dont je faisais l'objet, mais on en profite pour m'inculper de contrefaçon parce qu'on a trouvé des fichiers flac sur mon disque et que j'ai jeté les CDs d'origine :evil:
- l'exception de copie privée disparaît dans quelques années - ou se trouve tellement limitée qu'elle en devient sans intérêt pratique - et je ne peux pas prouver la date à laquelle j'ai réalisé les copies, donc que la loi m'y autorisait à l'époque :cry:


Jeter ses CDs n'est pas très raisonnable :wink: . Quant aux fichiers, il n'est pas difficile de les dater, l'ordinateur s'en charge :idee: . L'homme droit n'a rien à craindre.


Pas si simple. L'un des intérêts de la dématérialisation, quand on n'a pas la chance d'avoir une grande maison ou une grande cave, et qu'on a une collection de plusieurs centaines ou milliers de CD, c'est le gain de place ! Quant à l'horadatage des fichiers, on peut le perdre en changeant de système de fichiers (ex: NTFS > FAT).

Ce qu'on peut reprocher à l'industrie musicale et aux lois qu'elle fait voter, ce n'est évidemment pas de protéger les intérêts légitimes des auteurs, producteurs et éditeurs, mais de ne pas tenir compte des évolutions technologiques. L'industrie musicale s'est développée à partir des années 1950 grâce aux progrès technologiques (vinyle, stéréo, hifi), elle décline à partir des années 2000 à cause de son inadaptation au progrès technologique.

Il y a des solutions viables à la contrefaçon : la diffusion sous forme dématérialisée avec traçabilité, l'abandon des supports reproductibles sans coût ni difficulté technique (comme le CD), la diffusion sur support non informatique assortie d'une interdiction à la vente du matériel de reproduction... etc. Bien sûr, tout cela a un coût et présente le risque de ne pas être suivi par le public (du moins à court terme). Et l'industrie musicale ne semble vouloir ni investir dans la technologie, ni prendre de risque commercial.

En revanche, lutter contre le partage de musique sur le Net est totalement vain tant qu'on n'aura pas traité le problème de la copie à la source. Tant qu'il sera aussi facile et économique de copier que de ramasser des billets de banque sur un trottoir, tout le monde le fera ! Il n'y a pas 80% de délinquants dans la société, mais si vous jetez des billets dans la rue, vous verrez que 80% des passants les ramasseront :wink: Quant au problème du partage des copies, le public aura toujours une longueur d'avance (cryptage des échanges, changement de protocoles d'échange et de réseaux) grâce à la vitesse d'évolution de l'informatique et à la mondialisation d'Internet.

Philippe Muller a écrit:Pour ce qui me concerne, je produits majoritairement de la musique classique et du jazz traditionnel. Ce sont des musiques qui ne sont pas la tasse de thé des abonnés du Peer to Peer.

Même le classique, que je croyais à l'abri du piratage, est en train de suivre le même chemin que le reste. Depuis deux ou trois ans, la diffusion des codecs lossless a entrainé la prolifération des copies, qui sont techniquement irréprochables (fichiers flac, cue sheet, log EAC), en particulier sur les binaries de Usenet. On y trouve d'ailleurs des disques non réédités ce qui est bien tentant pour le mélomane - pourtant légaliste - que je suis :wink:

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Message » 28 Mar 2009 8:18

Pio2001 a écrit:
corsario a écrit:Je dirais plutôt que downloader un mp3 est illégal si ce mp3 est mis à disposition de manière illégale, suivant le principe que la fraude corrompt tout (fraus omnia corrompit comme aiment dire les juristes).


Cela n'est pas très clair pour moi. La loi parle de reproduction ou de représentation. Or la mise à disposition sur un réseau peer-to-peer d'une copie privée n'est ni l'un ni l'autre.
Cela équivaut à exposer ses CD dans son jardin et ne rien dire quand les passants sur le trottoir tendent la main pour s'en faire des copies.

Je pinaille, mais il me semble que c'est de réaliser la copie sans être le propriétaire de la source qui est illégal (reproduction interdite). La loi ne semble pas couvrir le partage sur les réseaux, mais on devrait pouvoir démontrer que c'est également illégal en interprétant la loi : en assimilant le partage d'un dossier (action que l'on effectue en paramétrant son logiciel de téléchargement) à une représentation, par exemple. Ou encore en assimilant le partage du dossier à un usage de la copie qui sort du cadre privé.


je suis d'accord que le téléchargement est illégal (sauf bien sûr si c'est une oeuvre/interprétation libre de droit ou sous license libre) . Là où je te reprenais (et où je te reprends à noueau) c'est que pour démontrer ça tu dis que le copiste doit être propriétaire de la source.

Il y a tous les détails sur ce lien : http://www.droit-technologie.org/actuality-1070/le-regime-de-l-exception-de-la-copie-privee-en-droit-francais.html

Tu verras que nulle part il n'est dit que le copiste doit être propriétaire de la source. C'est bien ça qui, à l'ère numérique, pose problème comme je l'explique dans un message plus haut. L'exception pour copie privée s'applique à toute oeuvre (si tu l'as obtenu légalement) et si c'est toi qui la copie pour un usage ensuite privé.

Le lien que je donne confirme aussi pour quelle raison le téléchargement (par opposition à l'upload) est tout aussi interdit : L'exception de copie privée prévue à l'article 122-5, 2 du CPI suppose une source licite exempte de toute atteinte aux prérogatives des titulaires de droits sur l'œuvre objet de la copie (Cour de cassation). C'est ce que je disais : tant qu'il n'y a pas fraude, tant que la source est légale, tant que c'est pour un usage qui est ensuite privé, l'exception pour copie privée fonctionne. Et à l'ère numérique, c'est un peu exagéré. Si j'étais un auteur ou dans l'industrie musicale, ça me semblerait un problème plus important que le téléchargement illégal, mais bon...

Sur le fond, fraus omnia corrompit est un principe très fort en droit, qui fait que s'il y a fraude à un endroit, le reste de la chaîne est corrompue. C'est ce qu'a estimé à nouveau la cour de cassation : « L'exception de copie privée prévue par l'article 122-5,2° du CPI, en ce qu'elle constitue une dérogation au monopole de l'auteur sur son œuvre, suppose, pour pouvoir être retenue, que soit établi le caractère licite de sa source, laquelle doit nécessairement être exempte de toute atteinte aux prérogatives des titulaires de droits sur l'œuvre concernée »

je vous conseille vivement de lire cet article très éclairant : Le régime de l’exception de la copie privée en droit français
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Message » 28 Mar 2009 9:12

En tous cas vu les reponses rétrograde de phillippe muller sur le sujet , ça ne me donne pas vraiment envie d'aller acheter un disque chez lui , méme piraté :mdr:

personnellement quand je fais de la musique c'est pour le plaisirs de la faire partager aux autres et pas pour me payer des grosses bagnole vulgaires et polluantes et bousiller une colline méditerranéenne avec une énième baraque immonde construite sur le domaine maritime ( j'ai des noms :wink: )..

Attention acheter de la musique peut nuire à l'environnement ! :mdr:
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Message » 28 Mar 2009 9:57

SanSoN a écrit:En tous cas vu les reponses rétrograde de phillippe muller sur le sujet , ça ne me donne pas vraiment envie d'aller acheter un disque chez lui , méme piraté :mdr:

personnellement quand je fais de la musique c'est pour le plaisirs de la faire partager aux autres et pas pour me payer des grosses bagnole vulgaires et polluantes et bousiller une colline méditerranéenne avec une énième baraque immonde construite sur le domaine maritime ( j'ai des noms :wink: )..

Attention acheter de la musique peut nuire à l'environnement ! :mdr:


Là, on touche le fond.

Que je ne vous vende rien m'importe peu car, je sens en vous l'homme qui ne m'aurait jamais rien acheté.
Mes propos ne sont rétrogrades que pour ceux dont je dénonce la liberté de vouloir prendre sans donner. S'il y a échange, je n'ai rien à dire mais les plus virulents sont ceux qui ne veulent rien donner et citent toujours les mêmes poncifs grotesques. Les musiciens font d'abord des produits, pas des oeuvres d'art. Ce n'est qu'exceptionnellement que certains de ces produits deviendront des oeuvres d'art. Les bagnoles et les grosses maisons sont très rares et sont insultants pour une pianiste qui travaille pendant un mois pour jouer une pièce de 30 minutes et qui, malgré de nombreux prix internationaux, vit dans une chambre de banlieue avec cuisine dans la salle de bains. Des riches comme ça, il y en a des milliers et Haskil doit en connaître un paquet. Ils font des disques et donnent des concerts mais ne remplissent pas des stades. Pour eux, c'est pas facile et il faudrait simplement qu'on leur laisse le peu qu'ils peuvent avoir pour vivre. La redistribution ne les concernera jamais car personne ne les citera dans les sondages populaires.

Vous prenez des caricatures pour nous citer des situations rares et caricaturales. Ceux qui trinquent sont les plus nombreux et de loin. Pour vous dédouaner, vous citez les gros vulgaires et oubliez la majorité silencieuse qui en bave mais ne se plaint pas. Ils ne demandent pas à être riches mais à recevoir le juste prix de leur travail et de leur investissement. Quand je paie des royalties aux artistes sur les ventes qu'ils ont réalisées, même s'il n'y a eu que trois disques, ces artistes sont contents et se sentent considérés. Ce sont eux qui se plaignent d'Internet car ce sont eux qui financent leurs disques. Les producteurs, ce sont eux. Les labels mettent la main à la poche ou partagent les risques quand ils veulent aider. En téléchargeant sans payer, vous ne mettez pas le label et le studio en danger mais l'artiste.

Quand un artiste constate que sa musique est utilisée contre aucune rémunération pour lui et qu'on lui dénie le droit moral de toucher la moindre chose au nom de la culture et de l'intérêt général, il n'est pas contre mais il pose la question: "qui va rembourser mon banquier?" Car tout ça, c'est bien joli mais n'oubliez-pas que les musicos s'endettent lourdement pour réaliser des disques.

Que Label bleu ait fait le choix du téléchargement correspond bien à leur orientation mais ça n'est pas possible pour tout le monde. Les moyens nécessaires ne sont pas à la portée de tous les petits labels. Il faut, de toutes façons, produire le disque car l'artiste ne vend pas du téléchargement à la fin de son concert. Label Bleu n'est-il pas ce label issu de la Maison de la Culture d'Amiens? A ma connaissance, c'est un peu l'ECM français.

Je ne suis pas contre la vente en ligne mais contre la gratuité ou tout système qui ne permettrait pas à celui qui a investi de percevoir sa juste rémunération. Le risque, c'est que le plan sacem passe car c'est la solution la plus facile pour l'Etat. Et là, ce sont les gros qui continueront à s'engraisser.

Dans mon label, il y a quelques artistes qui vendent un peu et beaucoup d'autres qui sont inconnus et qui n'ont pas un rond. Pourtant, nous leur offrons les mêmes services; le même Steinway D, le même accordeur pendant tout le temps de l'enregistrement, le même soin pour tout. C'est même pour aider des musiciens que Passavant a été créé car je réinvestissais mon salaire de cadre chez Cabasse puis chez B&W pour aider des artistes locaux à réaliser leur disque avec les mêmes avantages que les musiciens connus. Et je ne suis pas un cas isolé. Au lieu de s'acheter des bagnoles et des vacances sur la côte, nous avons redistribué ce que nous avions. De ce côté, je n'ai pas beaucoup de leçons de morale à recevoir. J'ai donné et bien donné. Mais quand on voit comment c'est reçu, on se demande si on ne ferait pas mieux de fermer et de réaliser des appartements.
Dernière édition par Philippe Muller le 28 Mar 2009 13:15, édité 2 fois.
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Message » 28 Mar 2009 10:10

Les musiciens font d'abord des produits, pas des oeuvres d'art


:o ahurissant.. je comprends mieux maintenant la pauvreté de la musique actuelle :roll:
Dernière édition par captaincaverne le 28 Mar 2009 10:15, édité 1 fois.
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Message » 28 Mar 2009 10:15

captaincaverne a écrit:
Les musiciens font d'abord des produits, pas des oeuvres d'art


:o ahurissant.. je comprends mieux maintenant :roll:


Qu'y a-t-il d'ahurissant?

Mais que croyez-vous? Il ne faut pas être prétentieux mais réalistes. Ces types ont la tête sur les épaules, enfin, chez les musiciens professionnels.

Ceux qui jugent ne connaissent rien à ce métier. C'est la faute à la télé et à la presse people qui aboutissent à des raisonnements stupides et très éloignés de la réalité. L'artiste fait de la musique, pas des oeuvres impérissables. Lui, il a conscience qu'il pratique un métier; métier d'art certes mais au même titre qu'un Compagnon. En classique, il sert le compositeur et sait que la concurrence est rude. Il espère que son disque sera bon et qu'il sera bien reçu. A ce stade, il peut rêver mais c'est tout.

Quand on commence, on ne sait jamais ce que cela donnera à la fin. Si la critique est mauvaise, le disque n'aura même pas d'existence. Et cette critique n'est pas seulement dans les revues mais aussi sur les forums.

En trente seconde, un auditeur peut dire "c'est de mer.e", même si on y a passé trois semaines.

Savez-vous combien gagne un musicien de jazz qui joue un soir dans un club parisien? C'est tellement peu que vous ne me croirez pas. Pour bouffer, il faut qu'ils passent de clubs en clubs pour toucher des clopinettes. S'ils jouent assez, ils pourront être intermittents. Quand ils font un disque, ils le paient avec le peu qui reste et ils aimeraient être remboursés et payer leur loyer. La réalité est loin des clichés.

Vous allez me dire qu'il n'est pas normal que les clubs les paient si peu. Vous avez raison! C'est valable pour tout le monde, pas seulement pour les clubs.
Philippe Muller
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Message » 28 Mar 2009 10:32

:lol: bon philou je vais résumer.
1er ta démarche est surement trés noble , si c'est la passion de la musique qui t'anime.
2eme j'ai moi meme dépensé des fortunes en CD et continue d'acheter en telechargement légal.
3:) un artiste doit etre rétribué "justement".
je suis pour une license globale pour avoir le droit de donner une copie d'un morceau a un ami ou l'inverse sans etre considéré comme un déliquant .

ça n'est donc pas sur le fonds que je suis en désaccord mais sur la forme ,donc sur le moyen de parvenir a un juste équilibre entre droit de l'artiste et liberté de l'individu sans obligatoirement passer par le tout répressif qui n'est bon pour personnes à long termes .

et dernierement quand je vois des jeunes ou moins jeunes brandir leurs bons de réductions aux caisses de supermarché comme s'il s'agissassait de bons de rationnement je me dis que pour ces personnes au moins il serait bon de trouver un accés plus abordable à la musique que les 20 euros le CD ou 1 euro le morceau à telecharger :roll:
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